Eureka Seven – la série

Psalms of Planets Eureka Seven
(Kōkyō Shihen Eureka Sebun)

Studio Bones, 2005

L’histoire :
Sur une planète non nommée, dans le futur. Des colons humains s’y sont installés depuis quelques centaines d’années, sous un régime militaire totalitaire. La planète est couverte d’une sorte de corail, et est sujette à des catastrophes naturelles inexpliquées : tremblements de terre, tourbillons atmosphériques géants, apparitions d’êtres vivants tueurs. Les humains maîtrisent une technologie avancée qui leur permettent de faire face. Dans une société conformiste et en proie à de nombreuses tensions internes, deux courants s’affrontent : le gouvernement soutenu par le complexe militaro industriel, et la secte écolo-bouddhiste du Vodarac. Entre les deux, la jeunesse s’ennuie, et pratique activement le lift, sorte de surf aérien, sur des vagues de particules lumineuses (le Trappar).

Renton Thurston a 14 ans. Il s’emmerde à mourir dans son trou paumé, entre l’école et l’atelier de mécanique de son grand-père. Il aimerait tant s’envoler avec sa planche de lift, comme son idole le rebelle Holland Novak, leader du groupuscule dissident le « GekkoState ».

Cela tombe bien, parce qu’un beau matin, un mecha s’écrase sur l’atelier du vieux Thurston. C’est un LFO du Gekko State. En sort une étrange jeune fille aux yeux roses et aux cheveux turquoise, qui se révèle pilote d’élite du Gekko. Cette fille s’appelle Eureka. Arrive également Holland en personne. Hasard? Non. le moment est venu pour Renton de prendre son héritage : la clé « Amita », sorte de clé d’activation pour le LFO d’Eureka, qui s’appelle Nirvash.

A bord du Nirvash avec Eureka, Renton va prouver grâce à la clé Amita qu’il est un pilote né, et bien plus que ça… Renton est aussitôt embauché à bord du Gekko, le vaisseau du Gekko State. Il va pouvoir, avec eux, lutter contre le pouvoir, et essayer de sauver la survie de la planète. Enfin, surtout, Renton va pourvoir rester aux côtés d’Eureka, dont il est tombé éperdument amoureux.

Ce que j’en pense :
Avec une équipe pareille :
- réalisation : Tomoki Kyoda (RahXephon, Fullmetal Alchemist, et Evangelion: 1.0 You Are (Not) Alone),
- scénario : Dai Sato (Cowboy Bebop, Ghost In The Shell : Stand Alone Complex),
- animation & design : Kenichi Yoshida (Porco Rosso, Princess Mononoke, Cowboy Bebop), on peut dire qu’Eureka Seven est née sous de bons auspices, et les influences se voient clairement – si j’étais méchant, je pourrais même dire que c’est un croisement de Cowboy Bebop, d’Evangelion, du Chateau dans le ciel et de Nausicaa. Mais je ne suis pas méchant. En fait, j’ai adoré.

Ce qui m’a frappé dès le début c’est la qualité de la production. On est dans le haut de gamme, y a du budget. Y a de la créativité aussi, et tout est à admirer : les décors, fouillés et réalistes (on dirait du Ghibli par moments)  ; le chara design, excellent, assez proche de Cowboy Bebop ; l’animation, plutôt bonne, notamment les scènes de lift et de combat aérien, mais aussi la grande précision et le réalisme des gestes ; les couleurs, la profondeur de champ, les lumières… Tout quoi. Il n’y a que vers le milieu qu’un peu de relâchement se voit, avant l’emballement final. J’ai particulièrement apprécié le design des vaisseaux (celui des mechas est classique). Le Gekko est superbe en vol.

L’autre grande qualité de la série, ce sont les personnages. Tous intéressants, fouillés, attachants, ils sont l’atout principal de la série. On suit leurs péripéties et leur vie quotidienne, leurs préoccupations, leurs doutes, leurs évolutions. Il y a plusieurs histoires dans l’histoire, surtout celles des membres du Gekko State.


Le Gekko State, c’est une bande d’hommes et de femmes, en marge de la société, aspirant à vivre libres, qui composent l’équipage d’un vaisseau de combat ultraperfectionné, fin et racé, le Gekko. A leur tête, Holland, un ancien officier des forces spéciales, beau ténébreux, pilote de LFO, charismatique mais sale caractère. Il est obsédé par son passé très sombre, qu’on découvrira plus tard. Sa fiancée est Talho, la chef pilote du Gekko, brune sportive et sexy au beau regard triste.

Les autres sont :
- Happ (chef en second, physique de gros balaise mais très réfléchi, c’est l’organisateur du Gekko State),
- Matthieu (pilote de LFO, un black au look funky, dingue de musique),
- Hilda (pilote de LFO, la fiancée de Matthieu, une forte en gueule),
- Stoner (un photographe qui ressemble à Che Guevara, le meilleur pote de Matthieu),
- Ken Goh (le chef artilleur, un grand moustachu au look d’aristocrate russe),
- Mischa (la médecin de l’équipage, mais aussi un peu leur maman),
- Woz et Jobs (les informaticiens, l’un grunge crado l’autre geek très chic),
- Moondoggie (machiniste et apprenti pilote, c’est le djeun’s typique fringué à la mode)
- Gidget (responsable des communications, copine de Moondoggie, une gentille Bimbo un peu fofolle)
- bien sûr Eureka, la mysterieuse fille pilote du LFO Nirvash,
- et les trois enfants qu’Eureka a reccueillis : Maurice, Mater et Link, ce sont des orphelins de guerre.

En face, les forces armées, qui vont peu à peu tomber sous le coup de la frange extrémiste de type fasciste :
- le colonel Dewey Novak , c’est le frère aîné et ennemi de Holland, un homme très dangereux et fanatique, assoiffé de pouvoir, et d’un incroyable machiavélisme,
- le lieutenant Dominique Sorel, des services secrets, il est chargé du projet secret Anemone, fidèle de Dewey, mais il ne mesure pas la gravité du projet,
- Anémone, une étrange jeune fille qui ressemble (en négatif) à Eureka…
D’autres personnages passionnants apparaissent plus tard, mais ce serait un énorme spoiler que d’en dire plus à leur sujet…

Le thème central c’est l’histoire d’amour entre le jeune Renton et Eureka. Tout le reste gravite autour de cet axe. De cette histoire dépend tout le reste. Renton et Eureka font l’apprentissage des sentiments, dans un monde d’adultes qui ne leur fait aucun cadeau.

Alors que l’histoire d’amour est souvent traitée de façon typiquement shonen, la guerre, elle, est montrée de façon très adulte. On est en guerre, une guerre entre humains, mais aussi entre les humains et la nature, une nature mystérieuse, capable des pires déchaînements. Mais qui est responsable? Qui a commencé? comment faire pour en sortir? La série développe les thèmes liés à ce thème de la guerre, sans en cacher les aspects les plus sombres et les plus violents : il est question de génocide, d’épuration ethnique, de racisme, de victimes civiles, de crimes de guerre. Ici, la notion de bons et de méchants est dépassée, personne ne ressortira indemne de cette guerre. Les plus cruels et les plus innocents ne sont pas forcément ceux que l’on croit…

Il est intéressant de noter que le clan militariste prend au fur et à mesure une apparence qui rappelle fortement le Japon de la 2ème guerre mondiale, avec les uniformes, les sabres de commandement, l’architecture et les manières de type fasciste. A l’opposé, le Gekko State ressemble à un collectif de surfeurs et de geeks super cools, très néo-hippies, pas très japonais.

Le design est assez chouette aussi. Au milieu d’un environnement futuriste, de nombreux objets, véhicules ou artefacts sont typiques de la fin du XXe siècle. Appareils photo argentiques, platines de disques vinyls, vêtements, armes à feu, motos, et même une Citroën D.S., les clins d’oeils se multiplient.

Les clins d’oeils sont également très (mais alors très) musicaux : sans les dévoiler tous (il faudrait des pages…) je me suis amusé à en dégotter des tonnes, depuis les noms des mechas (LFO et KLF sont des noms de groupes électro, les types 303, 808 et 909 font référence à des claviers ou des boîtes à rythmes – voir aussi le groupe de techno 808 State) jusqu’aux noms d’épisodes (des titres de chansons de New Order, Beastie Boys, Björk, Ryuchi Sakamoto, Oasis, Beatles, Soul II Soul, Jeff Mills…). Sans parler de termes « techniques » qui évoquent notamment les Beach Boys, c’est un vrai catalogue de références. D’autres références et clins d’oeils évoquent des personnalités de la littérature, de la philosophie, du monde informatique etc…

Fait rare dans une série récente ou actuelle, il n’y a pas de fan service, à aucun moment. Comme quoi une série peut accrocher sans ce genre de recette trop réchauffée. Pourtant, c’est qu’ils sont mimis les personnages, surtout les filles… Et bien pas la peine. C’est comme dans du Ghibli, on y parle d’amour (et combien!) et même parfois un peu de sexe, mais sans rien montrer de gratuit. L’accent est en revanche mis énormément sur le sentiment d’amour parental, par exemple dans la relation entre Eureka et les enfants orphelins

Oh, mais il n’y aurait donc rien à critiquer Dans Eureka Seven?

Si, peut-être le côte fouillis. A trop vouloir aborder de thèmes, on se perd un peu en route, alors qu’au fond le fil principal n’est pas si compliqué. Ensuite, des longueurs. Dans le deuxième tiers de la série, certaines explications ou révélations amènent des flash-backs un peu lourds, et l’action retombe. Alors que le premier tiers est vraiment à la limite du fabuleux, avec une alternance bien construite d’action et d’introspection, là on s’enlise un peu, on tourne en rond, il y a même un épisode qui aurait pu être complètement supprimé sans que ça change quoi que ce soit (franchement l’épisode du match de foot, façon Olive et Tom, qu’est-ce que ça vient faire là?)

Enfin, par moments, j’ai été agacé par le côté shonen de la relation Renton/Eureka. Mais sils sont quand même mignons tout plein, au final, non?

Bref, une série attachante, qui rate de peu le qualificatif « chef d’oeuvre » (mais y en a t-il tant que ça des chefs d’oeuvre? J’ai tendance à prononcer cette expression trop souvent…) pour ce contenter d’un « très bien », mais ça me suffit pour que je termine le visionnage le sourire aux lèvres, de bons souvenirs de certaines scènes, et une nouvelle galerie de personnages attachants dans mon imaginaire et ma culture anime. Une pierre à l’édifice, qui montre que la production du genre, quand elle a de l’ambition et qu’elle ne cède pas aux sirènes du mercantilisme, mais parle à l’intellect comme au coeur des spectateurs, sait se hisser à un haut niveau. Vive Eureka Seven, une série que je reverrai, j’en suis sûr, encore avec le même plaisir!

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7 Responses to Eureka Seven – la série

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  3. Gemini says:

    Je viens de finir la série. Je lui avais déjà donné sa chance, mais je m’étais arrêté au bout de 7 épisodes car je trouvais que l’intrigue n’avançait pas d’un iota, ce qui n’était pas très encourageant compte-tenu de sa longueur. Mais comme je ne comprenais pas pourquoi les critiques à son sujet étaient aussi bonnes et que je suis de nature curieuse, j’ai repris la série là où je m’étais arrêté, et mon avis savère au final BEAUCOUP plus positif.

    Concernant les références et les inspirations, j’ai eu la chance de rencontrer Dai Sato, et crois-moi sur parole, il ne s’en cache absolument pas. Déjà, il m’a expliqué qu’un des personnages était une copie conforme (graphiquement) d’un personnage de Terra e… A partir de là, je crois que les influences très ghiblesques de certains designs ne sont pas non plus des hasards. Et selon lui, le délire de l’équipe, c’était d’obtenir un anime qui ferait la synthèse de Macross, Gundam, et Evangelion ; avec du surf en plus, une idée de Shoji Kawamori.

    Entre nous, je ne crois pas que le travail de Shoji Kawamori se soit limité au mecha design. Le côté contre-culture, proche de la nature, écolo, babacool, pour avoir eu la chance de le rencontrer aussi, je peux t’assurer que c’est bien son genre. L’épisode 25, par exemple, pue le Shoji Kawamori ; ça m’a rappelé Arjuna, sa série écolo altermondialiste, en particulier la partie où il parle d’un vieil ermite qui fait pousser ses légumes sans ogm sans utiliser de pesticides.

    Le côté branché / baggie / skate / DJ, par contre, je crois que ça vient plus de Dai Sato.

    • Thraemonium says:

      Oui un excellent anime qui renverse les codes scénaristiques stérétotypés qu’il établit volontairement pendant 20 épisodes. Une pléthore de références culturelles, vraiment un très bel anime, plus de gens devraient lui donner sa chance !

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