Shojo’s beaux-arts adventure

Welcome to Hotel Williams Child Bird
(Torikagosou No Kyou Mo Nemutai Jyuunintachi)
de Rihito Takarai, d’après Ukako Kabei
Ascii Media Works, 2008 – Ototo, 2012
Série terminée en 3 tomes

L’histoire :
Kizuna fait partie d’une bande de jeunes filles qui draguent des salarymen pour les délester de leur portefeuille. Le jeu est à la limite de tourner mal quand elle doit s’enfuir pour échapper à l’un de ces pigeons, et elle se réfugie, hors d’haleine, dans un étrange vieil immeuble, aux allures d’hôtel 1900 à la déco Art Nouveau. Elle se fait alors aborder par Yuki, une troublante jeune personne à l’allure androgyne, qui a tout suivi, et qui lui propose un marché : devenir modèle pour son cousin Yusei, un artiste peintre prometteur qui habite l’immeuble. Entre Kizuna, la jolie paumée, Yuki, l’androgyne exubérant(e) et Yusei, l’artiste ombrageux, débute une relation ambigüe, basée sur les non dits et les sous entendus…

Ce que j’en pense :
Je n’y connais rien en shojo. En même temps, il est vrai qu’en tant que mâle hétéro de 42 ans, je ne fais pas partie du public cible, a priori. Bon, j’ai bien aimé Nana, et j’ai également feuilleté (avec moins d’enthousiasme) Last Quarter et Utena. Alors quand on m’a conseillé celui-ci, j’étais plutôt sceptique. « Mais si, tu verras, c’est pas trop long et l’héroïne est nettement moins nunuche que d’habitude » , mmouais.

Me voici donc avec une classique histoire de triangle amoureux : la jeune et jolie héroïne se laisse progressivement charmer par le beau ténébreux dépressif, alors qu’elle subit les assiduités du travesti en talons hauts qu’elle a d’abord pris pour une fille. Mais là où ça devient intéressant, c’est que les deux mecs traînent assez de casseroles et dissimulent assez de secrets pour pimenter l’affaire, et à côté d’eux, Kizuna, la déliquante impulsive et sans attache finit par passer pour la plus normale des trois.

Les ficelles sont un peu grosses, mais finalement ça passe bien, grâce à une narration qui avance assez vite tout en ménageant des surprises (le manga est adapté d’un roman), et à des personnages dont les sentiments sont rendus avec naturel : lorsqu’ils expriment leurs doutes, ou leur trouble, c’est sans exagération, ni tergiversation, et j’ai fini par y croire. Pour ne rien gâcher, le dessin est d’une grande légèreté, jouant avec clarté des contrastes entre l’expressivité de Kizuna, frêle et sexy, l’impassibilité de Yusei, viril et négligé, et l’exubérance de Yuki, glamour et ambigu. Le décor art nouveau fait un écrin discret à l’expression de leurs sentiments. Et j’ai bien aimé l’érotisme discret et suggéré, tout en retenue et sans voyeurisme.

Au fond, le fait que ce soit un shojo, je m’en fous. C’est une étiquette. A partir du moment où les personnages sont suffisamment crédibles, l’histoire intéressante et les dessins agréables, ça me va. Bien sûr, cela ne va pas sans certains clichés (ah, les bishounen – on me souffle que l’auteure a sévi dans le yaoi), mais avec juste un peu plus de noirceur (qui, selon la postface, était plus présente dans le roman), je pense qu’on ne serait pas loin d’un seinen. Certains thèmes ici présents, comme le désœuvrement, la perte des repères, l’enjo kosai (la prostitution des jeunes), le deuil, les relations parents/enfants, la création artistique, sont des sujets adultes qui concernent hommes et femmes, sans distinction d’âge. J’en ai donc apprécié la lecture, a priori pas évidente à cause des dessins de couverture qui ne m’ont pas attiré (je trouve que le noir et blanc intérieur convient mieux à l’histoire) et de ce titre à rallonge, totalement impossible (Welcome to Hotel Williams Child Bird, franchement).

Finalement, la personne qui me l’avait conseillé avait raison : au moins, ce n’est pas nunuche. Reste à savoir si je vais persévérer dans le genre. Si vous avez des idées dans ce style, je ne dis pas non. Et peut-être que ça me donnera aussi de nouvelles idées de titres à jeux de mots foireux.

(P.S. Je remercie Ototo pour m’avoir gracieusement remis ce manga en SP.)

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3 Responses to Shojo’s beaux-arts adventure

  1. Gemini says:

    Certains thèmes extrêmement matures ou sombres ne sont pour ainsi dire abordés que dans les shôjo. Prends Banana Fish, c’est l’histoire de la lutte contre un adolescent américain et un réseau pédophile sur fond de trafique de drogue, de mafia, et de guerilla urbaine. Et c’est un shôjo.

    Comme tu le dis, shôjo n’est qu’une étiquette. Tout comme « seinen », c’est un mot qui a été sur-exploité par les éditeurs français et mal compris par un public qui a fini par lui donner le sens qu’il voulait. Ainsi, désormais, shôjo signifierait pour une majorité du lectorat « comédie romantique avec des adolescents », et tout ce qui sort de cette petite case étriquée n’en serait pas un. Alors que le terme recouvre Nana, Angel Sanctuary, X, L’Infirmerie après les Cours, Basara, Trinity Blood, bref des titres très différents.

    Le synopsis de ce manga me rappelle un peu Paradise Kiss, l’histoire d’une fille formatée par ses parents pour réussir, qui va tomber sur une bande de joyeux excentriques (dont un travelo et un bi) et va finir par être séduite par leur comportement non conventionnel. Par l’auteur de Nana, mais ce n’est pas non plus mon titre favori ; c’est surtout que je vois quelques ressemblances avec le titre dont tu parlais.

    Mes conseils shôjo, ce serait plutôt La Rose de Versailles, Très Cher Frère, Gals!, Please Save My Earth, Basara… C’est un sujet très vaste.

  2. Pingback: Semaine shôjo 2014 : l’essentiel est de participer | Les chroniques d'un newbie

  3. Cassandre says:

    Un shojo ce n’est pas une comédie sentimentale entre des ados, c’est une histoire entre des ados, voire des gosses, écrite pour un public -plutôt- féminin, et adolescent. C’est pour ça que quand tu cherches un shojo, en réalité tu peux « préciser » ta recherche: à l’école; amitié; amour; tragédie; comédie; aventure; fantastique, etc… (Le shonen, la même chose mais -plutôt- pour les ptits gars; le josei, c’est le shojo mais pour les grandes, donc pas « à l’école », mais plutôt « au boulot » ^^)
    Donc oui « shojo » n’est qu’une étiquette, mais paradoxalement, cette étiquette n’est pas absolue. Ce qui est navrant, c’est le « gniangnian ». Je dis « le » gniangnian parce que j’parle bien d’une « tendance », très fâcheuse, à penser que parce que le shojo est pour des adolescentes, et en général mettant en scène des ados, il faut sur-idéaliser (c’est à dire pas seulement idéaliser, qui est quelque part le propre de l’écriture- lecture, mais en faire des tonnes quoi!) les sentiments, les perceptions, la psychologie du personnage, et le trait du dessin aussi. En vérité, je me suis rendue compte après avoir lu tout le rayon shojo de la fnac, que d’une manière générale, on prend les jeunots pour des cons. C’est triste. Mais heureusement, il existe des mangas appartenant bien au genre shojo- ce n’est pas une erreur d’étiquette, une interprétation dominante- qui sont vraiment très beaux. Je pense à Sola de Naoki Isaya, (adapté en animé il me semble), ou encore à Nana bien sûr mais de Yasawa, il y a aussi le très joli Last Quarters, ou le manga Crash de Erica Sakurasawa. Enfin dans un genre plus léger, plus frais, Koko début de Kawahara Kazune et Princess Jellyfish de Akiko Higashimura (et bah lui par exemple, tu peux l’trouver portant l’étiquette « josei » et « shojo ») etc…

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