Définitions de la légèreté : la mélancolie d’H. Suzumiya

Disclaimer : ce billet relate en termes subjectifs et trop facilement ironiques la lecture du roman la Mélancolie d’Haruhi Suzumiya. L’absence, dans ce billet, de toute représentation graphique de l’héroïne de ce roman est voulue, et s’explique par :
1- la volonté de rappeler que c’est du roman dont il s’agit, et non de l’anime ni du manga ;
2- le souhait de reposer, pendant au moins 5 minutes, vos yeux de la représentation graphique de l’héroïne, que l’on trouve partout, y compris là où elle n’a rien de particulier à faire, comme par exemple la page de login de sama ;
3- la flemme particulièrement développée de l’auteur de ce billet, qui tape ce samedi matin sans tellement se relire et qui n’a pas que ça à foutre parce qu’il doit aller chez le coiffeur. On peut cependant remarquer qu’une minuscule silhouette de l’héroïne figure sur la couverture du livre. Ok, vous cherchez la petite bête. Et puis, vous ne trouvez pas que ce paragraphe est déjà trop long?)

Donc je vous vois venir, hein. Non, ce n’est ni de l’anime (pas vu) ni du manga (pas lu) que je vais vous parler aujourd’hui. Mais du roman. Enfin, du « light novel », comme on dit, ça fait plus aware. Bah oui, dire « je lis un roman », ça rase aussitôt ton entourage. Par-contre, dire « je lis un light novel », là, hop, tu captes l’attention. C’est quoi un light novel, dis? Tiens au fait, justement, un light novel, qu’est-que c’est?

Alors un petit tour sur wiki (je vous avais prévenu que je n’allais pas me fouler) et hop, j’y apprends que le light novel désigne la littérature imprimée sans trop d’images, voire sans image du tout, et dont les chapitres préalablement sérialisés constituent un récit romanesque destiné au grand public, essentiellement celui des jeunes lecteurs.

Cela me fait penser à quelque chose… Dans mes très jeunes années, je lisais des Bibliothèque Verte. Quoi, ce n’est pas la même chose? D’accord, je n’insiste pas. C’est dommage parce que j’aimais vraiment ça, les Bibliothèque Verte. Des jeunes héros charismatiques, aventureux et pleins d’astuce, qui allaient au collège et qui traquaient le mystère, et dont la vie était d’autant plus intéressante que dans la mienne, de vie, il ne se passait jamais rien. Oui, oui, c’est bon, j’arrête. Au fait, je vous ai déjà raconté que je collectionne les Bibliothèque Verte?

Bref. Light novel : donc, pour faire simple : c’est un roman pour la jeunesse?

Maintenant que j’ai subtilement insisté sur le mot « novel », je vais me concentrer sur la définition du mot « light ». (Qui a dit que ça allait être lourd?) Light, c’est le terme le plus adapté à la description de la Mélancolie d’Haruhi Suzumiya. Oui, parce que je me rends bien compte que je n’ai toujours pas commencé à vous en parler, de ce livre. Alors petit raccrochage aux branches.

L’omniprésence de ce personnage dans les blogs, les forums, les débats passionnants, a eu un effet quelque peu négatif sur ma curiosité de newbie : un mélange de fascination, de préjugé et de rejet, se traduisant par un renforcement de mon penchant naturel à la procrastination (© Helia). Mais le destin s’est manifesté sous la forme d’un vide-grenier, qui se déroulait il y a une semaine à 50 mètres de chez moi, et où je trouvai, à 2€, le fameux livre à la couverture rouge. Je ne pouvais plus reculer : je donnai la pièce à la charmante personne qui voulait s’en séparer, et emportai l’opus à ma maison. Hasard objectif, quand tu nous frappes…

J’ai ainsi pu vérifier, enfin, les différents sens du mot « light », que j’adapterai par : légèreté. La Mélancolie d’Haruhi Suzumiya possède tous les sens de ce mot.

légèreté
nf (lé-jè-re-té)

1 Qualité de ce qui est léger, peu pesant. La légèreté de cette substance. La légèreté de l’air.
2 Agilité, vitesse. Marcher, courir avec légèreté. La légèreté à la course. La légèreté d’un danseur.
3 Légèreté de main, se dit d’un homme qui opère, écrit, joue, etc. avec aisance et célérité.

Incontestablement, La Mélancolie d’Haruhi Suzumiya se lit vite, car essentiellement constitué de dialogues, et de tournures peu compliquées. Tout au long du récit, on va droit à l’essentiel, et mis à part les états d’âme du narrateur, Kyon, on ne s’arrête jamais à des considérations qui ralentissent l’action. Il m’a fallu à peine un après-midi pour finir le livre. Preuve, en tous cas, qu’il ne m’est pas tombé des mains : grâce à sa légèreté, donc.
4 Inconstance, instabilité.

Ce sens du mot légèreté est plus discutable, mais il convient à la personnalité du narrateur. Perpétuellement hésitant quant à ses sentiments à propos de Haruhi, il n’assume pas intérieurement sa propre conduite, et se laisse mener  par le bout du nez en pestant silencieusement. C’est un caractère propre à l’adolescent qui découvre, à sa propre surprise, une attirance pour quelqu’un dont il désapprouve la conduite. Comme il le dit lui-même : « Si j’avais eu un courage inflexible et une volonté à toute épreuve, j’aurais pu résister au torrent incontrôlable de ses caprices, au lieu de laisser le courant m’emporter au fond de cet océan d’absurdités. »
5 Défaut de réflexion. Insouciance. Imprudence. La légèreté de sa conduite, de ses discours.
6 Faute commise par légèreté, par défaut de réflexion.

Ok, La Mélancolie d’Haruhi Suzumiya n’entraîne pas à la réflexion, mais fait partager l’insouciance de ses personnages. C’est déjà beaucoup, et je ne m’attendais pas à plus. Délicieusement régressif, sans être infantile, le roman accomplit le petit miracle de l’identification du lecteur au narrateur, en le replongeant dans les affres de l’adolescence : le comportement moins dicté par la réflexion que par les hormones (et les catastrophes qui s’ensuivent), mais aussi le premier amour ; la quête d’un idéal, et l’angoisse d’être trop comme tout le monde ; l’intégration à un groupe d’amis parfaits, comme on en rêve. Oubliez l’histoire des extra-terrestres et des super-pouvoirs : tout cela n’est qu’une métaphore. Pas besoin de se prendre la tête.
A noter que la mention « planète filles« , référence à une collection de l’éditeur, m’a fait doucement rigoler. « Planète mecs », eut été un peu mieux choisi : « Sa généreuse poitrine débordait de son costume, et je détournai le regard… mais il était difficile de photographier quelque chose en regardant ailleurs. »
7 Délicatesse et agrément, en parlant de style et de conversation.
Le style, effectivement, est agréable. Délicat, c’est plus discutable. Je doute que la traduction française soit 100% fidèle à l’original, en lisant des formules telles que « Contrairement à Haruhi, son expression par défaut semblait être le défaut d’expression » ou encore « Soudain, je n’étais pas plus intéressant qu’un chou de Bruxelles« . Sauf à supposer que l’on connaisse les choux de Bruxelles dans l’archipel nippon, et qu’on les désigne en référence à la capitale de la Belgique. Je n’ai pas vérifié. Bref. Mais si on considère qu’un livre est bien écrit quand sa forme s’adapte parfaitement au fond, alors oui, La Mélancolie d’Haruhi Suzumiya est un roman bien écrit.

Les définitions ci-dessus proviennent du Littré, un pavé du XIXème siècle pas nécessairement le mieux adapté pour analyser un light novel. J’ajouterai d’ailleurs un dernier sens personnel au terme « légèreté » : celui de quelque chose qui ne laisse pas d’empreinte indélébile. Si j’ai passé un bon moment avec ce livre, il a été très court, et, finalement, peu marquant. Peut-être aussi parce que les mots n’ont pas été contaminés par les images. Le souvenir, léger, de La Mélancolie d’Haruhi Suzumiya s’estompera de ma mémoire, mais conservera quelque chose d’agréable, charmeur, futile et inavouable. Comme le souvenir d’un rêve matinal, qui ressurgit parfois de manière inattendue, avant de disparaître à nouveau. La mélancolie de la légèreté de l’être.

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6 Responses to Définitions de la légèreté : la mélancolie d’H. Suzumiya

  1. Faust says:

    Tiens…y a pas encore eu de troll…preuve que le hype Haruhiste retombe.

    J’ai quand même l’impression que ton billet est mieux écrit que le bouquin…quand à la classification d’Hachette, on savait dès le début que ça allait être nawak (ils auraient pu conserver la couverture originale, vu les ventes ça n’aurait pas changé grand chose et les fans auraient préféré je pense)

    Sinon, et comme je sais que tu a une TOTALE confiance en mon jugement, mates quand même la première saison, c’est très bon…

    • Mackie says:

      Je n’attire pas les trolls en général, faut dire que troller sur Bach ou sur la littérature japonaise, faut se lever tôt, hein.

      Quant à ton jugement, que je sais être entièrement objectif, je le suivrai probablement, un jour ou l’autre. Pour le moment, ce sera l’autre. Mais qui sait?

  2. Trit' says:

    Tant mieux si la hype est tombée : on pourra donc parler de choses sérieuses.

    En, l’occurrence, ceci : « La Mélancolie d’Haruhi Suzumiya n’entraîne pas à la réflexion ».

    > Si on ne lit que ce premier tome de la saga (qui en compte tout de même 9 et un 10e, en deux volumes, est en cours de publication), on peut voir les choses comme ça.

    Mais si on lit le reste, alors c’est tout à fait faux : l’univers de Haruhi se complexifie énormément à partir des tomes suivants, pour connaître plusieurs points forts qui obligent à la réflexion (« Rhapsodie de la feuille de bambou », tome 3 et sa suite: La Disparition de HS, tome 4 ; Les Intrigues de HS, tome 7 ; La Scission de HS, tome 9, où l’histoire diverge en deux « routes » parallèles et hermétiques l’une par rapport à l’autre).

    « Oubliez l’histoire des extra-terrestres et des super-pouvoirs : tout cela n’est qu’une métaphore. Pas besoin de se prendre la tête »
    > Encore une fois, si c’est assez vrai dans La Mélancolie, ça change totalement dans la suite. Nous avons droit à des démonstrations de super-pouvoirs, des conflits entre factions ET et de voyageurs temporels sur les autres tomes.

    En tant que fan, je trouve un peu dommage cette conclusion qui dit que c’est « léger », alors que ce n’est pas le cas quand on se met à creuser un peu plus profondément. Certes, ça ne vaudra pas du Tolstoï, mais c’est très au-dessus de la première fanfic venue ou d’un Twilight et apparentés.

    Je t’encourage vivement à lire les autres tomes de la saga (disponibles hélas seulement en anglais).
    Quant à la traduction, j’ai eu l’occasion de lire une interview du traducteur qui avait dit être resté aussi fidèle que possible, au point que certaines phrases lui avaient pris jusqu’à deux semaines pour qu’il en trouve une traduction satisfaisante. Pour les choux de Bruxelles, en revanche, je ne saurais dire si ça vient directement du texte japonais ou non (quoiqu’on a souvent des références du genre au fil des tomes, donc…).

    En-dehors de ça, trouvé à 2 € dans un vide-grenier… Toujours en tant que fan, ça fait mal, même si les 14 € de départ pouvaient paraître élevés.

    Merci toujours pour ce retour, c’est toujours intéressant de voir l’avis d’une personne qui découvre Haruhi (et par le meilleur des supports existants, en plus ! Même si l’anime est lui aussi excellent).

    • Mackie says:

      C’est moi qui te remercie pour ton avis argumenté.

      J’imagine que tu as probablement raison, s’agissant des développements ultérieurs de l’intrigue, que je ne connais pas du tout. Les histoires de super-pouvoirs et d’extra-terrestres, cela dit, restent pour moi un prétexte, mais ça n’est pas péjoratif de le dire : je pense la même chose d’Evangelion, par exemple, et c’est un fan d’Evangelion qui te le dis.

      Ce que j’exprime, dans mon billet, c’est mon impression de lecture, parfaitement subjective, et je t’avoue que je n’étais pas très enthousiaste au départ. Au final, l’impression est plutôt positive, non? Je ne suis donc pas totalement irrécupérable…

  3. Corti says:

    Bibliothèque rose et verte’ que du bonheur !!!

  4. Pingback: The Sky Crawlers : les romans | Les chroniques d'un newbie

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