Solarium, un manga oublié

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Solarium
de Keiichi Itou

Shueisha, 2002 – Panini, 2005
série terminée en 2 tomes

L’histoire
Vers la fin du 21ème siècle, le monde est plus inégalitaire que jamais, entre une élite qui gère les rares ressources à son profit, et le reste de l’humanité, massée dans des mégalopoles, et qui ne connaît que la pénurie. De grands espoirs étaient fondés sur la conquête spatiale, avec notamment la colonisation de la Lune, et l’établissement de grandes stations orbitales de peuplement. Mais le programme fut abandonné en raison d’un acte terroriste, qui entraîna la destruction d’une des stations, et des millions de morts dans la catastrophe.

Arato est un « space child », c’est-à-dire qu’il est né dans l’espace. Il a survécu à la catastrophe qui a coûté la vie à son père, et il rêve de revanche. Déjà pilote de vols commerciaux, il s’entraîne dur pour refaire partie d’un prochain programme spatial. Etrangement, malgré ses excellentes notes, il n’est pas retenu… Il ignore qu’il est suivi par un groupe clandestin qui a besoin de ses capacités de pilote pour un objectif secret. Arato, qui hait les terroristes, selon lui responsables de ses échecs, cédera-t-il aux idées utopistes des rebelles? et surtout, au charme de la douce Inana, âme du mouvement?

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Ce que j’en pense
Vous connaissez Solarium? Non, n’est-ce pas? Et bien rassurez-vous, vous n’êtes pas les seuls. Moi non plus, et après avoir fait un tour sur le net, je me suis rendu compte que ce manga et son auteur étaient à peu près partout inconnus au bataillon. Solarium, et son mangaka, Keiichi Itou (Itoh? Itô?) ne sont même pas mentionnés chez Animint ou chez Animenewsnetwork. Pourtant, il semble que Panini, l’éditeur français, ait fondé quelque espoir sur cette série, surfant sur le succès d’une des meilleures série à son catalogue, Planètes. Erreur fatale. Car en axant sa communication sur une comparaison déséquilibrée, Panini a inconsciemment incité les lecteurs attirés par cette promotion à ne pas relever l’originalité et les qualités intrinsèques de Solarium. Ok, ce n’est pas un inoubliable chef-d’oeuvre, mais il ne méritait pas, selon moi, le flinguage en règle de quelques critiques distraits, et la mise au purgatoire qui a suivi. Et de toutes façons, à part sa thématique spatiale, l’histoire de Solarium n’a pas grand-chose de commun avec Planètes.

Et ce n’est pas tout : la publication de Solarium souffre d’un second malentendu, qui incombe cette fois… au mangaka. Parfait inconnu, Keiichi Itou se vante, sur la jacquette, d’avoir dessiné son manga entièrement à la palette graphique, sans recourir une seule fois à l’encre ni au papier. Une telle annonce est désastreuse, si le résultat n’est pas, au minimum, à la hauteur des délires d’un Masamune Shirow. Or justement, Solarium est à mon avis un manga honnêtement dessiné, sans défaut ni génie, et surtout, dans un style noir et blanc qui ressemble presque trait pour trait à ce qui se fait de plus courant. Bref, pas de quoi pousser des hauts cris. Ni dans un sens, ni dans l’autre.

Résultat, à trop multiplier les erreurs de communication, Solarium s’est retrouvé plombé de part en part, et n’a récolté que des critiques catastrophiques, ou presque. Du genre de celle de manga news, laconique et facile, pleine de jugements de valeurs, qui ne nous apprend rien sur le manga, mais qui laisse supposer, peut-être à tort, que le pigiste a passé plus de temps à parcourir le pauvre dossier de presse qu’à lire le manga lui-même… Je note qu’aucun avis de lecteur n’est venu tempérer cette litanie de « on » (et « on est un con », c’est bien connu).

Bref, le newbie se retrouve devant un nouveau challenge : donner envie de lire un manga pas génial, mais sympathique, que sa réputation a plongé dans les oubliettes de l’histoire… Pô fôcile.

L’espace comme utopie
S’il est bien un défaut que je peux reconnaître à Solarium, c’est son format : deux tomes, point final. Difficile, dans ces conditions, de bien développer tous les thèmes abordés, et ils sont nombreux, qui emplissent le scénario. Voici donc un shonen plein de bonnes intentions, centré sur l’histoire individuelle d’un Arato, archétype du jeune qui cherche à accomplir son destin en poursuivant ses rêves, et qui découvre en chemin que le monde n’est pas ce qu’il croyait. Le background pessimiste laisse entrevoir un futur peu réjouissant, mais plausible et cohérent : la raréfaction des ressources, les tensions sociales, l’élargissement dans des proportions effroyables du fossé entre riches et pauvres, et le retour des utopies pour y remédier. A ce sujet, il est presque touchant de voir un manga citer ouvertement Jean-Jacques Rousseau, et son Contrat Social, comme modèle philosophique. Que l’espace, et les possibilités qu’induisent des technologies futures, soient le réceptacle de cette utopie, voilà qui renvoie à l’optimisme des années 60, du temps de la conquête spatiale triomphante ; et que les moyens employés impliquent le vol d’une vieille fusée des temps héroïques, est un clin d’oeil qui m’a fait sourire.

Dans ce contexte, le développement est très classique, et mené sans temps mort. Comme je l’ai dit, la concision de la narration frôle la litote, et il faut parfois relire un passage pour bien comprendre qui est qui et qui fait quoi. Notamment, en ce qui concerne les différents groupes terroristes, que j’ai eu du mal a différencier. Mais si on considère que cela sert surtout de trame de fond à l’histoire individuelle d’Arato, pas de problème. Le gros point fort, c’est la relation qui se noue progressivement entre Arato et Inana, relation plus mystique que sensuelle, et le travail d’Arato sur son drame personnel, la mort de son père, qui se sacrifia pour lui. Ces passages sont presque maladroits, mais touchants, et bien qu’à peine esquissés, les personnages centraux arrivent à exprimer le fond de leur âme. Inana reste, à mon sens, plus mystérieuse que réaliste, mais cela fait travailler l’imagination. Bon, n’est pas Rei Ayanami qui veut, mais elle est quand même bien mignonne…

La narration connaît, de ce fait, des hauts et des bas. Les baisses d’intensité se produisent, selon moi, surtout en fin de premier volume et au début du second. Mais les moments forts ne m’ont pas fait regretter ma lecture, et j’ai passé globalement un bon moment. Reste que l’apparition, en fin de second volume, d’une galerie de nouveaux personnages pleins de potentiel (et qui m’ont fait penser, d’une certaine manière, à l’équipage du Gekko State, dans Eureka Seven) m’a laissé une réelle frustration, la fin, bien que joliment écrite, intervenant de façon très abrupte. Et si Solarium s’inspire de mangas ou d’anime connus, je citerais non pas Planètes, mais plutôt Gunnm, pour son côté politique, et Evangelion, pour certaines idées graphiques. A ce sujet, les couvertures sont un peu trompeuses, le contenu étant bien moins clinquant et plus sobre.

Au final, Solarium se révèle bien meilleur que sa réputation, et il possède autant de charmes que défauts, suffisamment en tous cas pour que j’estime injustes les rares critiques dont il a été l’objet. Surtout, j’aurais bien aimé lire un Solarium en trois ou quatre tomes, et peut-être une suite, qui reste, en l’état, totalement ouverte.

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5 Responses to Solarium, un manga oublié

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  2. Guu says:

    La question de fond étant.. mais ou as tu déniché ces volumes?? J’ai pourtant pas mal vadrouillé, mais n’ai pas souvenir d’avoir jamais vu ce manga O_o

    • Mackie says:

      Dans un dépôt-vente, à 2€ le volume état neuf. j’y trouve pas mal de trucs mais rarement des séries complètes, mais de temps en temps de belles affaires (appleseed, orion, tengu, junji ito, naru taru, etc…)

  3. calloud says:

    pareil dépôt vente 2€, c’est con l’histoire avait du potentiel…..

  4. Méphistophélès says:

    Super manga, trouver dans ma mediatheque préféré. Mais qui est dans la colonie spatial ?

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