Kaze No Shô

Kaze No Shô, Le Livre du Vent
de Jirô Tanigushi et Kan Furuyama

Akita Shoten, 1992 – Panini, 2004
One-shot

L’histoire
1899
. Katsu Kaishu, 75 ans, ancien conseiller du dernier shogun Tokugawa, reçoit chez lui un groupe de hauts fonctionnaires de la nouvelle administration impériale, venus consulter le vieil homme sur les évènements de la guerre civile qui a amené la restauration Meiji. Mais ce qu’il leur raconte, c’est une vieille histoire peu connue, remontant au 17ème siècle : comment Yagyu Jubei, le plus célèbre sabreur de son époque, sauva le shogunat menacé par une conjuration…

1649. Le clan Yagyu est le bras armé du shogunat. S’appuyant sur un réseau de samouraïs à son service, il agit en tant que service secret, et surveille particulièrement les partisans de l’Empereur retiré, Go-Mino. Les Yagyu sont également dépositaires d’un secret d’Etat : ils conservent un manuscrit d’importance capitale, le testament politique du shogun Tokugawa Ieyiasu. Mais ce document est volé par un audacieux ninja, qui attaque seul le temple où le document était gardé. Si ce texte était rendu public, les partisans de l’Empereur pourraient en tirer profit, et le remettre sur le trône…

Yagyu Jubei est chargé de retrouver le manuscrit perdu, et de tuer le voleur. En route vers Kyoto, où il compte commencer son enquête, il est attaqué à plusieurs reprises par des ninjas, et ne doit son salut qu’à la ruse, à son adresse au sabre et au courage de ses disciples…

Ce que j’en pense
Avec ses mangas à succès sur l’enfance, sur la vie moderne, ou sur la nature, Taniguchi fait tellement partie du paysage, qu’on en oublie qu’il est un auteur aussi varié que prolifique. Sa veine historique n’est pas la plus connue, et pourtant, elle mérite largement le détour. Certains d’entre vous ont peut-être lu Au Temps du Botchan, formidable chronique du Japon à l’ère Meiji, centrée sur la biographie du poète Soseki et de ses proches. Le préambule de  Kaze No Shô, le Livre du Vent, se situe également à l’ère Meiji, mais Taniguchi nous transporte ensuite plus loin dans le temps, à l’époque d’Edo, en plein conflit entre clans. C’est donc à un véritable manga de sabre que nous convoque Taniguchi, avec de nombreuses scènes d’action et de combat.

Et c’est vraiment dommage que Taniguchi ne se soit pas plus souvent illustré dans ce genre, parce que la maîtrise dont il fait ici preuve dans la mise en scène des combats au sabre, s’ajoute à celle qu’on lui connaît habituellement pour son soin des décors et de la profondeur de champ. A mon avis, Kaze No Shô possède même, par rapport aux mangas habituels de Taniguchi, un surcroît de fluidité et de mouvement. A vrai dire, ces scènes de combat au sabre (ou autres instruments tranchants) sont parmi les plus vivantes et esthétiques qu’il m’ait été donné de voir. L’accent est d’ailleurs mis sur l’authenticité historique des armes, des équipements, des tactiques et des techniques de sabre.

Pourtant, si l’histoire recourt à des personnages réels, dans un contexte historique connu et avec un grand souci de réalisme, l’intrigue est de pure fiction. Car bien que le personnage de Yagyu Jubei soit célèbre pour avoir fondé une des plus grandes écoles de sabre, et qu’il ait probablement joué un rôle important à l’époque, sa vie reste pleine de zones d’ombre. Du coup, de nombreuses légendes courent sur son compte, et il est souvent le personnage principal ou secondaire de romans, de films, de mangas, d’anime et de jeux vidéo. Et pas forcément en tant que samouraï : il apparaît par exemple dans Ninja Scroll en tant que… ninja, évidemment.

Dans Kaze No Shô, l’intrigue se noue sur fond de complot pour renverser le shogun, et remettre l’Empereur Go-Mino au pouvoir. Yagyu Jubei y est une sorte d’agent secret, qui peut s’appuyer sur son réseau d’anciens disciples, devenus samouraïs maîtres d’armes auprès des différents Daimyos (seigneurs féodaux) du pays. Il dispose également des services de ninjas, issus de classes populaires, experts en dissimulation, qui sont autant d’espions au service du shogunat. En face, une coalition de Daimyos puissants qui attendent l’occasion de se soulever et de rallier l’Empereur. Et, bien sûr, Yagyu Jubei doit affronter un autre sabreur redoutable, Yashamaro, dévoué corps et âme à l’Emprereur. La narration met l’accent sur la confrontation; d’abord à distance, puis en de multiples combats rapprochés, entre les deux experts du katana. Mais elle garde un fond politiquement réaliste, et plausible, bien qu’imaginaire, qui  trouve son écho 250 ans plus tard, au moment de la chute définitive du shogunat, et de la restauration Meiji.

A noter que l’histoire du manuscrit volé, et de la quête de Yagyu Jubei, a déjà été portée au cinéma, avec le film Ninjutsu, de Hiroshi Inagaki, avec Toshiro Mifune, en 1957. L’histoire diffère cependant, car elle se place dans une perspective moins historique, mais plus chambara/ninja.

Kaze No Shô possède donc un double niveau de lecture : ceux qui aiment les récits épiques du Japon médiéval, avec force combats et scènes grandioses, seront comblés, de même que les curieux qui souhaitent approfondir leurs connaissances sur l’histoire du Japon. J’appartiens aux deux catégories. Ajoutez à cela l’habituelle maîtrise graphique et le sens de la mise en scène de Taniguchi, et vous comprendrez que ce one-shot s’impose sans difficulté comme un des tous meilleurs seinen historiques, à égalité avec les meilleurs oeuvres de Hiroshi Hirata ou de Hideki Mori. Pas moins.

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One Response to Kaze No Shô

  1. Jonas says:

    J’avais bien aimé Kaze No Shô. Ce fût d’ailleurs mon premier contact avec Taniguchi. Par contre je trouve que si les scènes d’actions sont très lisibles, du point de vue dynamisme cette oeuvre est quand même un cran en dessous de titres comme Vagabond de Inoue ou des manga de Hirata Hiroshi.

    Cela dit, je pense que ce titre reste un très très bon premier contact avec les manga de samurai.

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