Bubblegum Crisis : Tokyo 2040

Aujourd’hui, je vous parlerai de Bubblegum Crisis : Tokyo 2040, qui n’est pas une suite mais un remake.

L’OAV Bubblegum Crisis : Megatokyo 2032 était initialement prévue en 13 épisodes, mais la production s’arrêta à 8, officiellement en raison du succès mitigé (alors que la série cartonnait aux US et se vendait bien à l’export). Il semble que la vraie raison était un problème de droits entre coproducteurs, mais peu importe.
En effet, la franchise engendra un vrai fandom, à travers des mangas ou des comics US, réalisés par des fans ou officiellement publiés (notamment un Bubblegum Crisis chez Dark Horse Comics). Un des deux studios obtint les droits pour réaliser une suite, Bubblegum Crash, mais ça se termina devant les tribunaux… D’autres OAV voient le jour, comme AD Police Files, mais sans reprendre les personnages initiaux, et avec un résultat artistique secondaire.

En attendant, les fans se désespèrent. Il faut attendre 1998 pour qu’un vrai projet voie le jour : ce sera Bubblegum Crisis : Tokyo 2040. Et là, surprise, on se retrouve avec un remake, sous forme de série TV en 26 épisodes de 20 mn. Avec la fin longtemps attendue.

L’Histoire :
B.C. 2040 (désolé mais j’emploierai des abréviations maintenant) repart du début, et se conçoit comme un vrai feuilleton continu, chaque épisode se terminant sur un cliffhanger, et faisant avancer l’intrigue jusqu’à une conclusion sous forme de révélation, au 26ème.

L’histoire reprend les mêmes éléments, mais démarre à la formation des Knight Sabers : au début elles ne sont que trois, et le premier épisode les voit recruter une quatrième, Linna. C’est une campagnarde naïve mais au caractère bien trempé, débarquée de sa ferme familiale pour trouver du taf à Tokyo. Les autres personnages n’ont pas changé. L’ensemble des 26 épisodes se concentre sur une intrigue principale : les projets secrets de la GENOM, pourquoi les robots boomers deviennent incontrôlables, le passé de Syllia et l’expérience qui causa la mort de son père, dans le tremblement de terre qui détruisit Tokyo.

Ce que j’en pense :
J’ai vu les deux versions à la suite, et je n’arrive pas à les départager. En fait, elles sont complémentaires. Je dirais que B.C. 2032 séduit par son ton, la création d’un univers, son charme, son côté vintage (les design de Kenichi Sonoda!), sa musique ; mais péchait par un manque de développement de l’histoire. Trop d’éléments restaient inexploités, inexpliqués. B.C. 2040 a l’énorme mérite de tout reprendre à la base, en parfaite cohérence, et d’instaurer un suspense grandissant d’épisode en épisode, jusqu’au climax final. A ce titre, on peut faire un gros parallèle entre Bubblegum Crisis 2040 et Evangelion, mais j’en parlerai plus loin.

Les changements sont aussi d’ordre visuel. Voici la différence entre les chara designs des deux versions (avant après) :
Le résultat est probant, même si on peut regretter que cette mise au goût du jour fait ressembler nos héroïnes à bien des personnages d’autres séries. Ce qui a été conservé, ce sont les designs des armures, juste reliftées, et les décors, toujours aussi sombres, mais plus détaillés. L’ensemble conserve le caractère nocturne, froid et angoissant de la mégalopole qui broie ses habitants.

Le défaut, c’est la réalisation des boomers, dont le nouveau design, certes plus varié, n’est pas aussi effrayant. En revanche, leur présence dans la vie quotidienne est mieux présentée. On les voit servir à des terrasses de café, travailler dans des bureaux d’administration, balayer les rues, etc… Une place plus importante est également accordée aux personnages secondaires, et aux « figurants ».

Les quatre filles sont mieux distinguées, et leurs motivations, leurs états d’âme, leur vie personnelle sont mieux montrées. Ceci, peut-être, au détriment des scènes d’action, car on passe plus de temps avec chacune d’elles. On y gagne, et l’accent est mis souvent sur le personnage de Priss, la rockeuse, qui devient une vraie leader du groupe, presque le personnage principal.

On y perd d’un autre côté, car la production gomme certains aspects « adultes » de l’original. Par exemple, moins de fan service, moins d’humour allusif, le personnage de Mackie n’est plus un ado obsédé – mais son personnage devient plus central, et plus mystérieux. Leon McLeod est moins macho à la Clint Eastwood, son flirt avec Priss est plus romantique ; Daley Wong, son partenaire, n’est plus gay, ou alors ça ne se voit plus.  C’est un peu dommage, car l’esprit de réalisme avec lequel la série est développée fait perdre un peu de charme à l’ensemble.

Par contre, l’ambiance musicale est toujours autant mise en avant. Réactualisées, plus rock, moins années 80, les musiques sont efficaces, et les ambiances sonores (bruits de fond, bruits urbains) forment un bel écrin à la série. On fait la connaissance des musiciens qui accompagnent Priss.

La qualité de la réalisation progresse au fur et à mesure des épisodes, jusqu’à la fin, superbe, assez evangelionesque je dois dire. Et je vais expliquer ce point de vue.

Un parallèle entre Bubblegum Crisis 2040 et Evangelion :
Je vais essayer d’expliquer sans spoiler. Pas évident.

Reprenons l’histoire. En développant sur 26 épisodes l’intrigue esquissée dans les trois premiers épisodes de la première OAV, on se concentre sur l’affaire GENOM. Donc, au départ, un tremblement de terre détruit Tokyo. Phénomène naturel? ou résultat d’une expérience interdite?

Les conséquences sont une lutte entre :
- d’une part, des intérêts politico-industriels contradictoires (au sein de la GENOM, il y a conflit – comme entre la SEELE et la NERV), dont le résultat pourrait changer la place, voire l’existence , de l’humanité,
- d’autre part, un groupe de jeunes personnes, peut-être manipulées, qui combattent en armures de combat dont la provenance est elle-même douteuse. Ben, oui, que sont les hard-suit des Knight Sabers? De simple armures, ou plus que cela?

Et que sont les boomers, en fait? De simple robots? Des humains de synthèse? Un projet achevé, ou encore en développement? Par ailleurs, le groupe est dominé par Syllia Stingray, dont les motivations sont pour le moins troubles. Pourquoi fonder ce groupe? Avec quels moyens? Qui est vraiment Syllia Stingray?

Japanim oblige, on assiste aussi à un développement des intrigues sentimentales. Sans être centrales, elles influent tout de même sur l’intrigue, et l’évolution des personnages.

Le final, enfin, part dans un délire mystico-spatial d’ailleurs plutôt réussi, avec de belles images, dont certaines m’ont fait forcément penser à the End of Evangelion.

Bon, attention, ça ne va pas aussi loin, Bubblegum Crisis 2040 reste une série d’action, mais on peut rêver à ce qu’aurait donné la série d’origine, avec son design et son ambiance originale, traitée de la façon de B.C. 2040, avec sa construction logique, son suspense et son final. Sans aucun doute, on aurait pu toucher au chef d’oeuvre. Il s’en faut de peu pour que Bubblegum Crisis ne soit QUE une excellente série, dont il faut regarder les deux versions pour en goûter tout le sel. Le Bubblegum Crisis final cut reste peut-être à réaliser.

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6 Responses to Bubblegum Crisis : Tokyo 2040

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  4. Soren says:

    Le parallèle avec Evangelion est très intéressant. J’ai toujours considéré Tokyo 2040 comme une série « post-Eva » pour les raisons que tu as cité et quelques autres: [SPOILERS HERE] -On retrouve dans les deux une notion de « combattre le feu par le feu »: face aux Anges, la Nerv oppose les Eva qui leur sont semblables. Dans Tokyo 2040, les armures des Knight Sabers se révèlent être semblables aux Boomers. De plus les Eva et les armures sont biomécaniques. -On peut trouver quelques similarités entre Kaworu Nagisa/Tabris et Galatea. Entre autres, j’en oublie parce que mes souvenirs de Tokyo 2040 ne sont plus très clairs, mais cette série a définitivement été influencée par Evangelion

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