Who’s Bat ?

Billy Bat
de Naoki Urasawa et Takashi Nagasaki
Kodansha, 2009 – Pika, 2012
Série en cours, 3 tomes publiés (9 au Japon)
Tome 4 prévu le 19/09/2012

L’histoire :
Kevin Yamagata, fils d’immigrés japonais en Californie, est un dessinateur de comics à succès, créateur de Billy Bat, une chauve-souris détective privé. Du moins c’est ce qu’il croit, jusqu’à ce qu’un inspecteur de police, autrefois en poste au Japon, lui révèle qu’il s’agit de la copie conforme d’un personnage de manga… Profondément troublé, Kevin part à Tokyo retrouver les traces de son inspiration. Mais ce qu’il découvre là-bas dépasse largement le simple plagiat involontaire qu’il croit avoir commis : la chauve-souris  n’est pas qu’un personnage de manga, elle est également visible à l’identique sur des rouleaux peints au moyen-âge… Pire, Billy Bat, le personnage de papier, s’anime pour de vrai, et se met à lui parler pour influencer ses actes! Et Kevin n’est pas le seul dans ce cas… La mystérieuse chauve-souris semble avoir joué un rôle capital depuis la nuit des temps, en apparaissant aux hommes en mesure de changer le cours de l’histoire… Il y aurait même deux Billy Bat : un maléfique, et un bénéfique…

Précision préalable : vu mes retards à écrire mes chroniques, je ne savais pas par quelle série commencer pour me mettre à jour – histoire de me remettre un coup de pression, j’ai donc proposé un petit sondage sur ma page FB et il en est ressorti que Billy Bat et Bonne nuit Punpun arrivaient à égalité. L’idée étant amusante, je crois que je vais renouveler l’expérience de temps à autres.

Ce que j’en pense :
(Attention, spoils) Commencer un nouveau manga d’Urasawa, c’est chaque fois un peu intimidant. Et excitant. Parce qu’après Monster, 20th Century Boys et Pluto, et les nœuds au cerveau que ça m’a causé, je me demande où Billy Bat va m’emmener. Et je dois dire que sur ce plan, le début ne me déçoit pas : le récit part effectivement dans tous les sens, mélangeant les genres fantastique, historique et thriller avec le plus grand sadisme pour mes neurones. Bon, avec la parution de ce troisième tome, je commence à voir un peu plus clair dans ce brouillard, bien qu’on n’en soit encore qu’au tout début. Jugez vous-mêmes : en juste trois volumes, le récit a déjà voyagé sur deux millénaires, de l’antiquité à l’occupation américaine du Japon ; convoquant Judas et le Christ, Saint François Xavier, Mitsuhide Akechi (l’assassin de Nobunaga Oda), le ninja Hanzo Hattori, le général MacArthur, Sanadori Shimoyama (dont le destin est également mentionné dans Ayako), Neil Armstrong, JFK et Marilyn Monroe (sous forme de personnages de comics), Walt Disney, et bien sûr, Osamu Tezuka. Sans oublier qu’en pleine ère Sengoku, la chauve-souris discute comme ça de Napoléon, de l’attentat de Sarajevo, de Hitler et Staline, de Hiroshima et du 11 septembre…

N’en jetez plus. Tant d’ingrédients à la fois, ça pourrait causer une sévère indigestion, mais tout l’art d’Urasawa et de son complice Nagasaki est de réussir à faire monter la mayonnaise, et voilà que c’est à l’histoire occulte du monde qu’ils nous invitent, avec complots bien tordus et coïncidences ahurissantes. Sans oublier les mindfucks encore plus secoués que d’habitude, comme cette trace sur la lune…

Certains s’agaceront de cette manière de manipuler le lecteur, d’autant que les ficelles sont parfois déjà connues, et qu’elles ont parfois pu décevoir, par le passé. Personnellement, comme je le dis plus haut, je suis très preneur de ces récits labyrinthiques et à tiroirs, j’adore me perdre sur de fausses routes et me faire balader, donc je pense qu’avec Billy Bat, on a récupéré du lourd. Libre à certains de préférer les histoires faciles et prévisibles, sur des thèmes archi-rebattus, ce n’est pas ce qui manque dans l’océan de parutions manga actuelles. Avec Urasawa, au moins, je sais que je serai toujours surpris. Au passage, son dessin est toujours aussi précis, et le voir s’aventurer dans l’histoire du Japon ancien, c’est un vrai plaisir.

Et puis, j’adore bien l’idée qu’une créature de bande dessinée -manga ou comics- détienne le secret de l’histoire du monde. Au point que le FBI et la CIA s’en mêlent. Au passage, la critique de Walt Disney est férocement réjouissante, lorsque le Billy Bat de Chuck Culkin (personnage calqué sur Disney) s’avère moralisant, pour ne pas dire réactionnaire, et d’un mercantilisme sans complexes. Poser comme point de départ qu’un avatar de Mickey Mouse est japonais d’origine, c’est prendre à rebours l’histoire de la bd qui admet communément que Tezuka devrait tout à Disney. Ici, c’est tout le contraire…

D’ailleurs, puisque je parle de plagiat, j’ai noté une autre coïncidence amusante. Bon, c’est over-capillo-tracté, mais vous me connaissez… Je veux dire, vous avez remarqué, un certain film d’Hollywood sorti récemment, dont l’affiche proclame avec un formidable aplomb : « le meilleur Batman de tous les temps. » ? Oui vous avez bien lu : de tous les temps. Vous en connaissez beaucoup, vous, des Batman de tous les temps? Du 16ème siècle, ou de l’antiquité? Non? Avec un peu de paranoïa, et une bonne dose de mauvaise foi, on peut se demander s’il n’y aurait pas un plan média subliminal caché derrière cette promotion d’une rare finesse? Et d’ailleurs, comme le chantait Michael, Who’s Bat?

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5 Responses to Who’s Bat ?

  1. Gemini says:

    J’ai testé le premier tome. Pas du tout accroché. Poubelle.

    (oui je sais c’est sec)

  2. Sirius says:

    Billy Bat me fait peur.
    Au départ je trouvais le plot assez intéressant, une sorte d’enquête à la fin des années 40. Puis quand les ramification ont été faites avec Judas et compagnie, j’en suis tombé des nues.
    Je ne comprends pas où l’auteur nous mène mais je ne sais pas encore s’il faut en pleurer. Il nous avait habitué à de très bon plots sans être trop capillotractés. Il faudra surtout relire tous ces volumes pour espérer refaire le fil car les sorties sont espacées… (4 mois entre les 3 et 4)
    Gemini -> Je mesure ta haine pour Pika. Et le recyclage? ^^’

    • Mackie says:

      Gemini : comme je l’ai dit chez toi, ce n’est pas l’éditeur qui détermine mon choix, mais bien le titre.

      Sirius : je comprends que Billy Bat fasse peur, ou à tout le moins déconcerte, mais c’est justement ce qui me plaît avec ce titre : il n’est pas si fréquent d’avoir un titre aussi ambitieux, et qui sort de l’habituel canevas baston/harem/slice of life. des ados qui se regardent le nombril dans un mécha ou une salle de classe, on en a treize à le douzaine, ici on plein d’idées à chaque pages, j’aime mieux l’abondance que la misère, l’originalité que le recyclage.

      je comparerais Billy Bat à Dossier A (qui a le même scénariste : Nagasaki), ce sont des titres qui font voyager, cogiter et s’étonner. et qui font espérer le titre suivant avec impatience, pour connaître la prochaine étape du périple.

      • Gemini says:

        Désolé, mais en l’occurrence, j’ai donné sa chance à la série en scans, et je n’ai réellement pas accroché. Que je n’aime pas un éditeur c’est une chose, mais quand je donne mon avis sur un titre c’est du concret.

  3. Pingback: Le Coin des Editeurs – Round 2 | Le Chapelier Fou

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