Last Exile

Last Exile
Koichi Chigira (réalisation)
Range Murata (design original)
Gonzo, 2003

L’histoire :
Claus, un pilote à peine sorti de l’enfance, et Lavi, sa navigatrice et amie de toujours, effectuent en free-lance des missions diverses à bord de leur vanship, sorte d’avion biplace sans ailes. Leur monde est en proie à la misère, et surtout à la guerre, entre deux nations – Disith « les orientaux » et Anathorey « les occidentaux » – qui se disputent les maigres ressources en eau de la planète. Les deux puissances militaires possèdent des flottes de navires cuirassés lourds, qui naviguent au-dessus des nuages, grâce à une technologie fournie aux deux bords par la Guilde, mystérieuse organisation aux moyens presque illimités.

Claus et Lavi essaient de gagner leur vie en livrant des messages ou des marchandises, mais aussi en participant à des courses de vanship, dotées de prix. C’est au cours d’une de ces courses que leur chemin va croiser celui d’une mystérieuse petite fille, Alvis, pourchassée par des méchas de la Guilde, et qui doit à tout prix être amenée saine et sauve à bord du Silverna, le croiseur du capitaine Alex Rowe.

Dès lors, le destin des deux enfants va croiser celui des acteurs principaux du conflit qui se noue, entre deux puissances militaires à bout de souffle et une Guilde aux intentions plus que troubles. Claus et Lavi espèrent en profiter pour réaliser leur rêve commun : retrouver la trace de leurs pères, disparus en mission dix ans auparavant, dans la tempête permanente du « grand flux ». Ils vont surtout se révéler à eux-mêmes, en se confrontant à des rivaux, des nouveaux amis, des ennemis, ou tout simplement des gens comme eux, ordinaires en apparence, mais embarqués dans une histoire qui les dépasse et prêts à prendre tous les risques…


Ce que j’en pense :
Une superbe réussite. J’ai littéralement avalé les 24 épisodes les uns à la suite des autres, sans temps mort, séduit par la beauté des images, l’originalité et la créativité du design et le caractère des personnages. Quelques défauts ne remettent pas mon jugement global en cause.

1- les images :
Couleurs sans saturation, tout en douceur, dégradés de gris et de bruns, de sépia, quelques touches de couleurs naturelles (rouge sang, vert prairie, et bien sûr le bleu du ciel). Les décors sont épurés, presque abstraits, sous des éclairages très travaillés (lumières horizontales, contrejours, effets de bougies ou de soleil).
Le chara design est sobre, les jeunes personnages féminins sont un peu trop kawaii (notamment Lavi et Alvis) mais les personnages masculins sont mieux traités, plus réalistes.

La grande réussite est le design d’ensemble, créatif, cohérent et original, mélangeant des styles napoléoniens (bâtiments, costumes de l’armée régulière), années 1890/1900 (les navires de guerre, très dreadnought), années 1920 (les vanships, étonnants croisement de carlingues d’avions vintage avec des calandres de voitures de course bugatti, splendide vraiment), et 2ème guerre mondiale (uniformes du Silverna, plutôt Luftwaffe, et tenues de vol, plutôt aviation soviétique). Sans oublier le design très original des mechas de la Guilde, en forme d’étoiles à quatre branches…

Le seul défaut visuel est l’intégration de la 3D, très inégale, parfois réussie, parfois foirée, avec de malencontreux effets de flou pas forcément voulus.

Un mot aussi sur la bande-son : la musique n’est pas inoubliable (opening techno-pop un peu tristoune) mais par-contre, les effets sonores sont somptueux. L’espace sonore est superbement travaillé (impressions de volume, de distance, de relief…) et les bruitages d’un réalisme rare (bruits de moteur, bruits atmosphériques, bruits de combats…).
L’animation est de bonne qualité sans être d’une fluidité exceptionnelle. Là aussi, la 3D est une fausse bonne idée, car elle met en évidence par contraste les légères saccades de l’animation traditionnelle.
Enfin, les scènes d’acrobatie et de combat aérien sont parmi les mieux réussies que j’ai vues à ce jour. Le ciel a vraiment l’air d’un espace en trois dimensions, dans lequel évoluent les lourdes masses des croiseurs et les flèches rutilantes des vanships.

2- les personnages :
bien sûr, il y a Claus et Lavi, personnages principaux, mais un des intérêts de Last Exile c’est de suivre une histoire collective, faite d’histoires individuelles entremêlées, toutes aussi prenantes. Je ne vais pas tous les citer.

D’un côté, il y a l’équipage du Silvana, et son commandant, Alex Rowe, qui est un hommage des auteurs rendu à Captain Harlock, mieux connu chez nous comme Albator. Sa mélancolie, son style, sa cape noire, et même l’épée laser qu’il porte au côté… Il y a l’officier en second, Sophia, dont la vraie personnalité n’est révélée que vers le milieu de la série. Tatiana, officier et pilote de vanship de combat, au caractère renfermé, va beaucoup évoluer elle aussi.

Du côté de la guilde (les « méchants ») il y a Delphine, l’impératrice de la Guilde, incarnation de la perversité et de l’orgueil, et son jeune frère Dio, personnage androgyne, ambigu, bien plus fragile que sa violence sa fougue ne le laisse penser (il ressemble un peu à Dilandeau, dans Escaflowne).

Et puis il y a les petites gens, mécanos, navigateurs, pilotes, et simples soldats des différents camps, dont le très attachant Moran, jeune fantassin qui a déjà trop souvent vu la mort, et dont on partage l’angoisse avant la bataille, et auquel on peut s’identifier.

Tous vont devoir apprendre, à souffrir, à aimer, à survivre, à mourir pour certains…

Un grand point fort est, comme je l’ai dit, que le destin de tous ne repose pas que sur les épaules de deux ou trois, et cette fois-ci on évite le poncif de « c’est l’amour qui sauvera le monde » ; si le monde est sauvé, je ne le dirai pas, mais il aura changé, non sans souffrances ni deuils.


Bref : c’est vraiment une série à regarder, qui plaira au grand nombre, car elle cumule assez de qualités pour emporter l’adhésion :
- une bonne histoire, classique mais avec une approche nouvelle et pas manichéenne ;
- pas de facilités : ni romance gnangnan, ni tranche de vie, ni fan service à l’horizon, mais une histoire cohérente, de la psychologie, de l’action, de l’aventure, du souffle ; c’est rafraîchissant et suffisamment prenant ;
- un très beau design, original mais référencé : cf. Ghibli pour Nausicaa, Porco Rosso, avec une touche d’Albator, et de Steamboy ;
- des personnages touchants, réels, pas exagérés, au chara design réussi ;
- une réalisation haut de gamme (sauf la 3D, seule déception relative).

Un chef d’oeuvre? peut-être pas, mais un anime que je recommande sans la moindre hésitation.

En bonus, l’opening, pour le plaisir des yeux :

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9 Responses to Last Exile

  1. Corti says:

    J’ai plutôt apprécié cet anime moi aussi.

    Par contre, en point négatif, j’ajouterais une partie de la fin, où il n’y a plus vraiment de cohérence pendant 5 minutes (un coup, ils sont dans le vaisseau, un coup, ils sont hors du vaisseau, un coup, ils sont dans l’espace, etc…).

    Par contre, tout le reste est correct. Enfin… Y’a des boulettes monstrueuses parfois, comme quand le type balance « Rien à tribord » alors que le côté droit du vaisseau est écrasé contre un rocher. Le mec est en train de mater de la roche, on se doute qu’il n’y a rien à voir XD

    • Mackie says:

      tu as l’oeil exercé, on voit le critique poindre sous le fan… en tant que newbie, je suis « bon » public, pas que j’avale n’importe quoi, mais je me laisse plus envahir par l’impression d’ensemble, je vois moins les erreurs qui tuent… faudra que je revoie, ça m’avait échappé. bon, la fin m’a moins plu que le reste, pas trop à cause du dénouement (ce genre d’anime se finit toujours bien, donc happy end obligatoire, ça fait partie du genre) mais à cause du changement d’atmosphère, moins sombre, plus « space opéra », plus s-f, et globalement les scènes autour du « last exile » sont moins prenantes que les scènes de combat aérien. et la fin arrivant, la tension retombe, puisqu’on devine ce qui va se passer…

  2. Ileca says:

    Pour la différence entre les personnages féminins et masculins (Claus est kawaii en fait), c’est le style de Murata qui veut ça. Il sait à la fois dessiner des lolis à poil et esquisser des personnages plus matures avec une tendance plus sombre. Ce clivage se voit nettement plus dans ses illustrations.

    Concernant ce qui t’as plu, à savoir, le design des machines, Murata à commencé par une école de dessin industriel, ce qui explique bien des choses. Ce sont ses objets en plus de ses lolis qui ont fait son succès.

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