Bakuman : Shonen beaucoup ce que vous faites

Bakuman
de Tsugumi Ōba et Takeshi Obata

en cours – 3 volumes parus en sept. 2010

4ème volume à paraître en nov. 2010 (Kana)

 

 

L’histoire :
Au collège, Moritaka Mashiro dessine en permanence seul dans son coin et vit un amour platonique et non-dit avec la jolie Miho Azuki. Dans la même classe, Akito Takagi est l’élève le plus doué, mais ce qu’il aime avant tout c’est écrire des histoires. Takagi repère Mashiro et lui lance un défi : s’associer pour devenir mangakas. Mais pas seulement : devenir les meilleurs. Et le plus vite possible.

Leur motivations : pour Akagi, briller et être admiré, et ne pas entrer dans la routine d’un salaryman. Pour Mashiro, séduire la douce Miho… Le hasard leur donne un coup de pouce inattendu :  ils apprennent que Miho, fille bourgeoise et probablement destinée à faire un beau mariage dans son mileu, rêve secrètement de devenir seiyu, doubleuse d’anime. Akagi et Mashiro proposent alors à Miho un pacte : ils deviendront mangakas, réaliseront leur propre anime et prendront Miho dans le rôle principal. Miho est d’accord. Sous le charme de l’instant, et poussé par ses sentiments, Mashiro fait soudain une autre promesse à Miho : si tous trois réalisent leurs rêves, Mashiro épousera Miho… Miho accepte le serment…

Dès lors, Akagi et Mashiro vont tout sacrifier à leur projet. Première étape : faire publier une histoire dans Shonen Jump, le géant de la presse shonen manga.

Ce que j’en pense :
Du bien ! L’oeuvre précédente d’Ōba et Obata, le célébrissime Death Note, ne m’avait pas bouleversé. Aussi étais-je prudent devant les commentaires flatteurs de leur nouvelle série, Bakuman, annoncée d’emblée comme un succès. Parce que le succès, comme seul critère, hein… Bref.

Par-contre le sujet m’a attiré : découvrir les coulisses du processus de création d’un manga, sur le plan artistique mais aussi et surtout sur le plan éditorial, technique et économique, je n’avais pas encore vu ça dans un shonen. Journal d’une disparition m’avait beaucoup plu pour les aspects psychologiques de la vie d’un mangaka, confronté à la pression et l’échec. Ici, le sujet est abordé dans un shonen, donc avec l’idée de divertir autant que d’instruire le lecteur. Pari réussi.

Comme c’est un shonen, on ne coupe pas aux poncifs du genre : les héros sont des ados, ils vont au collège, ils sont super charismatiques et vivent des romances avec des filles trop kawai, etc. Quant à l’histoire, c’est le classique du récit initiatique, avec la série des victoires et des échecs habituels, sur fond de rivalité exacerbée entre jeunes du même âge. Vis tes rêves jusqu’au bout, travaille, apprends de tes défaites, deviens le meilleur du monde dans ton domaine, etc… Vu mille fois. Mais ces aspects s’insèrent bien dans le contexte quasiment documentaire de Bakuman. Pour un newbie comme moi, c’est véritablement une aubaine de tomber sur une telle histoire.

D’autant plus que les auteurs ont choisi de situer Bakuman dans leur propre milieu, avec les vrais noms du journal où ils travaillent : le Shonen Jump, célèbre pour ses énormes succès (Dragonball, One Piece, Naruto, Kenshin…). Ōba et Obata se paient même le luxe d’apparaître en cameo, par citation interposée (je ne sais plus quel personnage évoque les auteurs de Death Note…).

Instructif, donc, et même surprenant, rien ne nous est caché des étapes de la création et de la publication d’un manga. J’y ai appris bien des choses : comment sont choisis les auteurs, comment ils doivent se plier à un système quasi rituel, et accepter la toute-puissance du comité de rédaction (dont les mangakas ne sont pas partie prenante, sauf peut-être les plus gros vendeurs, et encore)… Comité de rédaction qui regarde avant tout les résultats des sondages des lecteurs. Et cela confirme l’aspect économiquement impitoyable de cet univers : pas d’audimat, pas de réussite professionnelle, sauf à se cantonner dans une niche « d’auteur sérieux » (donc peu lu), ou pire, : à accepter de devenir assistant professionnel. La loose, quoi.

Bakuman se révèle alors bien plus intéressant qu’un traditionnel shonen de combat de coqs (il n’en restera qu’un et ce sera moi, mouahaha). Les auteurs se permettent une critique sous-jacente mais directe (ou alors c’est du cynisme?) du milieu où ils évoluent. Par exemple du système de sondages sur lequel se fonde le choix de publier, de continuer ou d’arrêter une série. Il est en effet démontré que la qualité artistique d’une oeuvre n’est pas un critère fondamental, si elle déroute par son originalité. Un journal de shonen publie des shonen, et c’est un processus commercial bien encadré. Sans parler des égos surdimensionnés des protagonistes (dont les héros eux-mêmes), qui heureusement, se prennent assez de baffes pour se remettre de temps en temps en question. On devine même une critique discrète du lecteur lui-même, présenté comme assez moutonnier…

Au fond, Bakuman est habilement et discrètement contestataire, mais Ōba et Obata sont assez malins pour ne pas cracher ostensiblement dans la soupe. L’humour, l’autodérision, le charme d’une histoire shonen pas vulgaire (pas ou presque de fan service) et une mise en scène efficace y sont pour beaucoup.

Le 4ème volume est attendu en novembre. D’après la couverture, il semble qu’il fasse un focus sur Miho qui débute comme doubleuse. On peut s’attendre de nouveau à des description pas forcément avouables sur les moeurs de ce milieu là…

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7 Responses to Bakuman : Shonen beaucoup ce que vous faites

  1. Aer says:

    J’reste toujours un peu sceptique sur ce point du patronat tout puissant dans le monde du manga. Pas qu’il n’existe pas, loin de là, mais il me semble moins prononcé qu’avant. On parle toujours de Jump, mais Jump c’est l’Institution avec un grand I. Quand Yukimura Makoto est passé a Angoulème cette année, et encore également durant la conférence de son mag de prépu, on a vu que ce n’était pas totalement la même image : auteur plus tranquille, pouvant profiter de temps libre si besoin, et au final travaillant « conjointement » plutot que « sous la houlette » de son directeur.

    • Mackie says:

      Tu as peut-être raison. Je ne connais pas encore ce milieu, je ne fais que le découvrir. Bakuman est le premier manga de ce type que je lis, et j’en livre mes impressions. Je crois quand même qu’il y a une vérité qui est commune avec le show-business dans son ensemble : c’est avant tout un business. Du reste, nos deux héros n’ont pas pour objectif de faire le manga le plus artistiquement accompli (en tous cas, pas à ce stade) : ils rêvent de réussir dans le métier. Et d’être reconnus en tant que tels. Il y a même un autre personnage d’apprenti mangaka (le jeune qui bosse comme assistant) qui reconnaît vouloir faire ce métier pour plaire au filles…

      • Aer says:

        Je ne cherche pas à mésestimer ce coté la, loin de moi. C’est juste qu’a prendre le pinacle du sujet qu’est Jump, on en vient vite à oublier qu’il n’est pas la seule formule, juste la plus grosse, et donc par définition la plus exacerbée.

  2. Pingback: Enfin terminé : Death Note | Les chroniques d'un newbie

  3. Méta says:

    Je me lance dans ce manga et je partage assez ton avis. C’est un manga qui s’avère plus intéressant que je ne le pensais. En fait, j’aime la persévérance des héros qui, malgé les difficultés, ne renoncent. Leur leçon s’adresse à tout le monde. Quand on a un rêve, il ne faut jamais l’abandonner. J’aime ce message qui est très stimulant (en plus bien sur, de tout le côté backstage de l’édition de manga ^^).

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