Enfin terminé : Death Note

Death Note
de Tsugumi Ōba et Takeshi Obata
série terminée en 13 volumes (Kana)
nouvelle « Black Edition » en cours

J’ai enfin terminé la lecture de Death Note. Je dois reconnaître que j’avais abandonné la lecture en cours, vers le tome 7 ou 8, la lassitude et l’agacement ayant pris le pas sur l’intérêt. Récemment, avec la nouvelle série en cours des auteurs Ōba  et Obata, le très bon Bakuman, je me suis dit qu’il fallait que je reprenne Death Note depuis le début, afin de voir si mes premières impressions étaient toujours d’actualité. Verdict : oui. Mais au moins, arrivé au bout, je peux l’expliquer.

L’histoire :
L’idée de départ est intéressante et originale : un jeune homme se trouve par hasard en possession d’un artefact extrêmement puissant, lui accordant le pouvoir de tuer à distance tout être humain dont il écrira le nom dans un cahier maléfique, le Death Note. Celui-ci est normalement la propriété d’un « dieu de la mort », sorte de démon issu d’un monde parallèle. Light Yagami, le nouveau possesseur du Death Note, se trouve être un étudiant très brillant et imbu de lui-même, qui décide de s’en servir secrètement pour débarrasser la terre de tous les criminels. Investi de ce qu’il croit être une mission sacrée, il en vient progressivement à se prendre pour un dieu lui-même. Mais très vite, un autre jeune homme, tout aussi brillant, se dresse contre lui. C’est le mystérieux L, sorte d’enquêteur free-lance surdoué qui collabore avec Interpol. L s’est juré de capturer Kira (Killer), identité secrète de Light quand il se sert du Death Note. Entre le génial détective et le justicier manipulateur, s’engage un combat à mort, ponctué de pièges, de manipulations, de plans machavéliques et de retournements de situation…

Ce que j’en pense :
Si au début l’histoire est bonne, son développement m’a laissé plus d’une fois sceptique, sinon exaspéré. Les raisons en sont : 1- la toile de fond, de plus en plus invraisemblable au fil des tomes ; 2- les personnages, caricaturaux et monolithiques, qui ressemblent à des marionettes dénuées de vie ; 3- le scénario lui-même, cousu de fil blanc, mais qui n’explore aucune des pistes pourtant passionnantes qu’il ouvre au commencement.

1- les invraisemblances :
Au cours de l’histoire, les principaux protagonistes évoluent au sein de groupes à l’identité forte, maintes fois décrits dans d’innombrables récits policiers, thrillers, etc : Interpol, le FBI, la CIA, la Maison Blanche, la Mafia, des multinationales, des chaînes de télévision, etc. Le problème est que leur intervention manque de la plus élémentaire crédibilité, que leurs motivations sont à peine évoquées et que leur description s’arrête à une poignée de clichés. Par exemple, le Président des Etats-Unis est une sorte de monarque solitaire, qui appuie sur des boutons (de son notebook) pour gouverner, mais il n’y a que lui dans la Maison Blanche : ni staff, ni conseillers, ni même agents de sécurité… Par contre, il trouve parfaitement normal que des ados dont il ignore le visage lui donnent des ordres… Même chose avec le FBI, la CIA ou Interpol, ou même la police japonaise, dont on pourrait attendre qu’ils soient les bras armés de gouvernements cherchant à préserver leurs intérêts. Rien de tout cela : les forces de police et les agences de renseignements ne sont ici que des coquilles vides sans personne à leur tête.

Si leurs buts ne sont pas clairs, leurs moyens ne sont pas mieux présentés. D’ailleurs, la question des moyens mis en oeuvre n’est jamais posée, pas plus pour les organismes officiels que pour les cellules spéciales dirtigées par ces nouveaux maîtres du monde, que sont Light, L, ou Near. Apparemment, ils ont accès à toutes les autorisations légales, disposent d’un budget illimité, le tout sans le moindre contrôle. Ok, c’est une fiction, mais tout de même, je n’arrive pas à me faire une seule seconde, à l’idée qu’une poignée d’ados anonymes donnent des ordres à toutes polices du monde, sans rendre compte à qui que ce soit… A côté de telles invraisemblances, la présence de dieux de la mort me semble bien plus crédible, par comparaison…

2- les personnages :
Aïe. Là, je ne vais pas encore me faire des amis. Je rappelle que j’aime plutôt bien Bakuman, des mêmes auteurs, pour les raisons que j’ai abordées ici. Mais dans Bakuman je trouve déjà que les deux jeunes héros ont quand même un côté tête-à-claques assez pénible, que compense heureusement l’humour et le recul dont font preuve les auteurs à leur égard. Dans Death Note, point d’humour ni de distance pour rendre les héros supportables, c’est bien là le problème.

Je ne parle même pas de l’analyse psychologique : quoique dotés de quotients intellectuels très largement supérieurs à la moyenne, Light, L, Near et Mello sont à peu près dénués de la plus élémentaire profondeur psychologique. Ils sont posés tels quels dès le départ, uni-dimensionnels, et n’évoluent jamais. Leur personnalité se résume à des tics, tellement systématiques qu’ils ne manquent à aucune de leurs apparitions :

- Light est une coquille vide, aussi intelligent (soi-disant) que dénué d’émotions et de moralité. J’écris « soi-disant », parce que l’intelligence, lorsqu’elle n’est justement pas capable d’émotion ni de jugement moral, n’est qu’artificielle, comme celle d’un ordinateur. A aucun moment Light ne se pose la question de sa responsabilité morale en tant que juge suprême. Il tue, et toutes ses actions sont tendues vers ce seul but : devenir Dieu. Qu’il n’éprouve aucun sentiment, ni pour son père, ni pour ses « fiancées », ni d’ailleurs aucun désir sexuel pour ces dernières, est plus qu’effrayant : ça n’est simplement pas croyable.

- L, Near et Mello sont trois variations autour d’un même thème : des jeunes surdoués presque autistes qui se comportent toujours de la même façon : en froids calculateurs, dont les motivations sont pour le moins nébuleuses, et dont la vie consiste à part cela à répéter convulsivement les mêmes gestes, à chaque case : L bouffe des sucreries en position accroupie, Near joue en permanence à des jeux d’enfant, habillé en pyjama, et Mello croque sans s’arrêter, même pour parler, une éternelle plaquette de chocolat. Emotions : zéro. Personnalité : zéro. Evolution au fil de l’histoire : zéro.

Tous, même les personnages secondaires, sont totalement monolithiques, primaires et plats. La seule que je parviens à sauver, et qui est presque émouvante parce que simple et légère, c’est Misa, qui passe pourtant pour la cruche de service. La présence de Misa réussit à sauver de la platitude la plupart des scènes avec Light, mais avec un tel décalage que Light en paraît encore plus idiot.

Le dessin, par ailleurs fin, précis et détaillé, très agréable à regarder, souligne le manque criant de personnalité des personnages : le répertoire de leurs expressions est réduit à preque rien, deux ou trois mimiques, toujours les mêmes : le regard en-dessous, dissimulé par des franges horripilantes, les héros nous regardent froidement, soit en souriant de façon narquoise, soit la bouche crispée et la goutte de sueur au front. Point barre. Pendant douze tomes (à part un peu au début, et à la toute fin). Seule Misa, encore elle, dispose d’un catalogue d’expressions plus étendu, lui permettant d’exprimer des émotions dont tous les autres semblent incapables : la colère, la jalousie, la joie, la tristesse, la frustration, la moquerie…

3- le scénario :
Bon, malgré les cailloux que je reçois sur la tronche depuis tout-à-l’heure, je suis encore assez vivant pour terminer mon réquisitoire. Le scénario, donc. Alors là, c’est du solide. L’idée de départ était excellente, je l’ai déjà dit. Et je dois bien reconnaître une habileté machiavélique aux auteurs pour détailler les affrontements entre protagonistes au fil des douze tomes, c’est du grand art. Par moments, et c’est un compliment, j’ai pensé à certains vieux films policiers britanniques, comme Sleuth, une merveille avec Michael Caine et Laurence Olivier, ou encore à certains films d’Hitchcock.

Mais si la mise en scène est magistrale, l’intrigue elle-même me pose un sérieux problème : face à un tel démarrage, riche de questions et d’implications potentielles, je m’attendais à bien autre chose que ce seul jeu du chat et de la souris entre acteurs principaux. Le concept suscite de très nombreuses questions morales, spirituelles, philosophiques voire artistiques, qui sont juste occultées. Bon, ok, c’est un manga shonen, c’est pas le lieu de tels débats, mais quand même. Entre autres questions sans réponses :

- si le monde des morts existe, pourquoi aucun des personnages ne semble bouleversé par cette révélation?

- à quoi servent les dieux de la mort? sont ils des dieux, ou juste des sortes d’extra-terrestres, vu qu’il n’y a apparemment pas de vie après la mort?

- quels bouleversements sur la société si, comme il est dit vers le milieu de la série, quasiment tous les criminels ont été éliminés? Y-a-t-il encore des guerres?

- comment les institutions et les Etats eux-mêmes peuvent continuer à exister si un individu dispose du droit de vie et de mort sur l’humanité entière?

- comment se fait-il qu’à aucun moment, aucune organisation, même pas les Etats-Unis (alors que le FBI et le Président sont au courant), ne cherche à acquérir un tel pouvoir?

- et alors, finalement, la peine de mort, c’est bien ou pas bien?

Etc, etc. En comparaison, un manga comme Ikigami est autrement plus riche et profond, et propose (sans prise de tête) une réflexion réelle sur le rôle de la mort, et notamment de la peine de mort, dans la société. Je n’attendais pas que Death Note apporte autant de réponses, mais je reste étonné qu’il ne pose même pas clairement les questions… Tout ça pour ça? Par exemple, la question spitiruelle, morale et religieuse ne se réduit-elle donc qu’à une simple symbolique, pour faire de jolies couvertures, comme la pose christique de Light sur la couv’ du tome 12? J’ai eu beau lire, d’ailleurs, à ce sujet, le « how to read » du tome 13, mais nib : à part ressasser de façon redondante les 12 volumes de la série, le tome 13 n’apporte rien. Enfin si, une chose : le one-shot introductif, cette histoire des enfants qui trouvent un Death Note et s’en débarrassent. Paradoxalement, ce court récit est à la fois plus adulte et plus sérieux que bien des pages de la série…

Enfin, on peut me rétorquer que Death Note n’est qu’un shonen, destiné à distraire son lectorat. Je veux bien le croire. Dans cette perspective, la mise en scène du combat entre Light et ses ennemis successifs, L, Mello et Near, est superbement tissée, comme je l’ai écrit plus haut. Mais justement, parce que c’est un shonen, là aussi quelque chose me paraît très problématique :  lorsque  Light cherche à débarrasser le monde des criminels, le récit souligne de façon insistante que certaines victimes collatérales de cette croisade sont innocentes, ce qui suppose que la question de la culpabilité et de l’innocence est définitivement tranchée, et qu’il n’y a pas à revenir dessus. Et ce qui implique que la peine de mort est légitime. Le seul débat qui reste est : Light/Kira a-t-il le droit de l’appliquer? La question trouve sa réponse dans la lutte manichéenne que lui opposent L, Near et Mello. Non, il n’a pas le droit. Ce droit, légitime, appartient aux institutions.

Ce qui nous rappelle ironiquement que le Japon d’aujourd’hui n’a pas aboli la peine de mort. Mais je suis désolé, un manga, destiné à un public jeune, qui ne remet pas cette pratique en débat, finit par véhiculer l’idée que la peine de mort est quelque chose de normal et d’acceptable, du moment qu’elle n’est pas aux mains d’un individu isolé. Et je trouve, excusez-moi de le dire, que ça sent pas très bon.

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17 Responses to Enfin terminé : Death Note

  1. Katzina says:

    Je partage entièrement ton point de vue sur le manga, et je te félicite d’avoir réussi à exprimer clairement ton opinion, ce que je n’étais pas vraiment parvenue à faire quand j’avais moi-même écrit un billet sur le sujet ! Donc je te jette des fleurs, et pas des cailloux ^^.

    Même Misa n’a pas eu grâce à mes yeux au contraire, car c’est quand même le seul personnage féminin qu’on voit d’un volume à l’autre, donc je ne peux pas pardonner aux auteurs de l’avoir faite aussi cruche ^^.

    • Mackie says:

      Merci pour les fleurs. Misa, je l’aime bien, ce n’est pas le QI du siècle mais elle est douée de sentiments, ce qui la rend humaine. à côté des autres marionettes, là, ça fait un sacré contraste…

  2. Faust says:

    Un gros +1 bien gras ! J’ai jamais trop compris le succès énorme de ce manga. Manga que j’ai fini par abandonner au tome 4 ou 5, parce que j’en avais marre des « si je fais ça alors il fera ça et je ferais ça et il fera ça… ». Ptin, moi si j’avais un DN et que j’étais dénué de morale, j’écrirais « la plus jolie fille du monde meurt après avoir passé une nuit de folie avec moi »…

  3. Corti says:

    Et encore, tu échappes à tous les jeunots qui hantent les forums et qui disent que DN posent d’excellentes questions de morale et que Light est trop bien comme perso et que ouais, faut tuer les gens qui sont méchants. Ils ont fait fort les auteurs finalement, ils ont convaincu des jeunots de chez nous que la peine de mort, c’est le bien et qu’ils sont capables de condamner des gens à mort par eux-mêmes. Ca va être dur de leur faire comprendre que DN est un manga humorisitique en fait Y_Y

  4. hikaru-san says:

    Mais non , on ne va pas te jeter des cailloux ! C’est bien de lire un article pointant les grosses faiblesses de ce manga qui n’en manquent pas . Ca me rappelle les débats enflammés qui existaient sur le net il y’a deux ans , que de souvenirs .

    Il serait intéressant de connaitre l’avis d’Obata sur les problématiques qui l’a à peine effleurées dans death note, notamment la peine de mort et l’image qu’elle peut avoir dans des sociétés l’ayant aboli. On a quand même un début de réponse dans le manga ( et l’animé )

  5. Akira2019 says:

    Comme beaucoup, j’ai apprécié cet article qui pointe les faiblesses de DN, car lorsque j’ai regardé l’anime (je n’ai pas lu le manga), je n’ai pas prêté attention à cela. Comme tu l’as dit, le scénario à suspens proposé est en béton, et j’ai été véritablement absorbé.

    C’est ce qui m’a (uniquement) plu, au point d’occulter le reste. Je ne me suis pas soucié du FBI, Interpol et consorts. Pour moi, c’était juste une guerre de cerveaux surdoués, à la limite du génie du mal, et je ne me suis pas posé la question de l’abolition de la peine de mort ou non. C’est à celui qui concevrai le plan le plus fou, le plus machiavélique, le plus calculateur, le audacieux, etc…

    Mais c’est un nouvel angle de vue que tu apportes et très intéressant, car il me donne presque envie de revoir la série rien que pour en relever tous les défauts … ^^’

  6. Dataripper says:

    Très bonne analyse du manga rien a redire. Si ce n’est de rajouter que certaines personnes de mon entourage pourtant adulte (33 ans quand même ^^’) on trouvé le scénario génial et les personages fouillés.

    Bref j’aime beaucoup ton blog et bonne continuation !

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  10. White says:

    Ta réflexion est pertinente, mais je me demande toujours pourquoi je ne suis pas d’accord avec toi ? Surement parce que j’ai lu le manga étant plus jeune, et en ai gardé un très bon souvenir… et je me contre-fichais de « la peine de mort c’est bien ou mal? ».
    Ce que j’appréciais dans l’histoire c’était plus, justement, ce jeu du chat et de la souris, les situations complexes, les réflexions des personnages… comme une partie d’échecs géante. Je ne pense pas que le but des auteurs était de véhiculer une idée en particulier, d’ailleurs ils se sont justement rattrapés quand ils ont vu que faire « gagner » Kira n’était finalement peut être pas une bonne fin. Ils se relancent dans une nouvelle partie, et forcément c’est un peu chiant (après tant d’action, et d’ailleurs beaucoup ont lâché à ce moment) et finalement Kira meurt… pas une si mauvaise idée.

    • Mackie says:

      je comprends ce que tu veux dire. je n’ai pas ton âge ! j’ai lu Death Note à 40 ans passés, donc évidemment je n’ai pas la même vision, je ne peux pas m’empêcher d’avoir un recul qui n’est pas celui du public cible du shonen. je suis d’accord pour louer le dessin et le suspense, mais j’ai été agacé par l’absence de réflexion par rapport à la gravité du sujet, et par les personnages que j’ai trouvés trop stéréotypés et monolithiques, à l’exception de Misa, sous-exploitée à mon avis.

  11. Lunch says:

    Qu’est-ce que tu causes bien dis donc !
    Tu exprimes tout bien mieux que je ne l’ai fait, c’est clair et c’est complet :)

  12. Guillaume says:

    Salut !

    Tout d’abord, je tiens à dire que mon message comportera des SPOIL SPOIL SPOIL donc si vous n’avez pas terminé le manga, NE LISEZ PAS MON MESSAGE au risque de vous faire spoiler.

    Je m’appelle Guillaume, grand fan de manga, je suis tombé un peu par hasard sur ton blog que j’apprécie pour les critiques constructives.

    Death Note étant mon manga préféré (même si objectivement, ce n’est pas le meilleur manga qui soit, il a été mon plus grand coup de coeur), je me devais de répondre à tes propos.

    Pour commencer, même s’il se veut mature, je tiens à rappeler que Death Note est un shonen, un manga pour adolescent. Il est évident que lorsqu’on est plus âgé, on a un niveau de lecture différent. ^^
    Je trouve personnellement que tu t’attardes trop sur des détails, car comme l’a dit White, là n’est pas l’intérêt du manga. Death Note est un thriller, et le plus important est l’intense partie d’échec grandeur nature, bataille entre deux protagonistes impliquant des vies humaines.
    Mais tu as raison d’expliquer quels point sont pour toi les défauts, je vais donc essayer de répondre à chacun d’entre eux, ça va être long ! Je tiens à préciser que cela fait plusieurs années que je n’ai pas lu le manga, donc il est éventuellement possible que certaines des mes informations soient biaisées.

    Je suis d’accord avec toi pour le président des Etats-Unis, bien trop isolé. Après, on peut se dire qu’il a été appelé et menacé la nuit, je n’ai pas trouvé incohérent le fait qu’il soit seul dans son bureau au beau milieu de la nuit.

    Par contre, je ne comprends pas ton propos sur les différentes polices du manga ; en effet, il y a bien quelqu’un officieusement à leur tête : L. Quand un être est capable de résoudre toutes les enquêtes qui soient, il est normal que dans l’intérêt de chacun, les forces de police se plient à ses volontés. Kira tue des gens, les policiers invoquent l’aide du meilleur détective au monde pour les aider, je ne vois pas où est l’incohérence…

    Concernant les moyens financiers : L est millionnaire (ou milliardaire, je ne me rappelle plus). Et je trouve cela parfaitement logique ; il est à lui seul les 3 plus grands détectives du monde. Aujourd’hui, si un homme était capable de livrer des terroristes internationalement recherchés et introuvables, il ne fait aucun doute que les nations unies seraient prêtes à lui verser des millions d’euros pour s’attacher ses services.
    La fortune de L est aussi rappelée lorsqu’avec son équipe il s’individualise de la police officielle, puisqu’il prend financièrement en charge tous les policiers (et leur famille) qui l’ont suivi de leur propre chef.
    Near, lui a hérité de la fortune L, c’est expliqué lorsqu’il balance des billets pour s’échapper.
    Melo s’est rapproché de la mafia (ou organisation criminelle richissime du même genre), je ne vois pas en quoi le fait qu’il ait de l’argent est incohérent.
    Reste Light lorsqu’il prend la place de L, c’est vrai que l’origine des ses fonds n’est pas définie explicitement. On peut se dire que se faisant passer pour L, il arrive tout de même à toucher quelques subventions… L’argent de Light est pour moi le seul point reprochable.
    A tout cela, j’ajouterai que Watari est également millionnaire.

    Parlons maintenant un peu des personnages.
    Light est un fou, un véritable psychopathe. D’ailleurs, qui pourrait tuer autant de personnes sans être fou ? C’est un personnage schizoïde, narcissique, obsessionnel, mégalomaniaque, limite schizophrène. Je ne trouve pas choquant qu’il ne s’interroge pas sur ses actions, car pour lui-même il est Dieu. Il est dans un délire permanent. Ca aurait été même plus choquant et contradictoire s’il éprouvait de l’affection et de l’empathie pour des personnes.
    Et c’est cela que je trouve extraordinaire dans Death Note, il n’y a pas de manichéisme (j’y reviendrai). Light, présenté comme le héros, n’est en fait qu’un fou, qu’on peut quasiment classer comme anti-héros. D’ailleurs, sa folie est nécessaire pour expliquer ses actions, son utilisation du Death Note et donc toute l’intrigue du manga. Comme il le dit si bien, un être humain « normal » n’aurait pas utilisé le Death Note comme Light, il l’aurait utilisé dans son intérêt personnel. Ou bien comme le dit Near, il aurait pris peur et ne l’aurait pas utilisé du tout.

    L est comme tu le dis, limite autiste, avec des comportements moteurs stéréotypés et aberrants. Concernant sa personnalité, il en a bien une : il est immature (lui-même le dit) et n’est obsédé que par une chose : la justice. Pour lui, tous les moyens (même illégaux) sont bons pour arrêter un criminel.
    Il est aussi psychopathe à sa manière, en attestent son détachement vis à vis de tout, y compris de tuer des gens, même s’ils sont criminels.
    Et c’est en tout cela, que bien qu’ayant des visions diamétralement opposées, L et Light se ressemblent énormément.
    La différence est qu’un est capable de se plier aux codes de la société et de paraître normal, l’autre non. Cela nous offre une parfaite opposition de style, on est donc forcé de plus apprécier l’un ou l’autre. Light a l’apparence d’un être parfait sur tous les plans (même physiquement, en atteste sa tronche et coupe de cheveux dignes d’un shojo), et L en totale inadéquation avec les codes de la société : mal habillé, façon douteuse de s’asseoir, je me demande même s’il est lavé, etc.
    C’est à titre personnel, mais justement, j’adore ce côté de L. On a enfin un personnage qui sort des sentiers battus, et ne ressemble en rien aux personnages standards des mangas, copié collés et qu’on voit partout (comme l’abruti, le gros morfale, l’intello arrogant, le « badass », etc). Si L était un personnage plus « normal », jamais il n’aurait eu un tel succès auprès des lecteurs.

    Pour Near, je n’ai pas grand chose à redire. Personnage totalement raté et inutile pour moi, ils ont voulu en faire un clone de L… En moins intelligent, moins charismatique, et totalement inutile.

    Mello, lui, n’est pas vide, il a sa propre personnalité ; hormis son intelligence, il pourrait être considéré comme un être humain « normal ». C’est un personnage naturel, émotionnel, impulsif, perfectionniste car il cherche à être le meilleur. Sa personnalité est tout à fait crédible, et il est capable de se comporter « normalement », et même assez intelligemment pour se rallier à des voyous.
    Je suis par contre d’accord avec toi pour son tique du chocolat, un peu exagéré, et dispensable. On peut se dire qu’il a quand même servi dans l’intrigue, puisqu’il l’a utilisé comme moyen explicite de donner son identité à Near lors des enlèvements.

    Personnellement, je n’ai pas trouvé les personnages inexpressifs (en dehors de L, mais c’est le personnage qui veut ça). J’ai en tête encore après des années l’air complètement paniqué de Light les mains sur la tête lorsqu’il rentre chez lui après s’être fait piéger par L lors de la cérémonie à l’université. Comme son sourire narquois lors de la mort de L, ou encore son pétage de plomb monumental à la fin du manga. Après, c’est une question d’appréciation, les personnages te semblent inexpressifs, mais pas à moi, chacun sa vision. ^^

    Maintenant, je vais te donner ma réponse à toutes les questions que tu as posées.

    « si le monde des morts existe, pourquoi aucun des personnages ne semble bouleversé par cette révélation? »
    Parce qu’on est dans un manga fantastique ^^. J’ai souvenir que L a été bouleversé lorsqu’il a été fait mention des shinigami (dieux de la mort), tombant de sa chaise qu’il quitte jamais. C’était pour moi un moment fort du manga ; voir le personnage de L impassible depuis le début paniquer d’un coup, c’était choquant !

    - à quoi servent les dieux de la mort? sont ils des dieux, ou juste des sortes d’extra-terrestres, vu qu’il n’y a apparemment pas de vie après la mort?
    Ce sont des dieux, mais j’avoue qu’hormis leur part dans l’intrigue, ils ne servent pas à grand chose. Ils ont droit de vie ou de mort sur les humains, mais le monde des shinigami n’est pas une sorte d’ « enfer » auquel on irait après la mort. C’est un monde parallèle au monde humain, bien à eux, dans lequel ils vivent.

    - quels bouleversements sur la société si, comme il est dit vers le milieu de la série, quasiment tous les criminels ont été éliminés? Y-a-t-il encore des guerres?
    Je n’ai plus les chiffres en tête, mais avec l’avènement de Kira, la criminalité a drastiquement baissé dans le monde entier, de même que les guerres. Il a été expliqué clairement que les actions de Kira ont été positives sur la criminalité, ce qui est parfaitement compréhensible.
    Après la mort de Kira, il est également expliqué que la criminalité est redevenue comme avant.

    - comment les institutions et les Etats eux-mêmes peuvent continuer à exister si un individu dispose du droit de vie et de mort sur l’humanité entière?
    Je ne vois pas en quoi cela est impossible. Nous vivons bien dans un Etat par exemple, alors qu’il y a des gens qui commandent au dessus. Je ne veux pas rentrer dans la paranoïa, mais si les élites voulaient faire exploser la planète et détruire l’humanité, il n’auraient aucun mal à le faire ; cela ne nous empêche pas de vivre en société.
    De plus Kira ne s’occupe que de la branche « justice » de la société, laissant une totale liberté aux autres en ce qui concerne le reste (sauf lorsqu’il veut coincer Near et fait du chantage au président) : économie, communication, éducation, industries, etc, Kira ne s’en occupe pas.

    - comment se fait-il qu’à aucun moment, aucune organisation, même pas les Etats-Unis (alors que le FBI et le Président sont au courant), ne cherche à acquérir un tel pouvoir?
    Là je suis d’accord avec toi, même si on voit que les policiers japonais suspectent (il me semble) les américains lors de l’enlèvement de la soeur de Kira.
    Il est vrai, puisqu’en plus ce manga montre la « pourriture » des Hommes, qu’on aurait du les voir chercher à s’emparer du pouvoir. Mais l’instinct de survie étant plus fort que tout, on peut aisément se dire qu’ils ont peur de se frotter à Kira, au risque d’être tué.

    - et alors, finalement, la peine de mort, c’est bien ou pas bien?
    Ca, chacun se fera son opinion ! J’y reviendrai.

    Tu parles d’Ikigami… Un bon manga, mais pour moi moins bien haletant que Death Note. Si la thématique des deux manga est bien la mort ainsi que la peine de mort, les questions soulevées sont quand même différentes. Pour Death Note, le principal questionnement introspectif du lecteur sera « Si j’avais un Death Note, ferais-je comme Light ? » Alors que pour Ikigami, ce serait plutôt « Que ferais-je de mes dernières 24 heures ? »
    La vision de la peine de mort dans Ikigami est totalement simpliste et manichéenne : la peine de mort c’est mal. Surtout qu’on tue des innocents, aléatoirement, au petit bonheur la chance, et que les raisons invoquées sont complètement aberrantes. Je ne spoilerai pas ce manga, mais qui pourrait croire que tuer aléatoirement une personne sur mille ferait prendre conscience de la valeur de la vie ? C’est juste n’importe quoi, et dès le début, l’Etat est vu comme le grand méchant, et toutes ses actions sont mauvaises, y compris la peine de mort (métaphore ou non) qu’il impose.
    Tiens en restant sur Ikigami, parlons du personnage principal : Fujimoto n’est à mon goût absolument pas crédible. On nous le présente comme un homme « normal », mais il est d’une platitude exaspérante. Il se veut messager de la mort, et ça lui fait presque ni chaud ni froid. Il voit des destins s’effondrer devant ses yeux, et la seule question qu’il se pose, c’est tranquillement en marchant si ce que fait le pays est bien ou non. Ce personnage n’est pas cohérent, car quiconque a un peu d’émotions, ne peut qu’être attristé en apportant la mort, même si on s’y « habitue ». J’ai un peu schématisé et occulté quelques développements du personnage, mais tout ça pour dire que je le trouve affreusement plat.
    Je trouve ce personnage beaucoup plus choquant que Light, qui lui, nous est présenté comme un malade mental dès le début, et donc on ne s’étonne pas vraiment de son sang froid à tuer les gens. Attention, je critique Ikigami, mais j’ai quand même apprécié ce manga !

    Je m’arrête sur ton terme « lutte manichéenne »,et j’en profiterai pour revenir sur la peine de mort. Non, Death Note est une lutte tout sauf manichéenne. Car lequel des deux a raisons ? Aucun et les deux à la fois.
    D’un côté on a Light, qui agit pour le bien du monde et des innocents en tuant des criminels.
    De l’autre on a L qui, si aux premiers abord a des intentions louables (arrêter un criminel), ne cherche qu’à assouvir son désir de réussite à coincer Kira, quitte à freiner l’évolution positive de la société. Et il faut se le dire, si L n’était pas là, jamais Kira n’aurait du à tuer d’innocents ! Le personnage de L n’est pas présenté comme du côté du bien, il n’a aucun respect de la vie humaine, en atteste son premier piège à la télévision, il n’hésite pas à tuer des gens. Il n’est moralement pas meilleur que Kira, et cela est souvent rappelé par son équipe qui conteste ses actions, aussi répréhensibles que celles de Kira : installer partout des micro et caméras chez des gens, enfermer et limite torturer ses suspects, etc.
    Light de son côté, améliore la société, mais n’est qu’un assassin, comme le rappelle si bien Near. On pourrait penser qu’il est du côté du bien, puisqu’il cherche à améliorer la société, mais comme tu l’as souligné, à partir du moment où il tue des innocents (moment clé du manga d’ailleurs), on ne peut pas être de son côté non plus…
    Il n’y a pas de bien ou de mal absolus dans ce manga, les deux camps ont leurs raisons et leurs torts. Chacun se bat pour sa propre conception de la justice, et aucune des deux n’est parfaite. Je n’ai donc vraiment pas vu d’apologie de la peine de mort dans ce manga.
    D’ailleurs, chaque lecteur a sa vision des choses, et certains seront pour L, d’autres pour Kira !

    Pour finir, un petit mot sur l’anime (pour ceux qui n’ont pas lu le manga) : l’anime respecte bien le manga durant la première partie (avec L). Hormis le rajout d’une scène de massage de pieds digne d’un yaoi, tout est fidèle au manga. La deuxième partie de l’anime (Near et Mello) est une aberration : des éléments de l’enquête ont été supprimés, d’autres modifiés, tout cela sans aucune raison valable ; et le pire de tout : la FIN est différente !!

    Sur ce, j’en ai fini avec mon roman.
    A bientôt peut-être ! :)

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