Naoki Urasawa 1er

Histoires courtes (Tanpenshu)
de Naoki Urasawa
prépublication Shogakukan, 1981-1986
1ère édition en volumes reliés : 1987-1988
Kana, 2011, 576 pages

J’ai eu beau chercher, je n’ai pas trouvé de croco à l’intérieur de cet épais volume de presque 600 pages ; mais un agent de police rock’n'roll, un astronaute amateur de 50 ans, un robot trop gentil, une infirmière sadique, des apprentis braqueurs, une centenaire et sa carabine, des acteurs de sentai, Edogawa Ranpo, un boxeur timide, des hôtesses taïwanaises et un père de famille tellement nombreuse qu’il égare régulièrement ses enfants. Ça vaut bien un zoo, dans le genre.

Tout cela constitue la somme des récits publiés (et quelques inédits) que le jeune Urasawa créa pour Shogakukan, depuis Return, qui lui valut le prix du jeune mangaka, jusqu’à Dancing Policeman, sa première série en 6 chapitres. Ils ont été rassemblés au Japon en deux volumes, respectivement intitulés Odoru keikan (Dancing Policeman) en 1987, et N-A-S-A en 1988. Ils ont également en commun d’avoir été réalisés sans Takashi Nagasaki, rencontré en 1985 et qui deviendra son éditeur et mentor pour Pineapple Army, Yawara et Happy!, puis son scénariste pour Master Keaton, Monster, 20th Century Boys, Pluto et Billy Bat. Il permettent donc de mieux connaître celui qui est considéré comme le maître du seinen, à une époque où il créait seul et en liberté.

Et c’est là ce qui fait tout l’intérêt et le charme de ce recueil : des récits spontanés, explorant les idées de leur créateur, même les plus farfelues, avec déjà des tendances annonciatrices : un cadre urbain réaliste et contemporain, des personnes âgées pleines d’entrain, des enfants insolents et dégourdis, et entre les deux : des adultes anti-héros complètement largués mais attachants. Si on excepte Magie, et Return, tous premiers récit d’un mangaka encore amateur (mais déjà très doué), il n’y a ni fantastique ni science-fiction dans ces histoires. Ce sont des situations ordinaires et quotidiennes qui servent de base à des départs en vrille, avec un humour souvent absurde et décalé. Même N-A-S-A, sur le thème pourtant de la conquête spatiale, devient un portrait comique et touchant d’une bande de quadras-quinquas ordinaires hantés par leur rêve de devenir astronautes. C’est d’ailleurs une constante : le rêve confronté à la dure réalité. Certains y arrivent, d’autres pas. C’est notamment le cas de la fille dans Shinjuku Lullaby, au destin sordide et fracassé, qui annonce certains personnages féminins de Monster. Tous ces gens courent, souvent au sens propre, après leur rêve, après quelque chose, ou quelqu’un. Et comme le souligne la couverture de N-A-S-A avec humour, Why all this hurry?

Evidemment, avec un tel recueil, qui a le mérite de l’exhaustivité, il ne faut pas s’attendre à ce que tous les récits soient du même niveau. Cependant, je recommande la lecture de ces Histoires courtes à ceux qui souhaitent découvrir le premier Naoki Urasawa, pour y découvrir la maturation d’un auteur inventif et talentueux à défaut d’être déjà génial. Une interview en fin de volume révèle le regard que le mangaka porte sur la qualité de ces premières histoires : « Oh la la… Non, c’est terrible... » Mais ne l’écoutez pas. Lisez-le, plutôt.

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One Response to Naoki Urasawa 1er

  1. Plumy says:

    J’ai adoré ce recueil, et puis il est tellement gros qu’on on a vraiment pour son argent ! Pour le croco j’ai été déçue moi aussi, en fait il fait partie d’une série de dessins qu’on retrouve dans son artbook (que je te recommande chaudement parce qu’il est vraiment cool).

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