Deux one-shots pour un début d’année

(c) Yoshihiro Yanagawa

(c) Yoshihiro Yanagawa

2013 est déjà bien entamé et je n’ai toujours rien écrit de neuf sur mes lectures ès manga. J’ai préféré tenter une expérience : publier coup sur coup trois nouvelles chroniques de romans, ce qui m’a permis de vérifier une fois de plus que l’audience du blog est directement corrélée au sujet des chroniques. En même temps, dans une blogosphère où on se passionne principalement pour les JV, les VN et tutti quanti, écrire un article sur le  livre posthume d’un prosateur du 17ème siècle est une forme de suicide éditorial. Même si j’ai adoré ledit livre. Et selon mon humeur du moment, soit ça me démoralise de savoir qu’il suffirait d’écrire sur les mêmes choses que tout le monde pour être lu, soit ça me conforte dans mon obstination à m’enfermer dans ma tour d’ivoire et à cultiver ma (très mince) différence. Oh oui, laissez-moi souffrir dans la solitude, c’est si bon. Ménâan, je déconnais, revenez… Tenez, je suis même prêt à vous parler des deux derniers mangas one-shots que j’ai achetés, et qui n’ont aucun, mais alors aucun, rapport entre eux.

Chaque fois que je viens de finir une lecture, je commence à réfléchir sur ce que je vais pouvoir en dire dans ma prochaine chronique. Sauf que dans certains cas, ça ne vient pas. À cela au moins deux raisons possibles : soit c’est pas terrible, mais pas assez nanardesque pour offrir un bon défouloir, et je n’ai rien à en dire, soit au contraire j’ai tellement aimé que j’ai tourné les pages à toute vitesse, et que je me trouve un peu con arrivé à la fin. C’est respectivement ce qui m’est arrivé avec Kyo-Ichi, de Motoro Mase, et Bye bye, my brother, de Yoshihiro Yanagawa : le premier m’a laissé de marbre, tandis que le second m’a beaucoup touché.

Kyo-Ichi
de Motoro Mase
Shôgakukan, 2001
Kazé, 2012

L’histoire : une bande de salarymen ayant trop bu se retrouvent impliqués dans une rixe avec des jeunes déliquants. Ça tourne mal, et l’un des jeunes, pourtant tabassé à mort, revient, tel un mort-vivant, pour se venger…

Ce que j’en pense : La couverture est explicite, on ne va pas lire du light. Avec cette tronche à la quasimodo, la tête penchée de façon grotesque par le coup du lapin, et la main tendue en avant dans une pose très « zombie », c’est presque une caricature du genre. Et de fait, le récit se complait dans une répétition de scènes violentes, de plus en plus gores à mesure que l’état du mort-vivant se détériore, mais sans que cela parvienne à réellement faire peur : les personnages « victimes » ne sont pas assez développés pour que je m’intéresse à leur sort, le slasher et ses sbires non plus, et ça tourne à vide.

Cela dit, il faut replacer dans le contexte : si nous connaissons Motoro Mase pour deux indiscutables réussites, je veux bien sûr parler d’Ikigami, mais aussi de l’excellent et moins connu Heads, Kyo-Ichi est à classer dans la catégorie des oeuvres de jeunesse, dont seule la notoriété ultérieure de leur auteur vient justifier la parution. Franchement, ce n’est pas que ce soit nul, c’est même assez bien dessiné (parfois très bien même, voyez ci-contre à droite) mais l’histoire n’a ni profondeur, ni originalité.

Reste que l’édition Kazé est complétée par un court récit qui pose les bases, avec quelques différences, de ce qui deviendra Ikigami. Il s’agit de Limit, un récit cette fois bien maîtrisé, avec des personnages bien campés, où nous suivons deux jeunes gens de 18 ans qui, ayant reçu leur préavis de mort, vont glisser dans la violence, laissant éclater leurs pulsions les plus inassouvies. La première planche de ce récit pose les bases, et tout de suite on est plongé dans le coeur du sujet. La fin, que je ne dévoile pas, est à la fois morale et dramatique, comme souvent dans les futurs chapitres d’Ikigami. La différence de qualité entre les deux récits fait paradoxalement penser que Kyo-Ichi sert de filler pour éditer Limit, qui ne compte qu’à peine 50 pages… Désolé, mais je n’adhère pas. Bref : si vous le trouvez d’occase pas cher, ou si vous pouvez l’emprunter en médiathèque, pourquoi pas, à condition d’être des fans. Sinon, ça ne vaut pas les huit euros déboursés.

Bye bye, my brother
(Bye Bye, Niini. – Neko to Kikansha)
de Yoshihiro Yanagawa
Shôgakukan, 2011
Sakka/Casterman, 2013

L’histoire : Aujourd’hui, au Japon, un ancien boxeur prometteur dont la carrière s’est brutalement interrompue, et qui a sombré dans une vie de SDF,  se voit offrir une nouvelle chance par un yakuza : diriger une salle d’entraînement et coacher un jeune challenger à un titre important. Mais un étrange personnage semble tirer les ficelles du destin, et des fantômes du passé ressurgissent… Croire en une seconde chance, quand tous les voyants sont dans le rouge, est-ce raisonnable?

Difficile, après Kyo-Ichi, de trouver une transition qui fonctionne. En plus, comme je le disais plus haut, j’ai lu Bye bye, my brother en très peu de temps, complètement sous le charme, et je ne sais pas par quel bout prendre cette partie de ma chronique. D’autant que pour ne rien arranger, le manga s’achève sur une postface de l’auteur qui, pour touchante et intéressante qu’elle soit, n’est vraiment pas glop, si j’ose dire. Sans trop en dire, sachez que l’auteur, Yoshihiro Yanagawa, n’a pas vraiment rencontré le succès le plus flagrant dans sa carrière, et que ce dernier manga, qui est le premier publié chez nous, aurait pu ne pas avoir les honneurs d’une édition en volume. Si vous voulez en savoir plus, je vous invite fortement à lire les différentes chroniques que Sébastien Kimbergt lui a consacrées sur son blog, et au passage je le remercie, pour son implication dans ce projet bien sûr, mais aussi plus simplement pour m’avoir permis de découvrir ce petit bijou.

En tous cas, ne vous laissez pas avoir par la couverture, quoique très jolie, mais un peu trompeuse, de ce one-shot : un train à vapeur, deux mignons enfants à l’apparence de chats, on devine que ça ne va pas rigoler souvent. Et pourtant, si, car en dépit de nombreux aspects tristes de l’intrigue (que je ne peux dévoiler, même s’ils sont exposés dès le début), l’humour est souvent présent. Cela est dû à une excellente galerie de personnages secondaires, bien caractérisés, et au charisme de l’un d’entre eux, à la limite du comique, mais là aussi je ne peux en dire plus sans gâcher l’effet de surprise… Sinon vous connaissez le Chat-bus? et le Cheshire cat, dans Alice? Hein? Mais non je ne vous ai donné aucun indice.

Le pitch rappelle évidemment Ashita no Joe, mais personnellement, j’ai plutôt pensé à plusieurs films Ghibli (Totoro, Le royaume des chats, bien sûr), ainsi qu’à la bande dessinée Blacksad, en raison de la maîtrise et du naturel avec lesquels le mangaka parvient à mélanger un design animal « réaliste » et des expressions et des allures bien humaines. Les dessins sont finis à l’aquarelle, ou au lavis, et utilisent peu les trames, ce qui rend le style  plus international. Je pense d’ailleurs sans risquer de trop me tromper que Bye bye, my Brother possède toutes les qualités – histoire, dessin – pour séduire un public qui lit plutôt de la BD que du manga. Il est possible de trouver des échantillons du superbe travail graphique de Yoshihiro Yanagawa sur son site web perso.

Bon, alors, vous êtes rassurés, je lis encore des mangas… Et, oui, je vais vous en parler encore dans les prochains jours. Promis. Là. Tout va bien. Les livres avec pas d’images dedans, ce n’était qu’un mauvais moment à passer. Je ne vais pas recommencer tout de suite.

Quoique. « Tout de suite » est un critère très subjectif, non?

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7 Responses to Deux one-shots pour un début d’année

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  3. Api says:

    Je ne l’ai pas commentée, mais j’ai beaucoup apprécié ta chronique sur Totto-chan (parce qu’étrangement, elle ne m’a pourtant pas donné plus envie que ça de lire le bouquin).

    Là, par contre, en tant que gros fan d’Ikigami, je serai curieux de jeter un oeil sur ce « brouillon » de l’histoire.

  4. Pingback: Semaine « Bye bye, my brother » (3/6) [Up 11/01] « 192 Pages, Noir & Blanc

  5. Pingback: Bye bye, my brother : la revue de presse [Up du 12/01] « 192 Pages, Noir & Blanc

  6. bidib says:

    Moi j’aime bien quand tu parles de livres sans images dedans…. Mais ça rallonge toujours ma « wishlist » et ça c’est pas cool !

    En tout cas, cette chronique confirme mon intuition. Je laisse le premier aux amateur du genre et je met Bye bye Brother en haut de ma liste d’achat.

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