Chronique de Macross le newbie

La semaine dernière, pendant une réunion de ma direction, des cadres sont en train de commenter un powerpoint vachement important, où des colonnes de chiffres prouvent l’impact de l’accord national interprofessionnel sur le rapport sinistres/primes (vous comprenez rien, c’est normal, moi non plus). Fayottant dans les premiers rangs, je hoche la tête l’air convaincu, alors qu’en réalité je chantonne intérieurement :
« Kyuun Kyuun, Kyuun Kyuun, Watashi no kare wa pairotto… »
Si on me pose une question, je suis mal.

Tout a commencé il y a 15 jours, quand j’ai trouvé à vil prix le coffret Déclic de l’intégrale Macross, je veux dire le vrai Macross : Super Dimension Fortress, pas le Robotech (encore que le logo du distributeur ricain Harmony Gold y figure toujours…). Bien entendu, pour bien faire, je me suis aussitôt enquillé les 36 épisodes, à raison de 3 ou 4 par soir environ. J’ai versé ma petite larme juste avant le dernier générique de fin. Et donc, en réunion, « Kyunn Kyuun. »

Quand on évoque Macross, il faut préciser de quoi on parle. Trois séries, plusieurs films, des OAV, des mangas etc… c’est un peu comme Gundam : plus qu’une saga, un univers. Pour un newbie, c’est assez intimidant. Alors autant commencer par la série originale, comme je l’ai fait avec Gundam. Et d’abord, hop, l’histoire.

Or donc, la Terre se remet d’une guerre mondiale, dite « guerre d’unification », dont la conséquence est un gouvernement mondial, protégé par son bras armé, l’U.N. Spacy. Un vaisseau spatial extra-terrestre de dimensions titanesques s’écrase sur l’île d’Atalia, dans le Pacifique sud, faisant prendre conscience à l’U.N. Spacy qu’une menace existe ailleurs dans l’univers. Un programme de restauration du vaisseau, baptisé SDF-1, est lancé, mais le jour même de son inauguration, il est attaqué par une puissante flotte d’extra-terrestres, les Zentradis… Armé et opérationnel, le SDF-1, alias le Macross, se jette dans la bataille, tandis que des combats acharnés opposent dans les rues d’Atalia les méchas zentradiens et les nouveaux jets transformables terriens, les Valkyries.

Suite à un concours de circonstances, un jeune pilote civil, Hikaru Ichijô, se retrouve aux commandes d’une Valkyrie, et découvre avec horreur la nature des extra-terrestres : ce sont des géants, parfaitement similaires à des humains… Il réussit à sauver in extremis une jeune fille, Linn Minmei, et essaie de rejoindre le SDF-1. Mais le vaisseau tente alors une manœuvre risquée pour attirer les agresseurs : un fold, c’est-à-dire un saut dans l’hyperespace. Le fold ne se déroule pas comme prévu, et le SDF-1 saute à l’autre bout du système solaire, vers Pluton, entraînant avec lui une partie de l’île d’Atalia et de ses habitants…

Le commandant du SDF-1, Bruno J. Global, organise le sauvetage des civils qui se retrouvent à bord du vaisseau, y recréant une véritable ville aux 50.000 habitants… Parmi eux, Hikaru et Minmei, après maintes péripéties. Commence alors l’odyssée du Macross, qui tente de rejoindre la Terre, poursuivi par la flotte Zentradi…

Love story ou anime de méchas?

Les spécialistes vous le diront : The Super Dimension Fortress Macross, opus princeps de la saga, est un tournant dans l’animation japonaise. Il est pourtant amusant de noter qu’à l’époque, le collectif qui a créé Macross n’en avait pas du tout conscience. Lorsque j’ai eu la chance d’interviewer en 2012 pour Mata-Web (en compagnie de m’sieur Tetho)  Haruhiko Mikimoto, le créateur des personnages, il nous avait affirmé : « Macross n’est pas nouveau en soi, il confirme la nouveauté de Kidô Senshi Gundam et d’Uchû Senkan Yamato. On ne s’est pas dits à l’époque qu’on allait révolutionner quelque chose, on suivait cette mouvance, parce que pour nous, Gundam et Yamato étaient vraiment la référence » (nb : Mata-Web étant en gros travaux, je ne peux pas mettre le lien vers l’article – mais on peut la lire chez Paoru).

Quand on lit les interviews données à l’époque, en 1982 et 1983 (on peut les trouver en bonus de l’édition DVD), le staff complet – Haruhiko Mikimoto, Shôji Kawamori, Ken’ichi Matzuzaki, Noboru Ishiguro – ne disait pas autre chose. Pourtant, ce collectif de jeunes gens talentueux à peine sortis de l’université a fait comme jamais avancer le schmilblick, sous la houlette du véritable leader du groupe : Shôji Kawamori. Crédité avant tout comme le créateur des méchas, il n’est ni le réalisateur, ni le scénariste, mais c’est bien lui l’âme du projet. Partant d’un concept qui se voulait humoristique, sinon carrément parodique, Macross prit une dimension sérieuse et grandiose, gardant de l’esprit originel une touche de fantaisie et d’humour qui offre un contrepoint permanent au drame qui se joue à l’écran.

Comme exemple de cet humour décalé, je citerais – sans dévoiler la suite de l’intrigue – la scène où Exedor, un des officiers Zentradiens, chante et danse la chanson de Minn Minmei en minaudant, devant le staff médusé du Macross au grand complet… Au fait, aparté : c’est moi ou bien Exedor et Breetai ressemblent furieusement au Nabot et au Teigneux dans Il était une fois l’homme? ok je dis n’importe quoi. Plouf, plouf. D’ailleurs Kawamori est très clair : pour lui, Macross se résume très simplement : un triangle amoureux sur fond de guerre spatiale.


Et bien plus que toutes les innovations graphiques, de la Valkyrie au design réaliste et transformable en trois modes, à l’animation des combats (le génial « Itano Circus » qu’on trouvera ensuite dans tous les animes de méchas), pour moi, ce sont les personnages et le scénario qui font de Macross ce magnifique space opera qui mérite d’être comparé à… Star Wars, rien de moins. Space opera, l’expression est on ne peut plus adaptée, en raison de la place accordée à la musique, non à titre décoratif, mais en tant que moteur de l’histoire. Et là aussi, c’est à Shôji Kawamori qu’on le doit. Comme il le rappelait dans l’interview donnée à journaldujapon.com, « le plus gros point de mésentente a été dans le choix de clore une guerre avec une chanson. Pour moi c’était une chose importante, qui permettait de prendre à contrepied tout le reste. »

Et n’en déplaise aux fans de Linn Minmei, que j’entends hurler d’ici, je suis d’accord  avec Kawamori lorsqu’il affirme qu’elle n’est pas l’héroïne de Macross… Le héros, c’est Hikaru, et l’héroïne, c’est Misa Hayase. Ce personnage est, à mon avis, bien trop sous-estimé dans les articles et les critiques, et il faut lui rendre l’hommage qui lui revient. Certes, elle n’a pas le charme immédiat de Minmei, avec qui elle contraste par son look strict, son regard triste et son attitude effacée, mais elle démontre au fur et à mesure du récit une force de caractère qui la place au centre de l’intrigue. Plus que de Minmei, gentille et mignonne mais frivole et immature, plus même que d’Hikaru, indécis et naïf, c’est de Misa qu’on apprendra le plus, sur son passé, sur ses drames et sur ses espoirs. Combien de fois me suis-je dit, au fil des épisodes, mais bordel, Hikaru, tu te trompes de nana !

Mais il faut me comprendre. J’avais 16 ans lors de la première diffusion télé française (début 1987) de Macross, sous le nom (et selon le re-montage) de Robotech, et si je ne l’ai pas suivie assidument à l’époque, en la regardant aujourd’hui, je me suis retrouvé pile poil à l’âge ou l’on ressent les atermoiements de ce triangle amoureux, avec l’inexpérience d’un cœur qui n’apprend qu’en se trompant. Au fond, Hikaru, c’est moi, ce mec hésitant et crédule, pas sûr de lui, fasciné par les œillades, et qui met un temps fou (en se prenant des vestes au passage) à se rendre compte que l’amour, c’est un truc que l’on construit, un truc qui fait grandir.  Je dis ça maintenant, mais en même temps, « Kyunn, Kyunn », quoi. Le joli rêve demeure.

Macross, c’est surtout ça, cette imperfection de l’humain qui transcende le drame, cette légèreté qui nous fait continuer à vivre au milieu de toute cette laideur, cette chanson qui sauve le monde quand tout espoir est perdu… La leçon de réalisme de Macross réside moins dans le concept technique chiadé des Valkyries que dans ce qui compte vraiment : une romance, une vraie. Pour la ressentir, il faut passer outre une animation en dents de scie, alternant le cheap et le sublime, avec des épisodes au design parfois limite bâclé, pour se prendre une véritable claque dans les moments qui comptent. 36 épisodes, pas tous du même niveau, mais par moments, que ce soient les combats chorégraphiés au millimètre où la grâce d’une Minmei qui ondule en chantant micro au poing, The Super Dimension Fortress Macross a définitivement pris une place de choix dans mon cœur.

P.S. – Je n’ai pas visionné d’autres épisodes de la saga, à part Macross II et Macross Plus. Sur ce dernier, il faudrait que j’écrive une chronique à part entière, tellement cette OAV en 4 épisodes m’a bluffé visuellement. Je vous renvoie aux chroniques du Dino Bleu, bien plus complètes et argumentées que je ne saurais le faire. Mais comme il est assez facile de se procurer – à bas prix – les DVD de Macross Plus, je ne peux que vous encourager à les visionner : c’est une pure tuerie. Normal, Shôji Kawamori les a entièrement supervisés, avec le même esprit – flirtant avec les thématiques d’un Ghost in the Shell – et des moyens autrement plus conséquents. Ça se voit, et vous m’en direz des nouvelles.

P.S. bis – Il n’y a pas tant d’articles que je le croyais sur la toile, au sujet de Macross… Du Gundam, tiens en veux-tu en voilà, mais Macross… Peut-être que la disparition de certains blogs y est pour quelque chose (Anime-Janai, où est-tu? et Mata-web, les travaux, on en est où?)… Du coup, allez donc lire les billets du Dino Bleu (déjà cité), de Jevanni, la palme du fanboy pas objectif du tout revenant à… à… Corti bien sûr.

Le plus bel hommage reste encore le dossier qu’écrivit un certain Yvan West Laurence en 1995 pour le numéro double 18/19 d’Animeland avec sa magnifique couverture signée Mikimoto… Et oui ça date d’il y a 20 ans,  so what?

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8 Responses to Chronique de Macross le newbie

  1. Api says:

    « Combien de fois me suis-je dit, au fil des épisodes, mais bordel, Hikaru, tu te trompes de nana ! »
    Ah, une phrase pleine de bon sens ^^. Le film nous donne d’ailleurs une version tout à fait différente (mais je le trouve très surestimé par rapport à la série).

    J’ai fini la série il y a quelques mois et ce n’était clairement pas du temps perdu. La seconde moitié m’a un peu surpris et déçu, je dois dire, elle diffère assez de la première. Et je me souviens d’un épisode (le 12, je crois) où l’animation était vraiment à la ramasse, on était clairement dans l’économie de moyens, mais ils n’avaient évidemment pas à disposition les techniques d’aujourd’hui. La série a pris de l’âge, mais elle arrive toujours à raconter une belle histoire sans pour autant avoir besoin d’en faire des tonnes.

  2. Gemini says:

    Comment ça, « ton petit ami est un pilote » ? On en apprend tous les jours !

    Maintenant, je vois deux impératifs pour toi : Macross Flashback 2012 et surtout, surtout, Macross: Do You Remember Love ? Ce film est une pure merveille, pour moi ce que Macross a créé de plus beau depuis les origines de la saga.

    PS : Evidemment que Misa est le meilleur personnage !

    PS 2 : Je n’ai rien écrit sur Macross ? Fichtre, il faudra que j’y remédie.

  3. Corti says:

    Purée, la vache, toutes mes images ont sauté dans mon article quasiment, il n’a plus de sens :(
    J’avais fait un vrai article sur Macross 7 sinon.

    Ah tiens, toi aussi, tu entends souffler le vent de l’ANI au boulot ce qui entraîne du grand n’importe quoi ? :D

    Je confirme pour DYRL. Tu devrais aimer d’ailleurs :)
    Et Macross Plus aussi ! o/
    Après, tu pourras tenter Macross Zéro pour la claque graphique ^^
    Toujours pas fait Macross II pour ma part, et je ne pense pas que ça me manque.

    • Mackie says:

      Ani aime les sucettes… oui bon.

      Macross Zero je l’ai déjà pris en pleine gueule… DYRL n’est dispo qu’en fansub semble-t-il, bon ben je vais aller fouiller du côté obscur alors…

  4. fabrice says:

    hello
    cette serie m a completement fasciné au point que j enregistrais 4 ou 5 episodes de la semaine pour les regqarder le vendredi soir de retour de l internat pour le regarder comme un film de 1h30environ ….
    c etait genial ce top gun de l espace!!!
    du moins les 35 premiers episodes si je me souviens bien…
    a tel point que j ai pratiqué l aviation legere et me lance dans le cinema.
    puis un jour, cette convention du dessin anime pour enfant a corbeil essone en 1992 je crois ou je decouvris nausicaa le tombeau des luciole et laputa.
    je m en souviendrais toute ma vie!!!le choc de ma vie!!
    ooooooooouuuuuuuuuaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

  5. Blood says:

    Très bon commentaire, félicitation, c’est argumenté, bien développer et j’arrive à la même conclusion que toi. J’ai pris presque autant de plaisir à le lire que je prends de plaisir à me remater l’intégral Macross.

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