Une théorie du Big Bang Anim’

Big Bang Anim’,
Confessions du fondateur d’Animeland
par Yvan West Laurence et Gersende Bollut
Omaké Books, 2013

Animeland ! Terrible coïncidence, qu’au moment où sort enfin ce livre de témoignages, la revue traverse des difficultés telles, que coup sur coup, elle soit passée de mensuelle à bimestrielle, avant d’annoncer un plan social qui touche jusqu’à son rédacteur en chef, Olivier Fallaix, présent depuis quasiment l’origine (1991…) ! Pourtant, il faut passer outre ces circonstances, car Big Bang Anim’ est, selon moi, bien plus que ce qu’annonce le sous-titre. C’est avant tout le portrait d’un homme au parcours pour le moins atypique, et, en creux, celui d’une époque révolue, où lire des mangas et regarder des anime ne se résumait pas à consommer des produits culturels, mais tenait d’une véritable chasse au trésor.

Newbie complet, je n’ai personnellement découvert Animeland que récemment, lorsque je me suis sérieusement mis à regarder des anime et à lire des mangas. C’est-à-dire quand j’ai commencé ce blog, en 2010. N’y connaissant rien, je demandais aux autres estimés membres de la blogosphère quel guide choisir pour m’aider dans mes découvertes, et assez unanimement, il me fut conseillé d’acquérir les hors série n°5 et n°10 d’Animeland, que je n’ai cessé de consulter depuis, pour mon plus grand profit. J’ai ensuite étoffé mes connaissances avec d’autres HS comme le n°18 (spécial interviews), le n°15 (Japon extrême), le n°13 (mangas pour les filles), et bien sûr le n°9 (réservé aux adultes)… Ce furent mes premiers contacts avec la revue.

Yvan, debout entre M.Mikimoto et l'interprète

Pour vous dire à quel point je débarquais, quand j’ai croisé Yvan West Laurence à Japan Expo la première fois (en 2012 pour la conférence d’Haruhiko Mikimoto), je ne savais même pas quel rôle il avait joué dans la création d’Animeland. Et même si je l’ai rencontré de nouveau depuis, notamment sur le stand de l’AEUG à JE 2013 (pas sûr qu’il s’en souvienne), pour moi, Big Bang Anim’ était une lecture plus que  nécessaire.

Sans déflorer le sujet (spoiler, comme on dit dans les blogs), deux aspects m’ont particulièrement touché : tout d’abord, le parcours individuel d’Yvan West Laurence. Comment ne pas m’identifier à quelqu’un dont je partage l’année de naissance (1970), et donc certaines découvertes furent également les miennes (sans qu’elles aient, pour moi, le même impact immédiat)? De Capitaine Caverne à Capitaine Flam, d’Il était une fois l’Homme aux Mystérieuses cités d’Or, oui, c’est d’un âge d’or qu’il s’agit, celui, idéalisé, de l’enfance. Au passage, ce n’est pas sans tendresse que je vois aujourd’hui mon fils de 9 ans se passionner pour les aventures de Maestro et Pierre à travers les âges, autant qu’à celles d’Esteban, Zia et Tao dans le Nouveau Monde. D’autres découvertes m’en ont alors détourné (j’ai zappé le Club Do), principalement la musique (rock et classique), mais j’y suis finalement revenu, comme quoi… Autre point commun qui m’a rappelé des souvenirs, le fait de ne pas être dans la norme (sport-bagnoles-fringues-drague), et d’avoir la curiosité comme moteur de mes passions.

Ensuite, j’ai été impressionné par la démarche de défricheur, d’un Yvan au centre d’une tribu de passionnés dont il a su fédérer les énergies, autour d’un projet qui, on peut l’affirmer aujourd’hui, était d’utilité publique. Les plus jeunes auront peut-être du mal à se figurer les efforts que signifiait, fin années 80 début années 90, la passion pour l’animation, surtout japonaise. En 2014, tout est immédiatement disponible, en streaming, en DVD ou même par des voies illégales. À l’époque, les sources étaient rares, le matériel onéreux. Mais il y avait pire : les passionnés devaient affronter un mépris général même pas dissimulé, comme le prouvent plusieurs anecdotes du livre. C’est même l’une d’entre elles qui a provoqué la création du fanzine qui allait devenir la revue Animeland… Mais je n’en dis pas plus.

Tournant les pages, illustrées de nombreuses photos (et de l’intégralité des unes de la revue), et marqué par des portraits parfois hauts en couleurs, on progresse à travers l’épopée d’un magazine en gestation, puis en développement, non sans crises, conflits d’intérêt ou de personnes, ni remises en question. Le livre s’achève sur des interviews ou des témoignages d’autres acteurs (Olivier Fallaix, Cédric Littardi, Ilan Nguyen, Bounthavy Suvilay, Kara…) apportant aux souvenirs d’Yvan un contrepoint utile.

Bien que Big Bang Anim’ ne soit pas une rétrospective à caractère encyclopédique, il est intéressant de s’y plonger pour peu qu’on s’intéresse au sujet de l’animation. Et surtout à l’animation japonaise, même si Yvan a toujours milité pour une vision globale de l’animation, et même au-delà, pour ce qu’il appelle les mondes de l’imaginaire, qui vont de la télévision au cinéma, et des jouets à la littérature. L’homme Yvan West Laurence est quant à lui, sans doute, diversement apprécié, et il traîne une réputation de fort en gueule, ce qu’il assume totalement. Au cœur d’un Big Bang, il y a une énergie, résultant des frictions entre forces parfois antagonistes, sans lesquelles rien n’avance. Mais l’intéressé est certainement plus complexe que cela. Ayant le même âge, celui du milieu de la vie, je ne peux que lui souhaiter de connaître d’autres aventures, aussi enrichissantes, quelles qu’elles soient. À défaut de s’être lui-même enrichi, dans l’autre sens du terme…

Pour le moment, chose inattendue pour moi, j’ai attrapé une forte envie de commencer une collection des anciens numéros d’Animeland. Ceux des premières années, surtout, allez savoir pourquoi.

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12 Responses to Une théorie du Big Bang Anim’

  1. Gemini says:

    J’ai croisé YWL une fois, et il s’est adressé à moi comme si je savais forcément qui il était, juste le temps de m’expliquer que si 2001 Night Stories allait sortir en France, c’était grâce à lui, car il a fait découvrir l’auteur à Stéphane Ferrand à une époque où internet n’existait pas. Voilà voilà… Autant une histoire d’Animeland, cela ne m’intéresse pas mais je peux comprendre, autant une biographie de YWL, je m’interroge.

  2. inico says:

    Pardon pour la bêtise de ma question, mais le contenu du livre ne me parait pas clair. Je m’imaginais qu’il s’agissait un peu d’une compilation des moments les plus forts (ou les plus chéris) d’Animeland sélectionnés et commentés par Yvan West Laurence et Gersende Bollut.
    Mais, en fait il s’agirait simplement d’un livre où ils racontent leurs souvenir et la genèse du bouquin ?
    Pour le coup, j’ai surtout plutôt envie de me procurer ces quelques Hors-séries que tu cites, et aussi des anciens numéros…

    • Mackie says:

      il s’agit d’un livre de souvenirs, ceux d’Yvan, dont l’essentiel sont centrés sur Animeland, sa création comme fanzine, puis comme magazine, jusqu’à son départ. il y a de nombreux portraits d’acteurs d’Animeland, et un chapitre final où ils s’expriment à leur tour.
      mais le fil rouge, c’est Yvan West Laurence.

    • Yvan WEST LAURENCE says:

      Je parle d’une époque que peu de jeunes adultes actuellement connaissent… Je parle de mes propres expériences parce que c’est logiquement ce sur quoi je peux me baser. Et AnimeLand représentant 15 ans de ma vie tant personnelle que professionnelle logiquement j’en parle… Mais pas que… Si les expériences vécues sur une période allant de la fin des années 80 à fin des années 90 pour surfer sur les années 2000 ne t’intéresse pas, oui, Big Bang Anim’ n’est pas pour toi. Sinon c’est un hommage à ce temps révolu, au début du manga, au début des boutiques spécialisées, aux conventions et salons, et aux personnes qui ont forgé tout ça, une histoire raconté car vécue, avec ma sensibilité, et quand même pas mal de recul. C’est cela qu’il faut retenir, un témoignage et même plusieurs si on compte les annexes (au nombre de 12). Cela te parait il plus clair ?

  3. didizuka says:

    j’ai acheté ce livre pour en savoir plus sur l’homme qui m’a donné envie d’aller plus loin dans cette passion, puisque j’ai découvert Animeland avec le numéro 22… et cette chasse aux Trésors, dans la campagne paumée de France pour découvrir des mangas passait en premier lieu par ce magazine; il m’a permit de me cultiver, de m’ouvrir l’esprit, de rebondir dans de nombreux autres domaines des arts…
    Sinon, concernant le livre lui-même, il possède une belle maquette, dense dans le contenu, bien écrit… agréable tout ça ! (et j’ai même pas payé les frais de port depuis la Belgique en commandant direct depuis le site de l’éditeur).
    C’est top :)

  4. Karine says:

    « les passionnés devaient affronter un mépris général même pas dissimulé, comme le prouvent plusieurs anecdotes du livre  » : parce que ça a changé depuis ? ^^

    (moi on me dit encore avec un air méprisant « Ah tu aimes Dragon Ball et les tortues ninja » ou « olive et tom » ou encore « les chevaliers du zodiac j’aimais bien »)

    Sinon, le bouquin a l’air sympa mais idem, je préfèrerai acheter les HS dont tu parles ^^

  5. Pingback: Chronique de Macross le newbie | Les chroniques d'un newbie

  6. X-Javier says:

    Nan mais il est terrible ce bouquin, c’est juste les prémisses de l’arrivé de l’animation en France, vécu par les fans ! et l’époque fanzine avant le boom dans le commerce.

    Ce qui est pas mal c’est de se rendre compte combien il était difficile avant (avant Internet quoi, avant les PC et les téléphone mobiles) de trouver des infos sur un sujets confidentiel/peu connu.

    Et je remercie Yvan d’avoir fait ce qu’il a fait et de pouvoir aujourd’hui me plaindre qu’il y ai *trop* de choix en sortie manga, et bien plus d’offre en terme de cinéma d’animation (et pas que de l’animation japonaise aussi).

    Ceux que ça intéresse peuvent lire des trucs en rapport avec l’ sur Wikipédia, il y a une section sur l’animation japonaise.

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