Pas fini : les Gouttes de Dieu

Les Gouttes de Dieu (Kami no Shizuku)
de Tadashi Agi et Shu Okimoto

Glénat, 18 volumes parus (25 au Japon, en cours)

S’il y a bien un manga dont les médias français (Monde, Obs, etc…) nous ont rebattu les oreilles ces derniers mois, culture franchouille du vin oblige, c’est bien Les Gouttes de Dieu. Mais je n’ai lu dans les articles que des analyses plus ou moins pertinentes sur l’aspect  commercial, notamment sur l’impact du manga sur les ventes de pif au Japon. Quant à savoir si c’est intéressant à lire, ben euh, circulez.

N’écoutant que mon courage, ma déontologie en carton (de 6) et en fait surtout mon penchant pour la dive bouteille, désormais associé à celui du manga, je décidai de surmonter mon angoisse des séries à 25 volumes et de commencer une nouvelle lecture. Je vous livre mes premières impressions.

Ce que ça raconte :
(Précision : ce qui suit a été écrit à jeun, même si ça ne se voit pas).

Oui parce que quand même, vu le nombre de tomes parus, doit y avoir une histoire, forcément. Donc, c’est un jeune héritier, beau intelligent et audacieux, qui doit accomplir des épreuves vachement dures pour toucher son héritage.  Et pas de bol, il a un rival : un autre jeune héritier, beau intelligent et audacieux lui aussi, mais antipathique (et qui porte des lunettes, ouf, parce qu’ils se ressemblent beaucoup quand même). Heureusement, le gentil va rencontrer plein de gens super qui vont l’aider dans son parcours. Entre autres : une jolie mignonne, un sdf expert en vins, un caviste à la fine moustache et au sourire émail diamant, etc.

J’allais oublier : tout cela se passe dans le milieu du vin. Ce qui rend l’affaire originale, parce que sinon, vous ne trouvez pas que l’histoire fait un peu déjà vu? Donc, l’héritier est fils d’oenologue, le rival est oenologue, l’héritage,  c’est du vin (des bouteilles de valeur), les épreuves c’est retrouver des vins mystérieux, etc. Et les Gouttes de Dieu, c’est le graal du vin, le vin ultime, que seul celui qui aura identifié les Douze Apôtres (encore du vin) pourra atteindre.

Ce que j’en pense :
Ceux qui maintenant me connaissent auront décelé comme un arrière-goût de parti pris dans ma manière de présenter les choses, et ce n’est généralement pas bon signe…

Je commencerai par les points qui m’ont séduit. Ce qui sera assez rapide. Les auteurs ont eu l’idée intéressante de situer une histoire archi-classique (héritage du père, parcours initiatique, épreuves, rapport maître-élève, rivalité…) dans un contexte inhabituel pour un manga, celui du vin. Ou plutôt, devrais-je dire, celui de la dégustation des grands crus. Bourgogne, Bordeaux, essentiellement. La documentation des auteurs semble solide, et se base sur des crus réels. Des appendices concluent les volumes, donnant des clés de compréhension aux novices : classification des vins, millésimes, notions élémentaires de terroir, de méthodes de vinification, etc… Le résultat est assez didactique pour apprendre réellement des choses.

Le manga lui-même n’apporte pas de réelles surprises. J’ai trouvé de fortes ressemblances avec le style de Death Note, dans le dessin, la finesse du trait, et le soin apporté aux décors. Et dans le manque d’épaisseur des personnages : tous sont mignons, stylés, bien sapés (même le sdf!) et semblent tous droit sortis d’un magazine de mode. Pour ma part , je trouve qu’ils manquent de charisme, mais je n’ai lu que les premiers tomes.

Bref, rien de particulièrement palpitant, mais rien de rédhibitoire non plus : ça se laisse lire. L’ennui, c’est qu’amateur de vin moi-même, j’ai relevé non seulement des erreurs, mais surtout une différence d’approche fondamentale dans la présentation de l’univers du vin. Une différence telle qu’elle en devient gênante.

Pour moi, et pour la plupart des amateurs que je connais, le vin est avant tout affaire de convivialité, indissolublement liée à la gastronomie et à la notion de plaisir. Il y a là-dedans de la culture, certes, mais de la culture intuitive et épicurienne. Dans les Gouttes de Dieu, rien de tout cela. Le vin devient ici un plaisir élitiste, dont il convient de maîtriser le langage et les arcanes avant de s’y lancer. Un sport luxueux, de haut niveau, qui demande une initiation préalable, par cooptation. Un privilège de classe, en somme. Le plaisir du vin ne serait accessible qu’à la caste fermée de ceux qui savent. Et qui peuvent se payer des bouteilles de prix.

Je déteste cette vision. Le vin n’est pas cela. Le vin est partage, une bouteille n’existe que pour être bue (oui, au passage, je rappelle que c’est une boisson). Même les grands crus. J’ai parfois cassé ma tirelire pour m’offrir (et surtout, offrir à ceux que j’aime) de grands Bordeaux ou Bourgogne, pour ne parler que de ceux-là. C’était toujours pour l’associer à un bon repas, l’accord mets-vins étant un jeu de société dont les convives sont aussi les participants. Quant à la question des arômes, elle est totalement subjective. Les arômes, ce sont ceux de nos souvenirs, de notre vécu, de notre notion personnelle du plaisir. Dans les Gouttes de Dieu, les apprentis-oenologues (ou oenologues confirmés) vous expliquent doctement que tel vin a tel goût, et pas un autre, bande d’ignares. Ah bon… Et il fait de l’oenologie une science indiscutable, dont les dogmes sont à apprendre par coeur et s’imposent aux pauvres béotiens que nous sommes. En définitive, dans les Gouttes de Dieu, le bon goût a ses gardiens, et gare à celui qui ne sera pas à la hauteur. Je trouve cette idée, qu’une connaissance ou qu’un don est nécessaire à l’appréciation du bon vin, particulièrement méprisante.

Je ne suis d’accord que sur un aspect de cette idée : que plus on déguste de vins différents, plus on s’ouvre à la variété des goûts du vin. Mais pour moi, ça reste un parcours subjectif, qui s’enrichit dans l’échange avec d’autres subjectivités. Et que ce parcours n’a d’intérêt que dans le dialogue et le partage. Au fond, pour moi, le vin, c’est comme le manga : il n’y a qu’en restant un newbie (en gardant sa fraîcheur et sa curiosité) qu’on conserve le plaisir…

Au delà de ce point, qui m’a grandement énervé, il y a aussi (et c’est quand même dommage) des invraisemblances. Le sdf qui enterre ses bouteilles de Bourgogne devant sa hutte pour les garder à bonne température, franchement… Mais, bon, la liberté de l’imagination, hein. Ce n’est pas ça le pire.

Non, le pire, c’est cette obsession de la notation, et du prix, qui font dire aux personnages que tel vin est bon parce qu’il est bien noté par Robert Parker, le gourou américain du vin moderne. Je rappelle que Robert Parker, journaliste américain, existe réellement, et qu’il publie son « guide Parker » dans lequel ses avis personnels font autorité à des milliers de lecteurs de par le monde. Les notes qu’il donne (sur 100), lorsqu’elles atteignent les 90/100, sont suffisantes pour faire exploser le prix d’un vin. Et le gros problème c’est que pour plaire à Parker, certains producteurs « parkerisent » le goût de leur vin rouge, en l’enrichissant artificiellement en tannins (par un vieillissement systématique en cuves de chêne, voire par la tricherie, comme l’ajout de copeaux de bois dans les cuves !) ou en réduisant le rendement à l’excès, pour obtenir des rouges systématiquement puissants, séveux et virils.

La parkerisation, c’est un peu la mondialisation appliquée au vin (voir à ce sujet l’excellent documentaire Mondovino) : on va vers la perte de la notion de terroir pour produire un vin standardisé. Pour atteindre cet objectif, certains grands châteaux de Bordeaux recourent aux services de Michel Rolland, lui aussi cité comme une référence par les Gouttes de Dieu. Je ne suis pas fan de Parker, mais bon, ça reste un journaliste. Il n’intervient qu’indirectement (par ses avis) dans le goût du vin. Michel Rolland, par contre, je ne peux carrément pas l’encadrer. Cet homme a pour métier de « conseiller » les châteaux, et si besoin (pour obtenir ce fameux goût moderne) de changer les méthodes de vinification. De les « améliorer », quoi.

Dernier point qui me hérisse, c’est cette obsession de la dégustation comme test de connaissances. Au risque de me répéter, je rappellerai que la dégustation à l’aveugle, même pour les experts auto-proclamés, est une loterie, et donc une arnaque. J’ai même vu des gens, qui disaient s’y connaître, ne pas être capables de distinguer un rouge d’un blanc ! Alors pardon, être capable d’identifier avec certitude, à l’aveugle, une étiquette d’un producteur donné, c’est une vaste fumisterie. Je n’y crois pas. Et si quand même c’était vrai, le vin perdrait pour moi de son intérêt…

Ce que je vois, au final, dans les Gouttes de Dieu, c’est donc une fascination pour le vin luxueux, le vin clinquant, le vin bling-bling, je dirais même. N’y cherchez pas ce qui fait, pour moi, le vrai plaisir de la dégustation : celui de la découverte, de la variété, du contraste, du voyage et de la gastronomie. Encore moins celui de l’amitié, de la convivialité, du dialogue, du plaisir partagé. Le vin des Gouttes de Dieu, on me le servirait, je le trouverai peut-être bon. Peut-être pas. So what? Serais-je alors jeté du haut de la Roche Tarpéienne? Qu’ils essaient, tiens…

Bon alors, à qui conseiller ce manga? A ceux qui « s’y connaissent » (je mets les guillemets, hein) ? Je ne m’y risquerais pas. Aux novices? Certainement pas, pour qu’ils se fassent des idées fausses ! Comme le disent drôlement les rédacteurs des Cahiers du Football (trouvez le rapport si vous pouvez) : « Recommandez cet article à un proche, un parent, un ennemi ou un mec de droite ». Voilà, c’est ça : je vais conseiller les Gouttes de Dieu à un mec de droite. Je ne peux pas faire mieux. 

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19 Responses to Pas fini : les Gouttes de Dieu

  1. le gritche says:

    Je pensais qu’avec tous ces volumes on properait plusieurs visions de la dégustation du vin (je n’ai lu que 2 tomes). Etant néophyte complet, j’ai malgré tout voulu tenter le manga en me disant qu’il était de toute façon fait pour donner envie à des japs (fortunés ?) de claquer leurs sous, notamment en titillant leur fibre « j’apprécie l’objet par la documentation qu’il y a autour », mais c’est un peu trop pour moi: le vin et tout son univers compliqué (surfait ?) sont aux premiers plans et en tant que néophyte je ne me suis pas senti invité à franchir le pas…quoique à bien me souvneir, le mangaka rappelle que le prix ne fait pas tout dans la saveur du vin. Tout porte à croire que la france est vraiment reconnaissante à ce manga, auquel cas on peut se dire que l’auteur a choisi la bonne approche pour intéresser son public et s’est pris au jeu du critique en notant lui-même les vins, ce qui va à l’encontre d’une servilité à un grand manitou de la critique internationale. Mais honnêtement: t’es sur que la vision de la dégustation simple et conviviale n’est pas mentionnée ?

    • Mackie says:

      Je ne l’ai pas trouvée… non, vraiment, ici l’oenologie est un peu comme un super-pouvoir, réservé à une élite pour percer le secret ultime de l’existence… je n’ai pas trouvé de plaisir (à part un plaisir malsain, solitaire) mais une sorte de connaissance supérieure, dont je me contrefous… le vin, ce n’est pas de la chimie, bordel !

      et quand tu sais que deux bouteilles du même vin de la même année achetées le même jour chez le même fournisseur et conservées au même endroit dans la même cave, et servies au même moment à la même table, peuvent avoir des goûts différents… (je l’ai expérimenté!)…

      c’est de la fumisterie, je le répète.

  2. Sirius says:

    J’ai jamais vraiment été tenté par ce genre de lecture. C’est un peu à cause de l’anime Bartender, un des seuls que j’aie lâché à mi chemin. Ces allégories entre l’histoire d’un cocktail et une tranche de vie d’un client me passait par dessus là tête. Comme toi, je ne supporte pas cette vision élitiste de la boisson. Nous autres en Valais on débite des bouteilles de blanc tout droit sortie de la cave à la moindre occasion. Je pense aussi que le vin c’est avant tout socialiser autour d’une table. C’est aussi l’avis des vignerons du coin je suppose.

    • Mackie says:

      et d’ailleurs, il n’y en a que pour les rouges dans les gouttes de dieu !

      or, je le dis et je le clame haut et fort, mes plus belles expériences viennent de vins… blancs ! alsace, jura, loire, rhône…

  3. Rukawa says:

    salaud ! dans mon futur article que je comptais écrire un jour, je critiquais justement que c’était des pochetron et qu’un bon vin doit se boire pendant un repas !

    je ne te conseillerais plus de manga !

    • Mackie says:

      « que je comptais écrire un jour »

      allez, va : si tu passes par chez moi, je te garde en cave un médoc des familles.

    • Sirius says:

      Exactement : pendant un bon repas. Les rares moments où je supporte le rouge c’est accompagné de plats froids : viande séchée, jambon et petits fromages. Et pourquoi pas une petite terrine de foie gras? Là, c’est un enseignement sacré qu’on ne découvre sûrement pas dans les Gouttes de Dieu :p

  4. Gemini says:

    Une bonne bouteille, c’est pour accompagner un bon plat, point.

    Je ne suis pas un grand amateur de vin rouge – un combre, une branche de ma famille produit du Volnay et du Pommard – à part sur certains plats de viande, comme du gibier. Je suis plus friand de vin blanc, voire de vin jaune.

    En France, l’éducation au vin commence au biberon ; c’est pour ça que les Japonais n’y comprendront jamais rien.

    Sirius >> Pour le foie gras, rien ne vaut le sauternes ! Tssss….

    • Mackie says:

      le foie gras, tout dépend de sa préparation… et de son accompagnement.

      je mettrais un sauternes, oui, ou mieux, un jurançon ou un pacherenc pour accompagner un foie gras servi sur toasts avec confitures. pour rester sur la note riche et sucrée.

      mais le même, servi avec quelques feuilles de mâche et des cerneaux de noix, et un filet d’huile de noix, alors je propose… un vin jaune. pour jouer sur les contrastes !

      enfin, un foie gras poêlé, servi en tournedos rossini, il lui faut un rouge puissant, et velouté à la fois : un st émilion, voire un pomerol si t’as les moyens.

      après, tout est question de goût, faut faire des expériences… comme je le dis plus haut, les règles absolues, pouah ! faut rester ludique.

  5. ado says:

    Je ne sais pas jusqu’à quel volume tu t’es arrêté mais je peux t’assurer que tous les manques que tu reproches sont bien présent au moins jusqu’au niveau de la dernière parution francaise (à savoir par exemple le nazi de la notation illustrée par la scolaire Myabi se fait remarquer que les notes ou les articles d’expert ne font pas tout, dans le cas du barman qui se rappelle avec découvert sa passion du vin sur un piquette dans une auberge de chemin selon un contexte nostalgique).

    D’ailleurs je ne vois pas trop ce coté focalisé uniquement sur l’aspect « élitiste » car justement l’histoire « confront » à la base 2 mode de « goûter », celui de Shizuku qui boit à l’instinct et selon tout ce qui lui a enseigné son père (connaissances sans rapport avec le vin) et Tomine qui boit selon les connaissances acquises sur l’environnement du vin et ses caractéristiques techniques. Evidemment on est dans un seinen shonen donc on voit bien que le but c’est de ne pas opposer mais combiner les 2 blabla…

    Je n’ai pas eu vent de tout le fatras médiatique, je soupçonne que cela a été plus important que pour Yakitate Japan vu que le thème est un produit « national » mais pour ma part, je ne crois pas qu’un manga, aussi bien documenté qu’il soit, ne remplace pas des vrai bouquin ou des cours sur le sujet. Les gouttes de dieu est avant tout pour moi une série d’histoires avec pour thème le vin qui invite le lecteur à aller s’instruire ailleurs et pas un bouquin didactique sur le vin.

    Je suppose qu’ayant des connaissances sur le sujet, tu as réagis au quart de tour sur celles qui ont été utilisée à mal dans la série, et je pense qu’on fait tous pareil pour des séries touchant à un domaine de prédilection du lecteur (Hikago par exemple qui a séduit plein de djeunz mais décrié par les pro), mais avec du recul je trouves l’exploitation des données décente, sans envahir trop l’univers raconté, et ça me suffit.

    Le seul aspect élitiste que je trouverais, c’est qu’avec des thunes fournies par un lobby surpuissant on arrive à avoir un manga avec une bonne traduction, un papier glacé en couverture et une adaptation typo correcte, ce qui est triste vu que c’est sensé être le minimum pour un manga « de base »

    • Mackie says:

      j’ai des « connaissances » sur le sujet, oui, mais elles ne sont pas livresques, elles ne sont que le résultat de l’expérience et de la curiosité. Je garde ma position de newbie, plus de connaissances ne me servant qu’à mesurer l’étendue de mon ignorance…

  6. brotch says:

    Je connais pas moi-même ce manga, mais je trouve que ce que tu dis est assez juste.

    Pour ma part, j’adore les mangas culinaires (je suis fan de Yakitate Japan ou Addicted to Curry). Mais récemment, j’ai découvert un manga qui m’éclate totalement dans ce genre : c’est Toriko. Et ce qui est génial dans ce manga, c’est que l’auteur n’a vraiment rien à faire du réalisme (mais alors mais vraiment rien!), et qu’il laisse libre court à son imagination pour un fun maximal et des aventures variées.

    Le dessin est plutot pauvre (voir franchement laid parfois), mais la dynamique du récit est telle qu’on fait rapidement fi de ce défaut.

    Au final, le manque de réalisme de l’intrigue comme du dessin, sert vraiment à mettre au premier plan l’amour des la bouffe. Et alors qu’aucun des plat ou ingrédient présentés n’existent réellement, on en arrive à imaginer d’autant plus combien grandiose est la nourriture qui fascinent ces personnages.

    Bref, c’est un peu l’antithèse du manga froid et élitiste que tu présentes dans ton article.

    • Mackie says:

      Tu m’intéresses, là. Rien que le titre, « addicted to curry », c’est drôle et ça fait envie !

      Je n’ai pas encore lu de mangas culinaires, à part un, que j’ai adoré : le gourmet solitaire, de Taniguchi. Voilà une chronique simple et vraie sur la gastronomie à la japonaise, grâce à laquelle j’ai appris à mieux connaître une culture qui m’attire de plus en plus. Je crois, au fond, que les japonais et les français sont plus proches qu’il n’y paraît. Cette idée du plat simple et parfaitement exécuté, basé sur le produit bien choisi, c’est vraiment ma conception. Et les japonais connaissent la notion de terroir. C’est pourquoi j’ai été déçu par les Gouttes de Dieu : je sais que les nippons valent mieux que ça.

      • brotch says:

        Oui Mackie, un plat simple, bien exécuté, la notion de terroir, voir d’artisanat. L’amour des choses simples, en somme.

        Mais Toriko, c’est ça, mais avec une bonne dose de WTF en prime, ce qui rend le tout vraiment savoureux.

        Genre, pour ceux qui connaissent la série, cette planche est un des plus gros fou rire que j’ai pu avoir en lisant un mangas :

        Du pur génie.

  7. Corti says:

    Tiens, ils ont parlé un peu de ton article par là-bas si ça t’intéresse : http://www.forum-mangaverse.net/viewtopic.php?t=6373&start=0 (ça commence en bas de la page).

    Et sinon, Toriko, je surkiffe aussi. Ce manga est à la bouffe ce que Karakuri Circus est au shônen :)

  8. Kinkette says:

    La publication de ce manga en France est arrivé à un moment de ma vie où je m’intéressais particulièrement au vin. Passion qui a surgi des tréfonds de mon enfance (merci papa) à cause d’un drama, et comme un fait exprès, le drama tiré des Gouttes de Dieu. Il ne mérite pas vraiment de s’y attarder, avec un Kamenashi Kazuya (dans le rôle du héros) plus que ridicule (autant pour son brushing que son jeu d’acteur, médiocre), des effets spéciaux s’apparentant au psychédélisme (sérieusement, je n’ai jamais eu de telle vision en buvant du vin, je pense que leurs bouteilles étaient surdosées en sulfates, mais chut), mais qui a eu le mérite de piquer ma curiosité (« dis donc, c’est que ça a l’air vachement bon le vin! »).
    Bref, j’ai commencé à me documenter à grand coup d’encyclopédie et livres sur l’histoire du vin, blabla, j’ai trouvé ça génial, fantastique, passionnant, et j’en passe.
    Le manga est sorti en France, et pour la newbie que je suis, c’était génial, il y avait pleins d’explications TRES utiles pour tout comprendre des méandres de l’oenologie.
    Et puis j’ai vu Mondovino. Et puis j’ai lu Le Gout et Le Pouvoir. Et là, c’est comme si on avait enlevé le voile qui me couvrait les yeux. D’ailleurs, j’ai même trouvé cette nouvelle vision assez flippante.
    Et j’ai repris Les Gouttes de Dieu. Et, un peu comme le vin parfois, ma lecture avait un arrière goût bouchonnée, avec le sentiment de ne pas appartenir à ce monde « aceptisé » auquel appartient le héros, sponsorisé par cette raclure de Rolland et de son pote ricain Parker/Mondavi (oui parce que bon, même combat).

    Mais comme j’ai quand même envie de savoir la fin, de temps en temps (parce que les volumes coûtent chers, aussi), j’ai pris du recul, et au final la vision du vin qui ressort de ce manga, c’est tout simplement la vision du vin qu’ont les japonais en général. Le vin au Japon, c’est ça, et ouais. Malheureusement. De même, parce que le vin fait parti d’une élite, pour donner envie aux masses de lire ce manga, il faut les faire rêver, leur vendre le vin comme de la bonne came 100% colombienne. Mais bon, même si je comprends les raisons éditioriales et stratégiques qui ont poussé le mangaka à faire ces choix, il faut être réaliste, le vin, ce n’est vraiment pas ce qui est décrit dans le manga.

    Je préfère la vision du vin de mon papa, qui préfère les bonnes petites bouteilles de rosés directement achetées chez les producteurs dans le Var, qui paient pas de mine, mais qui font du bien au palais (enfin ça, c’était avant que les ricains s’en mêlent, achètent les terrains, les ferment au public, laissent les châteaux à l’abandon, et balancent de la poudre magique par hélico pour avoir du vin 100% Parker. Et aux petits-enfants habitant à coté de nous renvoyer chez le négociant du coin << true story).

    Et ouais. Là, on est loin des Gouttes de Dieu :’)

    • Mackie says:

      Merci pour cette très intéressante car très personnelle réaction ! Il est vrai que les fiches pratiques de fin de volume ont un intérêt, pour acquérir quelques connaissances purement techniques ou historiques quand on n’a pas encore de culture générale du vin. Au passage, la seule revue que je conseillerais pour approfondir cette culture, c’est la revue du vin de france, mais je n’en suis pas un lecteur régulier non plus. le petit guide du vin par Bettane et Dessauve chez Librio est, à 2€, une bonne base, avec des conseils basés sur le bon sens. Sans parler du docu Mondovino, qui montre l’envers du décor.

      Je partage ce que tu dis au sujet de la perception du vin dans les Gouttes de Dieu. Tu as raison de souligner qu’il s’agit d’une vision japonaise, faite pour le public japonais. Au fond, quand ils parlent d’un grand cru, c’est exactement comme s’ils parlaient d’un flacon de parfum de grande marque : le luxe français fait rêver, et par exemple, LVMH n’est elle pas une marque française vendant aussi bien Dior qu’Yquem? De toutes façon, ces vins-là, je n’en ai définitivement pas les moyens !

      • Kinkette says:

        (dans ma folie, j’ai oublié des mots dans mes phrases, je m’en excuse)
        « de temps en temps (parce que les volumes coûtent chers, aussi), je reprends ma lecture », j’ai pris du recul etc »

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