Le capitalisme pour les nuls, chez Soleil Manga

(Attention, post avec parenthèses, italique, mots barrés et changements de taille de police. Police? Mais j’ai rien fait moi ! Noooon, c’est pas moi monsieur l’agent, lâchez-moiiii…)

Un manga sur la pensée de Marx… Avec une préface d’Olivier Besancenot… Chez certains, cela provoquera un réflexe pavlovien de rejet absolu : marxisme = communisme = le diable, Jésus-Marie-Joseph protégez-nous. Chez d’autres, un vague nausée à l’idée de se taper un cours de philo par un prof soixante-huitard en pull jacquard et chaussettes-sandales, zzzzzzz. Et pourtant. Jeune, toi qui te prépare à pointer au pôle emploi entrer le coeur plein d’illusions d’espoir dans le monde du travail, ce manga est fait pour toi. Il t’expliquera sur quoi se fonde ton entière vie future, dédiée à rembourser des prêts bancaires en attendant d’aller aux restos du coeur de toucher ton hypothétique retraite, l’esprit apaisé à l’idée que ta descendance aussi, ira au casse-pipe participera courageusement à l’effort collectif.

Hein? Mais si, je suis de bonne humeur (même si j’ai eu un entretien avec mon boss qui m’a expliqué que, non, ma demande ne pourra pas être acceptée, parce que vous comprenez, l’enveloppe budgétaire allouée…) d’accord, je raconte ma life. J’arrête.

Ok. Dit comme ça, ce n’est pas particulièrement engageant, comme lecture. Mais bon, je ne regrette pas, parce que franchement, se retaper les quatre tomes (ou plus) du Capital de Marx et Engels, comme ça, je n’avais pas trop le courage, alors que là, en deux petits volumes de mangas, ça m’a pris une journée à lire entre les pauses au bureau (ben oui parce que 1- pour lire Marx, y a rien de mieux qu’être au boulot et 2- entre les pauses, parce que vous croyez tout de même pas que pendant mes pauses, je n’ai pas mieux à faire?).

En outre, je précise que le Capital, le manga, n’est pas un ouvrage polémique, ni même un ouvrage de thèse anti-capitaliste : il se limite au constat, présentant les mécanismes économiques de façon à la fois imagée et argumentée, leurs origines, leurs causes, et leurs effets. Après, libre à chacun d’en tirer ses propres conclusions. Les plus cyniques libéraux (arrête avec les mots barrés, tu assumes ou tu assumes pas ce que tu écris?) seront intéressés de voir illustrés leurs croyances convictions et d’y trouver même, quelques idées à appliquer pour s’enrichir plus vite et plus mieux (hé, la syntaxe, ça s’améliore pas dis-donc – désolé, j’écris dans l’urgence, alors lâche-moi ok tu veux?). Evidemment, la critique est induite. Mais ici, point de théorie de la lutte des classes, de la révolution ou de l’internationale socialiste. Le propos reste et demeure la description du capitalisme.

D’ailleurs, Marx et Engels, les auteurs du Capital, n’apparaissent qu’au tome 2, et rien n’est dit de leur parcours ni de leur biographie. La préface de Besancenot, pour lourdingue sympathique qu’elle est, n’apporte pas grand chose. Bon, mais après cette longue présentation, le manga, comment il est?

Das Kapital : das Manga.
Le manga est l’oeuvre collective du studio East Press, aucune mention n’est faite du nom de dessinateurs en particulier. East Press, c’est un studio et éditeur japonais fondé en 1989 qui s’est fait une spécialité de publier en manga des oeuvres importantes de l’histoire littéraire ou politique mondiale, en adaptant notamment Dostoievski, Dante, Shakespeare, Goethe, Kafka, Machiavel,  Hugo, Proust, Confucius, Freud, Nietzsche, Stendhal et Tolstoi, et même le Mein Kampf d’Adolf Hitler. Si ! Liste complète ici.

Plus connu de nous, il a également édité le Journal d’une disparition, d’Hideo Azuma, édité chez nous par Kana.  Chez nous, c’est paru chez Soleil Manga, deux volumes, 7€.

Le résultat est aussi inégal qu’intéressant. Si on considère la réalisation, elle est assez moyenne, le dessin comme les personnages étant schématiques, mais si on considère l’aspect didactique, c’est plutôt malin et bien fait. Il va de soi qu’avec un matériau comme le Capital, Il est de toutes façons difficile de proposer une oeuvre de fiction qui tienne en haleine. L’histoire, celle d’un jeune entrepreneur, Robin, qui monte sa société avec l’aide d’un conseiller investisseur, Daniel, ne sert que d’illustration à l’explication simplifiée de la théorie économique de Marx et d’Engels. Et en cela, il y a une importante distinction à faire entre les volumes 1 et 2.

Le volume 1 est le moins réussi. Il s’agit de l’histoire de Robin et de Daniel, le premier étant le candide qui se laisse influencer par le second, le méchant capitaliste cynique. Le trait est volontairement grossi, voir caricatural, et aucun cliché ne nous est épargné : le brave Robin d’origine modeste, qui n’écoute pas les conseils de son père sage et les pieds sur terre, et qui se laisse entraîner par les mirages de l’argent facile, parce qu’il veut dépasser sa condition. Cependant, le mécanisme de la création d’entreprise et de l’organisation du travail y prend une place qui laisse l’histoire au second plan (y compris des digressions pataudes mais vite abandonnées sur la vie sentimentale de Robin).

Le volume 2 est de bien meilleur acabit, construit cette fois dans la même veine que Manga Science, cette série pour enfants expliquant la santé, la technologie ou la science aux enfants de 10 ans. Mon fils adore Manga Science. Nul doute que si je lui mettais ce tome du Capital de Marx entre les mains, en quelques heures il serait capable de me résumer la pensée économique de Marx et Engels, tant c’est clair, concis, précis et bien présenté. Engels, puis Marx, interviennent comme narrateurs, et l’histoire de Robin et de Daniel est cette fois mise de côté pour simplement illustrer les explications claires et argumentées des deux philosophes. En fait, le volume 1 peut être zappé, et le volume 2 se suffit à lui-même.

Y sont expliqués, en termes simples que même moi j’ai compris, les théories fondamentales du capital, de la valeur ajoutée, de la valeur d’usage et de la valeur d’échange, de l’invention de la monnaie, de la notion de plus-value (c’est à dire de la force de travail achetée comme marchandise et source de profit pour l’investisseur, puis comme variable d’ajustement dans le cycle infernal du « toujours plus de profit »). En fait, le manga s’avère une sorte de « Capitalisme pour les nuls« , dont la lecture est particulièrement d’actualité. Il est en effet très frappant d’y voir expliqués clairement (bien plus clairement que par les autoproclamés experts que l’on entend dans les médias) les mécanismes des récents évènements survenus lors de la crise des subprimes. C’est aussi plus clair, bien que nettement moins drôle, que la bd « C’est la crise finale » parue chez Charlie Hebdo, dessin de Luz et textes de Bernard Maris (Oncle Bernard).

Si vous n’avez jamais rien compris à des termes comme mondialisation, crise du crédit, capitalisme financier, croissance, rentabilité, etc… Ce manga vaut le coup d’oeil. Mais après, ne venez pas vous plaindre que vous ne voyez plus votre patron de la même façon !

Mais encore une fois, il faudra être indulgent sur l’aspect formel. Parce qu’outre un dessin plutôt impersonnel et une histoire bateau, d’autres défauts sont à signaler : artistiquement, c’est assez difficile à situer, on est dans l’ère industrielle mais les éléments de décor comme les costumes ont l’air de sortir d’époques disparates, tantôt 19ème siècle, tantôt années 20, tantôt époque moderne. Comme je suis bon public, je veux bien croire que c’est en partie intentionnel, pour bien souligner que le capitalisme n’a pas changé dans son mécanisme depuis Marx jusqu’à nos jours. Je passerai sur quelques bavures d’impression, peut-être ne concernent-elles que les volumes que j’ai achetés. Au fond, ce qui ressort, c’est une lecture plutôt intéressante, et une chouette piqûre de rappel en plein maëlstrom de bonnes nouvelles (nos retraites qui fondent à vue d’oeil, la hausse des prix, mes factures à payer etc…).

Oui, mais après, que faire? (comme dit Lénine). Chépas. Si vous avez des idées, hein, lâchez vos coms. Je suis preneur. En attendant, je vais peut-être aller relancer mon boss au sujet de mon augmentation. Quoi? Mais ouiii, je déconne.

 

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5 Responses to Le capitalisme pour les nuls, chez Soleil Manga

  1. Gemini says:

    Une augmentation ? Pourceau capitaliste !

  2. Pingback: Le Rouge et le Noir & Les Misérables, version manga | Les chroniques d'un newbie

  3. Pingback: Deux ans de chroniques (avec sursis) | Les chroniques d'un newbie

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