Une dernière tranche d’Halloween, avant Noël

On dit de moi qu’avec l’âge, je deviens ronchon. Bon, ben ça promet. C’est peut-être aussi pour cela que j’ai lancé les chroniques d’un vieux con, un nouvel avatar du newbie, qui prendra possession du blog de temps en temps, comme la semaine dernière. Rassurez-vous, aujourd’hui il est sorti et le newbie est de retour. Et il est temps de revenir aux choses sérieuses (mangas, anime, etc). Mais j’ai commis deux erreurs : 1- me lancer depuis peu dans la lecture de Nana, j’en suis au tome 7 donc même pas à la moitié, je ne peux donc pas vous en parler maintenant, 2- recommencer le visionnage de Cowboy Bebop, et là aussi je suis reparti pour du long cours (et je ne suis pas sûr d’en faire automatiquement un billet, non plus)

Enfin bref. De quoi vais-je vous parler cette semaine? La solution, ouf, je la trouve en piochant dans la pile de mangas achetés d’occase depuis quelques semaines, ce qui me permet un billet court sur La Femme défigurée, titre que j’avais repéré dans l’abondante bibliographie de l’ouvrage de Jean-Marie Bouissou : Manga.

La Femme défigurée
(Kuchisake Onna Densetsu) vol. 2

de Kanako Inuki
1995 – Delcourt, 2004

L’histoire : Lorsque Sakura retourne à l’école, portant un masque médical sur la bouche, ses camarades de classe la fuient, car une rumeur court sur son compte : elle serait la fille de la femme défigurée, une créature horrible qui tue tous ceux qui ne la trouvent pas belle. Et pour ne rien arranger, Sakuko, une amie, a disparu…

Ce que j’en pense : A l’origine, Kuchisake Onna est un conte ancien de l’ère Edo : une femme infidèle a été mutilée par son amant jaloux, un samouraï. Celui-ci lui a fendu la bouche en s’exclamant : « qui te trouvera belle maintenant? » , avant de la tuer. Devenue un démon, elle revient se venger, chaque nuit, abordant les passants solitaires, et elle leur demande s’ils la trouvent belle. S’ils disent non, elle les tue. S’ils disent oui, elle enlève son masque, révélant sa bouche fendue, et leur demande : « Et comme cela? » avant de les tuer également.

Là où l’histoire devient vraiment étrange, c’est qu’elle est devenue une légende urbaine à partir des années 70, au point que certains parents sont allés jusqu’à interdire à leurs enfants de sortir le soir. Cette histoire a bien entendu inspiré plusieurs mangakas, dont Junji Ito (les deux derniers contes du Journal Maudit de Soïchi) et Minetaro Mochizuki (La Dame de la Chambre Close). Et donc Kanako Inuki, pour cette version littérale, fidèle au conte d’origine, mais qui le replace dans le contexte de la légende urbaine. Pas de samouraï ici, ni de belle courtisane défigurée : la femme défigurée n’existe que parce que l’on croit à son existence, car c’est de la rumeur elle-même qu’elle tire son pouvoir : il suffirait que l’on cesse d’y croire pour qu’elle meure. En cela, la femme défigurée va un peu plus loin qu’un simple divertissement horrifique, même si le manga recycle certains ressorts classiques de l’horreur, comme le mythe de Frankenstein, et s’il n’évite pas certains rebondissements faciles.

Le dessin est assez spécial, et pour ceux qui connaissent, il m’a fait penser à Foerster, connu chez Fluide Glacial pour ces récits peu ragoûtants au trait rond, enfantin. Cocktail pour le moins malsain. C’est un peu brouillon, notamment dans les scènes à plusieurs personnages, et les perspectives sont parfois déroutantes. Heureusement, la femme défigurée réussit mieux quend elle reste dans le registre de la suggestion, ménageant le suspense, et lorsqu’elles arrivent les révélations graphiques sont du coup très réussies, notamment ce qui advient de la bouche de la pauvre Sakuko – je vous laisse découvrir. Beurk !

Je précise que la femme défigurée contient deux histoires, la seconde (moins originale mais assez prenante, et peut-être mieux dessinée, intitulée Fécondation impie, tout un programme) n’ayant que peu de rapport avec celle qui lui donne son titre, excepté qu’elle met en scène des écolières. Ce volume fait suite à un premier, que je n’ai pas lu, qui rassemble également trois histoires différentes, dont une qui introduit la légende de la femme à la bouche fendue.

Au final, ce volume mérite le coup d’oeil, pour peu qu’on s’intéresse au genre très florissant du manga d’horreur, et à ses obsessions : des enfants confrontés aux peurs les plus primitives, et qui ne peuvent faire confiance aux adultes, thème très présent, de l’Ecole Emportée à l’Île de Hozuki, en passant par Dragon Head. Cela dit, la femme défigurée n’atteint pas le niveau ni la maîtrise d’un Junji Ito, et ça reste du grand-guignol, limite série Z. Bon, tant pis, moi j’aime bien les séries Z.

Allez, article court mais un petit bonus pour ceux qui aiment les images chocs (après la balise spoil) :

Spoiler Inside montrer

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One Response to Une dernière tranche d’Halloween, avant Noël

  1. Gemini says:

    Si tu veux des images chocs dans la veine de cette dernière image, mais en pire, je te recommande Franken Frau. L’histoire d’une chirurgien géniale avec une absence totale de sens commun et de recul, je te laisse imaginer le résultat.

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