Gankutsuou, le Comte de Monte-Cristo

Gankutsuou, le Comte de Monte-Cristo
de Mahiro Maeda
studio Gonzo, 2005

L’histoire :
Albert de Morcerf et Frantz d’Epinay, deux jeunes aristocrates oisifs, sont venus sur Luna pour assister au carnaval. Un soir, à l’Opéra, ils font la connaissance du Comte de Monte-Cristo, un flamboyant et richissime aventurier, qui attire tous les regards, d’autant que personne ne connaît son mystérieux passé.

Monte-Cristo invite les deux jeunes gens à dîner. Mais peu après, Albert est enlevé par une bande de truands. Frantz est contraint d’appeler la seule personne qui peut venir à leur aide : Monte-Cristo. Grâce à son intervention, Albert est sauvé. Monte-Cristo devient alors l’idole d’Albert.  Il lui propose de venir s’installer sur Terre, à Paris, et promet de l’introduire dans la haute société parisienne. Frantz, lui, est réticent, et s’inquiète de la soudaine influence du « Comte » sur son meilleur ami. Cette soudaine amitié est-elle sincère ou intéressée ? Ne cache-t-elle pas quelque chose?

A son insu, Albert va se retrouver au coeur d’un effroyable complot, une vengeance implacable, dont le Comte de Monte-Cristo est l’instigateur…

Ce que j’en pense :

Artistiquement, c’est l’anime le plus accompli qu’il m’ait été donné de voir. Un univers graphique d’une rare originalité, cohérent, inspiré, qui confine au génie. Des musiques sublimes. Et, bien sûr, l’histoire et les personnages de Dumas, qui retrouvent une nouvelle jeunesse dans une transposition intelligente, pleine de suspense, dans un contexte de science-fiction.

Gankutsuou est une libre adaptation du roman d’Alexandre Dumas, le Comte de Monte-Cristo, plus précisément de la seconde partie du roman : l’accomplissement de la vengeance d’Edmond Dantès. Mais l’histoire est centrée sur le personnage d’Albert de Morcerf, ce qui la recadre dans un univers d’anime classique : sur la trame de Dumas, Mahiro Maeda développe une intrigue parallèle, celle du passage à l’âge adulte d’un adolescent au travers d’un cruel parcours initiatique. Classique pour un anime.

Les thèmes sont donc la vengeance, bien sûr, mais aussi l’amitié, l’amour, la fidélité, l’argent, le pouvoir, et la mort.

Oh! Regardez, nous avons été tous retouchés à la palette graphique !

Graphiquement, c’est du jamais vu.
Au lieu de faire une adaptation fidèle, située dans un 19ème siècle déjà vu, Mahiro Maeda a conçu Gankutsuou comme une saga de science-fiction , transposée dans un 5ème millénaire fascinant, avec voyages spatiaux, créatures extraterrestres, technologies futuristes et l’extraordinaire décor d’un Paris complètement revu, mêlant les imageries modernes à celles, délicieusement rétro, d’un 19ème siècle baroque aux incroyables palais, et d’un vingtième siècle de carte postale (les terrasses de cafés, et les voitures, notamment les fourgonnettes Citroën et les DS!).

La France de demain : Citroën DS et architecture gothique

La réalisation est à la hauteur : bien que le dessin et le chara design soient classiques (et très bien faits), le choc visuel provient d’une idée totalement novatrice : en guise de coloriage, on a un texturage réalisé à la palette graphique, tant pour les cheveux, les vêtements, que les décors, ce qui crée une forme de distanciation irréelle (renforçant le côté onirique et rétro), au début déroutante, mais par la suite parfaitement cohérente. Certaines images ont l’air de sortir d’un tableau de Klimt, influence assumée par Mahiro Maeda.

Les personnages sont très attachants, et d’une grande finesse psychologique. Évidemment, Monsieur Dumas y est pour quelque chose ; mais Mahiro Maeda a su conserver cette profondeur, tout en modernisant les personnages à l’intention d’un public jeune, qui n’a pas forcément lu Dumas.


Les « méchants » sont certes un peu archétypaux (le banquier Danglard, le juge Villemort…) et frôlent la caricature, mais les personnages féminins sont d’une extraordinaire finesse, et on pourrait tomber amoureux de chacune d’elles, avec leur beauté, mais aussi leurs défauts et leur fragilité.

Mention spéciale à Mercedes, la mère d’Albert de Morcerf, tourmentée par un passé refoulé, et d’une beauté à tomber. J’ai aussi été séduit par la touchante Haydée, princesse extraterrestre, à la délicate beauté, qui la fait ressembler à une geisha. Et aussi par la blonde et fraîche Eugénie, amie d’enfance et fiancée d’Albert, au physique un rien androgyne, au début elle apparaît comme une sage jeune fille de bonne famille, mais peu à peu elle naît aux sentiments amoureux d’adultes, et développe une vraie personnalité d’artiste (elle est pianiste).


Un mot doit être dit sur les musiques, qui m’ont transporté. La musique originale est signée par une de mes idoles de jeunesse, le français Jean-Jacques Burnel, ex-bassiste du mythique groupe punk les Stranglers, qui signe ici quelques magnifiques chansons pop, à la délicate nostalgie, dont le titre d’ouverture de l’opening, qui est aussi la mélodie composée par Eugénie pour son cher Albert.

Et puis, un choix judicieux s’est porté sur de grands tubes de la musique classique et romantique : des extraits d’opéras (plusieurs scènes se déroulent à l’opéra, à Luna et à Paris), notamment Robert le Diable de Meyerbeer, et Lucia di Lamermoor de Donizetti; au piano, c’est le sublime 2ème concerto de Rachmaninov, une de mes oeuvres préférées; on a droit aussi à Mozart, à Schumann, à Tchaikovsky, et à Debussy. Que du bonheur !

Gankutsuou demeure, cependant, un anime au développement relativement convenu. Oui, les personnages fascinent (le personnage du Comte, notamment, mystérieux à souhait), les décors et le rendu graphique sont du jamais vu, oui l’intrigue est passionnante, mais certains détails nous rappellent qu’on est en train de regarder une production Gonzo : on a même droit à deux combats de mechas ! Dans du Dumas ! Très beaux et fulgurants combats, d’ailleurs.


Un détail involontairement comique se révèle à chaque épisode, d’ailleurs : après chaque opening, on a droit à une introduction en français dite par le seiyu qui joue Monte-Cristo, un français certes compréhensible, mais à l’accent nippon à couper au couteau, pour ça il faut la VOST bien sûr !

Bref, Gankutsuou, le Comte de Monte-Cristo est une incontestable réussite, un anime à voir absolument, peut-être un chef-d’oeuvre, même.
Qu’attendez-vous de plus?

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17 Responses to Gankutsuou, le Comte de Monte-Cristo

  1. Pingback: La musique de J.J. Burnel pour Gankutsuou | Les chroniques d'un newbie

  2. Pingback: Gankutsuou, Eugenie joue le concerto de Rachmaninov | Les chroniques d'un newbie

  3. Fullmoon says:

    Excellent article comme toujours.

  4. Ileca says:

    Et tu as oublié le meilleur : une étude de Chopin. (Ceci dit, je ne connaissais pas Donizetti.)

    • Mackie says:

      Le meilleur, le meilleur… question de goût! ^^ Mais c’est vrai que j’ai adoré la musique, et c’est rare que la musique classique soit autant mise en valeur dans un anime (et pas seulement dans un but décoratif!). On a aussi les musiques d’Evangelion, où on entend Bach, Pachelbel, Haendel, Dvorak et Verdi. J’ai prévu de faire un billet sur ce sujet. Peut-être même plusieurs !

      • Ileca says:

        Si ce thème te tient à coeur, tu peux aussi faire un billet sur Ginga Eiyuu Densetsu, Guslinger Girls, Nodame Cantabile.
        La musique classique est très souvent mise en valeur dans l’animation japonaise mais elle se cache de ses influences. On appelle cela du plagiat. (Voir Yoko Kanno.)
        La difficulté est d’avoir la culture correspondante pour le déceler. Pour prendre un exemple pertinent, j’ai écouté la dite Etude de Chopin bien après avoir vu Gankutsuou. Je te laisse imaginer le choc que ce fut de découvrir que ce que je prenais pour un coup de génie n’était qu’un remixe.

        • Mackie says:

          Ginga Eiyuu Densetsu, Guslinger Girls, Nodame Cantabile. Je prends note. Je n’irai pas jusqu’à dire que Kanno fait du plagiat : pour moi c’est de la réinterprétation. Ou alors les 9/10ème des musiques de films (John Williams, Danny Elfman, Bernard Hermann etc…) sont dfes plagiats… Vaste débat. Quant à la culture, c’est comme tout : celle de l’anime, je l’acquiers chaque jour. Pour le classique, je m’y suis pris il y a plus de trente ans donc c’est juste une question d’avance !

          Mais je vais détailler cela dans de futurs billets… j’ai l’intention de lister les oeuvres que j’ai reconnues et d’en donner des références discographiques, pour ceux qui voudraient aller plus loin…

          • Ileca says:

            Je ne te visais pas quand je parlais d’avoir une culture classique mais pointais seulement du doigt le fait que ceux qui ne l’ont pas exaltent des artistes qui soit ne le méritent pas soit ne méritent pas tant.

            On parle de réinterprétation lorsque sur la pochette du CD ou dans le discours du compositeur, les références sont clairement affichées et reconnues. Or, je ne suis pas sûr que Yoko Kanno verse des royalties à Craig Armstrong. (Ce qui me rend parano quand aux sources de ses compositions alors que par exemple, l’ost de Wolf’s Rain est l’ost que j’ai sans doute le plus écouté en ce qui concerne l’animation japonaise.)

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