Un newbie au Salon du livre : 2 – dimanche et lundi

Après une première journée dense, axée sur les conférences (trop : à la troisième, j’ai piqué du nez), les second et troisième jours ont été surtout consacrés aux découvertes et aux interviews. Mais aussi aux dédicaces, car j’ai beau avoir le mot « journaliste » imprimé sous mon nom  sur une de mes cartes, ce qu’avec son humour caustique Florent Chavouet va tout-à-l’heure vite remettre en perspective, je n’en reste pas moins un newbie, et un fan admiratif devant le travail des auteurs, des dessinateurs, des artistes et des éditeurs que je vais croiser toute la journée.

Dimanche
J’ai prévu d’arriver tranquillou vers 10h, et donc de ne pas me lever au chant du coq au bruit du klaxon. Mais c’est sans compter sur une insomnie inhabituelle, que je finis par occuper à lire d’une traite Nankin et Shi Xiu, reine des pirates. Valait mieux que je les lise dans cet ordre, de préférence, car Nankin est un choc visuel et émotionnel sans équivalent depuis, je ne sais pas moi, Maus par exemple. Le traitement est bien plus classique que chez Spiegelman, mais Nicolas Meylaender (scénariste) et Zhou Zong Kai livrent un album à la fois explicite et sobre, réaliste et stylisé, que graphiquement je situerais entre Frank Miller et Hugo Pratt. Ouais, je balance des noms, je sais que c’est un peu paresseux de ma part, mais c’est pour situer. Je rappelle juste que Nankin est la chronique, avec des personnages réels (lire la postface d’un des acteurs du récit) du massacre programmé de la population de Nankin, alors capitale de la Chine nationaliste, par les troupes japonaises en 1937 : 300.000 morts. Pendant un insomnie ce n’est peut-être pas la lecture idéale, alors après ça, il me fallait de l’aventure, du dépaysement, du grand large ! Ce sont donc les trois tomes de Shi Xiu qui m’apportent mon content de rêves, là aussi une histoire écrite par Nicolas Meylaender, le troisième tome vient juste de sortir. BD plus classique dans le format, bien qu’authentiquement chinoise. Finalement, cette insomnie m’est salutaire, car bien que je sois arrivé complètement décalqué au Salon, j’ai pu préparer mes questions pour l’interview de Nicolas Meylaender, dont je vous proposerai  la transcription dans les prochains jours. Je profite de la rencontre pour me faire dédicacer les albums, ainsi que le tome 2 de l’intégrale de la Balade de Yaya (sur la photo, Patrick Marty et Nicolas Meylaender en plein travail – merci à tous les deux !).

N’ayant rien de prévu avant le début de l’après-midi, je prends un petit break pour me promener dans les allées, et j’en profite pour approcher Li Kunwu, l’auteur d’Une vie chinoise et des Pieds bandés. Je n’ai pas pu assister à sa conférence la veille, question d’horaire, ce qui est bien dommage puisqu’il m’a été confirmé par plusieurs confrères blogueurs que ce fut probablement la plus intéressante et la mieux organisée des conférences données par des dessinateurs invités. Surprise, il n’y a pas la queue devant le stand Kana, et je peux échanger quelques mots avec Li Kunwu, souriant et disponible. J’achète les Pieds bandés, qu’il me dédicace avec un joli petit dessin de jeune femme portant une natte. J’aurais aimé le questionner un peu plus, mais d’autres personnes attendent, et parmi elles j’ai le plaisir de retrouver Sedeto, en fait c’est elle qui me reconnaît – nous décidons de passer un moment ensemble. Je suis un petit veinard.

C’est l’heure de mon premier coup de fatigue, alors en quête d’une chaise accueillante nous nous rendons d’abord chez L’iroli, où Eric Hellal nous reçoit comme s’il n’attendait que nous. Sedeto craque logiquement pour Haïku, mon nounours, un délicieux album illustré par les jolis dessins de Chiaki Miyamoto. Déjà, la veille, j’avais emmené Bidib puis l’ami Jean-Baptiste sur leur stand, ce dernier en est reparti les bras chargés de recueils de haïkus, mais je vous promets, je ne touche pas de pourcentage sur les ventes ! C’est juste que leurs livres sont tellement jolis qu’il est difficile de ne pas vouloir tous les emporter.

Pour se venger de l’avoir emmenée dans ce piège, Sedeto me coache jusqu’au stand de Caraïbéditions, où c’est moi qui cette fois me laisse séduire par les volumes des Îles du vent, un manga Antillais : les aventures d’une jeune Guadeloupéenne qui découvre drame de l’immigration clandestine haïtienne dans les Antilles françaises. Elodie Koeger me gratifie gentiment d’un magnifique dessin de dédicace (et d’un sourire, sisi, malgré la fatigue accumulée). Je remercie également au passage Florent Charbonnier, l’édteur, pour m’avoir offert en bonus le très drôle Waldo Papaye, d’Alexandre Sainte-Rose. Je confirme que ce volume mérite bien la note bonne pioche qu’Animeland lui a consacrée !

Sedeto/Mackie : un partout, la balle au centre. Nous pouvons nous séparer la tête haute, on jouera le match retour une prochaine fois, peut-être à l’Epitanime? Je retourne au Manga Square (bien entendu, le stand de Caraïbéditions en était le plus éloigné possible, arf), avec mon élégante démarche qui donne l’impression que je suis affligé d’un pied-bot – ou bien que je traîne un boulet de forçat. Le boulet, en fait, c’est mon sac, qui est déjà rempli au-delà du raisonnable d’albums et de mangas. Mes lombaires, oui, elles sonnent. Déjeuner avec Pierre et Charlotte Perricaudet, de Coin BD, je ne dirais rien sur le contenu de l’assiette, c’est la conversation qui me restera en mémoire. Avec Pierre, je visite le stand des Moutons électriques, puis je rends visite aux éditions nobi nobi! où c’est Samantha Bailly qui me signe sa Princesse au bol enchanté : ça faisait un moment que je voulais m’offrir ce joli livre. Ok, je sais, mes photos se ressemblent un peu.

La journée n’étant probablement pas encore assez remplie, j’enchaîne avec mes deux autres interviews du jour : d’abord Florent Chavouet, sur le stand des éditions Picquier. Le planning est serré, séance de dédicaces oblige, mais nous arrivons à caler 20 minutes d’entretien, consacrées essentiellement à Manabé Shima, son deuxième album de dessins. L’interview sera pour Journal du Japon. Pour vous résumer l’ambiance et le personnage, je vous laisse découvrir la dédicace la plus vache et la plus drôle qu’on m’ait faite ! Lui : « qu’est-ce que je dessine? » Moi : « j’aimerai bien un poisson » Lui : « d’accord, je vais faire un kiwi » – Nâââândé?

Puis je me rends au Square culinaire, où sont réunis les éditeurs de livres de cuisine, un des thèmes de cette éditions 2013 du Salon du livre. J’y ai rendez-vous avec Estelle Pasquier et Jean-Baptiste Maison, les auteurs de La sauce de soja, 10 façons de la préparer, aux éditions de l’Epure. Ce sera l’interview la plus détendue de la journée : Tandis que Jean-Baptiste répond à mes questions, Estelle « gère » son petit bout de chou, c’est mignon comme tout. La dédicace sera à base de tampons fabriqués maison, ce qui est fort original. La discussion prend un tour informel, forcément, entre gourmands, on finit toujours par s’entendre. Je repars avec un autre livre de recettes, sur l’algue nori. Des livres aussi jolis, c’est difficile de ne pas en emporter des brassées. Heureusement, ils sont petits, ce n’est pas ça qui va plomber mon sac déjà débordant – j’ai un peu de mal à le fermer, quand même…

Fin de journée, 17h30, arrive la conférence qui m’aura le plus amusé : Le manga français va-t-il tout changer? Animée par Sébastien Agogué, elle réunit Cécile Pournin (Ki-oon), Laure Peduzzi (Pika), Pascal Lafine (Delcourt/Soleil/Tonkam) et David Guelou (alias Glou). Chacun présente ses projets, et c’est un peu à qui en fera le mieux la promotion, ce qui est de bonne guerre. Le débat, pour animé qu’il soit (voire un peu chaud par moments, ça y va les petites picques, on sent qu’ils se connaissent bien) est surtout intéressant car sans langue de bois, chacun aborde à sa manière des problématiques et des interrogations qui concernent tous les éditeurs : comment s’adapter à la demande, quels projets développer pour ne pas seulement suivre les gros éditeurs japonais, etc. Un moment, le débat glisse sur l’avenir du marché français, Pascal Lafine étant nettement moins optimiste (il parle de phénomène de mode et craint l’éclatement de la bulle) que Cécile Pournin ( qui rappelle que si mode il y a, elle est durable). En tous cas, vu de la salle, c’est assez amusant, Rémi Bodoi ne me contredira pas je pense. ^^

Lundi, enfin !
Je vais être assez bref, d’abord parce que je m’aperçois que cette chronique s’étire dangereusement (merci de ne pas avoir zappé) et parce que je ne reste que la matinée, résevrée à la presse. Curieuse impression de revenir sur les lieux d’une grand-messe cette fois désertée par le public. Je ne vais pas me plaindre de circuler aisément dans les allées : dimanche, il fallait souvent ruser pour aller d’un point à un autre. De toutes façons, c’est une matinée 100% interviews, je n’ai pas le temps de faire autre chose. Je commence avec L’iroli, Isabel Asunsolo me consacre une demi-heure sans langue de bois, sur sa passion pour la poésie, les rencontres qu’elle a pu faire et la dimension spirituelle qu’elle trouve dans la pratique du haïku. Il y a des silences dans cette interview, et ils ne sont pas moins éloquents que les mots. Un moment rare, que je me dois de vous faire partager rapidement.

Je vais ensuite chez Picquier, où m’attend vers 11h Isabelle Lacroze, pour une interview générale sur l’actualité, le catalogue, et les auteurs qui comptent. Philippe Picquier himself m’apporte de précieuses précisions, notamment sur sa politique en matière d’édition dématérialisée, et l’intérêt qu’il porte au e-book : un outil qui permet aux passionnés d’acquérir les nouveautés à prix attractif, et qui permet aussi de maintenir le fond de catalogue disponible en permanence. Je les remercie pour leur disponibilité. Et c’est alors que je vais pour me diriger vers la sortie, que Louis Dumoulin,  éditeur de Books, m’invite sur son stand : je l’avais certes contacté, mais le planning trop serré avait rendu la rencontre hypothétique. Finalement, merci à lui pour m’avoir littéralement attrappé alors que je partais ! Nous improvisons une interview-présentation de ce jeune éditeur, qui a commencé par publier une revue littéraire internationale consacrée à l’actualité – un genre de « Courrier International » littéraire, si vous voulez – puis qui s’est lancé dans l’aventure de l’édition de livres, chassant les licences d’auteurs célèbres en leurs pays mais ancore ignorés en France. Tchèques, finlandais, Nigérians, et donc Japonais, leurs auteurs viennent du monde entier. Je vous reparlerai prochainement de La fusée de Shitamachi, de Jun Ikeido, et de Sayonara Gangsters, de Genichiro Takahashi.

Je m’arrête là – parce que j’ai fait le tour, et que maintenant il va falloir bosser : quatre conférences et sept interviews – j’ai l’impression que j’en oublie – à retranscrire, sans compter les chroniques sur tel ou tel livre ou auteur… Merci à tous ceux que j’ai rencontrés pour leur disponibilité, leur bonne humeur et leur patience à mon égard, j’ai passé de vrais bons moments avec vous. Spéciale dédicace à Paul Ozouf sans qui ce week-end n’aurait pas été aussi enrichissant.

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3 Responses to Un newbie au Salon du livre : 2 – dimanche et lundi

  1. Pingback: A la recherche du manga français | Les chroniques d'un newbie

  2. Lunch says:

    Merci pour la rétrospective V2 et bon courage pour le boulot à venir ^^

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