Cobra : girls, psychogun et rouflaquettes

Space Cobra
d’Osamu Dezaki
d’après le manga de Buichi Terasawa
musiques : Kentaro Haneda et Yuji Ohno
Tokyo Movie Shija, 1982
premières diffusions françaises : Canal + puis Antenne 2, 1985

L’histoire :
Dans un futur de science-fiction, un certain Johnson, un riche glandeur qui vit dans un vaisseau, décide de se payer une séance de rêve artificiel sur commande, mais au lieu du plaisir recherché, il découvre la révélation de son identité secrète : il est en réalité Cobra, le hors-la-loi autrefois recherché dans toute la galaxie, et présumé mort. Bien qu’ayant changé de visage, il a conservé l’arme secrète qui faisait sa quasi-invincibilité : le psycho-gun, un laser psychique dissimulé dans son bras gauche factice. Aidé par sa fidèle partenaire androïde, la belle et froide Armanoïde, Cobra peut revenir sur le devant de la scène, défier ses ennemis de toujours, les pirates la terrible Guilde de l’espace, avec à leur tête les super-méchants Crystal Boy et Salamandar… En chemin, il croisera la route de trois soeurs aux charmes irrésistibles : Jane, Catherine et Dominique, les filles du professeur Nelson, détentrices d’une carte menant au trésor le plus formidable de l’univers…

Ce que j’en pense :
Lors de sa première diffusion française, en 1985, j’avais à peine 15 ans, âge où on se gargarise de grands principes et de nobles causes. Je n’avais aucune raison de m’intéresser à un héros vulgaire, égocentrique, cynique, prétentieux, amoral et  ringard. Bah oui quoi : la combinaison moule-bite rouge flashy, et pire que tout : les ROUFLAQUETTES ! Le total look disco-kitsch en plein âge new wave ! Beurk. Je dois aussi reconnaître avec le recul qu’un autre aspect devait probablement me déranger sans que j’en aie réellement conscience : la virilité exacerbée de Cobra, qui se manifeste par cet énorme symbole phallique qu’est le psycho-gun (non mais vraiment!) devant lequel les autres hommes baissent respectueusement la tête, tandis que les filles tombent par grappes entières dans son lit. Comment voulez-vous qu’un ado névrosé qui se passionne pour la poésie et le punk-rock puisse admirer un tel modèle ? Et pourquoi pas admirer Bernard Tapie, pendant que vous y êtes? Moi qui enfant, rêvait d’être Albator, héros romantique, solitaire, longiligne et et ténébreux… Un quart de siècle a passé, est-ce que le newbie quadragénaire sera sensible aux aventures du pirate invincible et priapique?

Et bien je dois avouer que… oui. Tout ce qui me le rendait autrefois insupportable me le rend aujourd’hui attachant. Un peu comme le plaisir que j’éprouve à remater des vieux films de Belmondo, genre Flic ou voyou, avec un héros macho distribuant les taloches et tombant les filles, Cobra est un une plongée dans l’humour foireux et totalement incorrect des années 70, quand on admettait que le héros bute en rigolant des gonzesses en string au magnum 357, le cigare au coin de la bouche et la conscience tranquille. Ensuite, le mauvais goût assumé de la série devient un véritable argument de vente. Tu aimes les ordinateurs géants avec un clavier bontempi? Les bimbos qui font du monoski en bikini orange? Les méchants avec des tronches à faire peur à Frankenstein et Robocop réunis? La musique disco à fond les ballons? Les dialogues que même un film porno n’ose plus, comme « je peux utiliser ta douche électronique? – mais oui bien sûr » ? Alors tu aimeras Cobra, la série d’action qui fait passer les premiers James Bond pour du cinéma d’art et d’essai. C’est régressif à souhait, parfaitement premier degré, ça ose tout et ça n’a peur de rien… A l’image même du héros, qui ne réfléchit jamais plus d’une seconde avant d’agir. Mais comme niveau baston, personne ne lui arrive à la cheville, pourquoi s’emmerderait-il à psychoter? Cobra ne pense pas, il fonce, il gagne, il se tape la fille (quand elle survit, sinon tant pis) et c’est ça qu’est bon. Quant à moi, maintenant, je porte aussi des rouflaquettes…

Pouf, pouf. Bon, pour apprécier dignement la série, il convient de la mater en version française. La VOST enlève à mon avis une bonne partie du charisme vintage des personnages. A commencer par Cobra, dont le doubleur, Jean-Claude Montalban, restitue parfaitement la nonchalance, l’exagération, le côté à la fois gamin et grande gueule. Mais la palme revient à Danielle Volle, actrice de théâtre et de télévision des années 70-80, peu habituée du doublage d’anime mais magistrale dans les voix si différentes de la fragile Dominique, et de la froide et métallique Armanoïde (voix trafiquée au vocoder). J’ai essayé les voix japonaises originales par curiosité, mais franchement, ça ne le faisait pas pareil…

Les musiques sont également pour beaucoup dans le charme suranné de la série. La B.O est de Kentaro Haneda, un vétéran connu pour ses compositions de Sherlock Holmes, Space Battleship Yamato et surtout Super Dimension Fortress Macross: Do You Remember Love. La bande-son est très variée, empruntant à des genres aussi différents que le symphonique, le disco, ou le jazz, et repompant même des passages entiers de morceaux connus : la Symphonie du Nouveau Monde de Dvorak (également empruntée par la B.O. de l’Arcadia de ma jeunesse), mais aussi le célèbre riff de « I just want to make love to you » , de la chanteuse de blues Etta James (1961). La palme de la kitscherie revient à la musique du 9e épisode, quand Cobra se met à jouer de l’orgue en mélangeant les citations de Dvorak au premières notes de la 5ème symphonie de Beethoven, un arrangement que même le Rondo Veneziano n’auraient pas osé. C’est moche, vulgaire, mais allez savoir pourquoi, ça passe – peut-être parce qu’au moins, Cobra ne met pas des chandeliers sur le clavier quand il joue. Ah oui : mention particulière pour les génériques de début et de fin (non, pas le générique français, pitié, même s’il est amusant de noter que les paroles sont d’un certain… Antoine De Caunes)  qui sont signés d’un autre compositeur que j’apprécie, Yuji Ohno, auteur des chouettes B.O de Captain Future et de Lupin III… 

Des citations, Cobra en est truffé, y compris sur le plan visuel. Tout le monde sait que les faux airs de Jean-Paul Belmondo sont intentionnels, et il ne lui emprunte pas seulement les traits du visage, mais aussi le caractère de l’icône franchouillarde, blagueur, macho et risque-tout. Plus discret, on peut reconnaître Donald le canard dans le personnage de Donneur, version trash du personnage de Disney. Dans le même épisode (le 6), le barman ressemble au personnage d’oncle Sam avec la barbiche et le chapeau haut de forme. Et dans l’épisode 4, la salle de contrôle du pénitencier est littéralement décalquée sur celle de la série le Prisonnier. Il y a aussi l’influence visible des comics de superhéros, avec un Zak (épisode 16) qui est presque le sosie de Wolverine… Sans compter les décors urbains futuristes qui font furieusement penser à Blade Runner, donnant à Cobra cette délicieuse atmosphère cyberpunk, et jusqu’au affiches publicitaires qui me rappellent le pop art de Roy Lichtenstein, etc, etc…

Mais l’histoire? L’intrigue? ben, c’est de l’action pure, complètement jouissive, culminant dans des épisodes parfois carrément fabuleux, comme le mythique triptyque du Rugball, ce tournoi de Baseball no limits où Cobra doit manier la batte et le gant pour démasquer un trafiquant de drogue intersidéral (oui je sais, c’est WTF, mais justement, tant mieux), ou encore les courses-poursuites dans des ruines cyclopéennes (épisode 5), ou dans la neige et le blizzard (épisodes 9 et 10, avec les Snow Gorillas). A noter que ces épisodes épiques sont situés généralement dans la première moitié de la série, et non seulement ils sont plus captivants, mais ils sont en plus mieux réalisés – comme si les épisodes plus faiblards étaient volontairement bâclés, tant au niveau du design que de l’animation…

Quelques mots sur le film : car la série fut précédée par un film avec la même équipe à la réalisation : Osamu Desaki à la réalisation et son compère Akio Sugino au chara-design (Ashita no Joe, Cat’s Eye, Golgo 13). On y perd en humour et en légèreté ce qu’on y gagne en atmosphère, plus onirique, plus érotique, plus sombre, plus violent aussi. Le film est superbement animé, avec une qualité qui ne fait pas son âge (1982, quand même) et si la musique du groupe électro suisse Yello (dans les versions françaises et anglaises) se cale bien sur les passages les plus contemplatifs, elle finit par taper sur les nerfs dans les moments d’action, un comble. Je dirais que le film est à voir en complément, mais qu’il ne réussit pas à capter le charme particulier de la série.

Finalement, Cobra est une série à regarder à deux niveaux : au premier degré, pour se payer une bonne tranche d’action et d’aventure comme on n’en fait plus, mais aussi d’une manière plus décalée, en se concentrant sur les aspects rétro et sur les références vintage qui lui donnent aujourd’hui un lustre certain, plein de charme et de saveur. Cobra est un héros rock’n'roll d’un autre temps, avec ces défauts et ses qualités, et c’est bien. Surtout en VF. Rien que pour des répliques idiotes comme « je prépare une thèse sur la survie des nudistes au pôle nord » …

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11 Responses to Cobra : girls, psychogun et rouflaquettes

  1. Pingback: L’Épée de Vérité, d’Osamu Dezaki | Les chroniques d'un newbie

  2. Gemini says:

    Notons tout de même que l’anime est adapté d’un manga lancé en 1977 ; donc quand la série est diffusée une première fois en France en 1985, son style est totalement passé de mode. D’ailleurs, le manga va encore plus loin dans le space-opera sauce western, avec ses délires scientifiques et son érotisme omniprésent. A chaque tome, le héros y apparait comme un peu plus fort qu’auparavant, réalisant des prouesses physiques inimaginables.

    J’adore Osamu Dezaki, à choisir entre les deux adaptations je préfère le film pour son style plus érotique et plus contemplatif ; et c’est par lui que j’ai découvert la licence. Mais pour moi la référence reste la version papier, encore plus primaire et brut de décoffrage.

  3. Tama says:

    Je me rappel avoir vu Cobra sur le tard, normalement c’est le genre de série que j’exècre pour les mêmes raisons citées, sauf que là…ben…j’ai adoré. C’est rétro, kitch, avec des nanas qui se baladent en bikini par -50°c mais pas vulgaire et un mec qui se tape des poses classes.
    Et oui, j’ai aussi l’impression de revoir des bons vieux films de Belmondo action+humour comme on en fait plus. Pour la peine, j’ai acheté le manga.

  4. Jevanni says:

    Les OAVs sont très corrects bien qu’elles n’héritent pas forcément de tous les traits de la série. Sinon quand tu vois la fin de la série Cobra, tu comprends parfaitement tout l’aspect décalé de la série qui devient alors sans aucune ambiguïté pour peu qu’il en restait encore. Ce qu’il faut aussi souligner avec le film, c’est que c’est avant tout l’un des rares pilotes proposés au public en France, et ça c’est le bien ! : )

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  6. Guilhem says:

    Je l’ai revue il y a quelques temps en VO et j’y ai pris le même plaisir que quand j’étais gosse : comme les James Bond, en effet, ça reste bien assez simple pour ne pas pouvoir vieillir…

    Il me faut encore combler mes lacunes concernant le manga original, ceci dit.

  7. Scot says:

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