Semaine shôjo 2014 : l’essentiel est de participer

Cette semaine, l’estimable blog Club Shôjo organise son événement interblog annuel, la semaine shôjo, avec pour thème à traiter : « qui est la meilleure mangaka shôjo et pourquoi? » Quand Carolus m’a fait l’honneur de m’inviter à y participer, je n’ai pas osé décliner, malgré ma connaissance très limitée de ce vaste sujet. Et de fait, maintenant me voilà bien embêté. Qui est la meilleure mangaka shôjo ? Comment pourrais-je prétendre émettre un avis aussi définitif… Mais assez tergiversé, je me lance. Pour commencer, je fais le tour des shôjo que j’ai lus. En faisant le tour de mes rayonnages, les éligibles au titre suprême de meilleur mangaka shôjo stricto sensu sont : Yumiko Igarashi, Setona Mizushiro, Chiho Saitô, Takako Shigematsu, Kayoko Shimotsuki, Naoko Takeuchi, Rihito Takarai et Ai Yazawa. Huit noms, pas plus.

Dans la liste, se détachent Ai Yazawa, dont Nana est objectivement incontournable, et Setona Mizushiro, dont L’infirmerie après les cours m’a vraiment intrigué. Les deux proposent un univers original et cohérent, très prenant dans les premiers tomes, un peu moins plus tard. Le problème classique des séries longues… J’aime aussi le trait léger et délicat de Rihito Takarai dans Welcome to Hotel Williams Child Bird, et aussi dans son boy’s love Seven Days – mais pour faire un podium, ça reste un peu court…

Après, justement, il y a le yaoi : techniquement, c’est un sous-genre shôjo, n’est-ce pas ? Alors, j’ajoute Miyuki Abe, Toko Kawai, Masara Minase, Marimo Ragawa et Tsuta Suzuki. Et donc, forcément, le yuri, ça compte aussi, non ? Oui ? Kenn Kurogane, Milk Morinaga, Aiko Morishima, Rokuroichi, Amano Shuninta, et Yufuko Suzuki. Attendez : on a dit « la » meilleure mangaka ? Bon ben, monsieur Kurogane, merci d’avoir participé, et au revoir. Arf, dommage, j’aime vraiment bien votre Pas à pas, et votre Shoujo sect, à défaut d’être passionnant, est très joli à regarder. Hum. Tant pis.

Me voilà avec une liste plus fournie, mais je ne me sens guère plus inspiré par l’organisation d’un jury avec remise de prix. Je vais donc être obligé de sortir ma botte secrète : le josei. Sur l’autre étagère, celle des grand formats, m’attendent pour en découdre Keiko Ichiguchi, Haruka Kawachi, Fumiyo Kouno, Q-ta Minami, Etsuko Mizusawa, Kiriko Nananan, Mizu Sahara, Kan Takahama et Fumi Yoshinaga. Je ne garde pas Kei Toume, c’est trop seinen quand même pour concourir. Menfin voilà, elle a meilleure allure ma sélection, maintenant. Ça reste une liste de newbie mais au moins, je n’ai pas l’air ridicule avec.

C’est là que je m’aperçois que ma motivation reflète ma sensibilité aux auteures d’histoires plus adultes. Et parmi celles-ci, j’ai particulièrement été touché par celles de Fumiyo Kouno, Kiriko Nananan, Mizu Sahara et Kan Takahama. Chacune à leur façon, avec des styles très différents, aussi bien dans le trait que dans la mise en scène, elles m’ont parfois fait monter les larmes aux yeux, et apporté un vrai bonheur de lecture.

Fumiyo Kouno, c’est ce dessin tremblé, impressionniste, et ce ton faussement léger qui aborde des sujets aussi graves que les survivants d’Hiroshima, la solitude urbaine, la condition féminine… J’ai adoré Une longue route, et aussi Le pays des cerisiers, bien sûr. Kan Takahama jette un pont entre manga et bd occidentale, avec ce dessin très peu shôjo et très mature, pour faire un raccourci facile je dirais que c’est une sorte de Taniguchi au féminin. Deux expressos est son meilleur one-shot, sans conteste. Mizu Sahara a peut-être le dessin le plus classique (quoique avec Un bus passe elle a démontré une belle maîtrise de la couleur et de l’aquarelle), mais c’est avant tout ses personnages qui m’ont le plus ému, avec sa merveilleuse série My girl. Techniquement c’est du seinen, mais je ne rate pas l’occasion de la metrte en avant. Kiriko Nananan est la plus artiste des quatre, avec son style unique, à la fois très épuré et très avant-gardiste. C’est surtout vrai dans ses one-shots de maturité, comme Rouge Bonbon, qui est presque trop « art contemporain », trop radical dans l’approche graphique. Mais rien que pour Blue, son premier récit et à mon avis le plus réussi, avec ses passages d’une incroyable audace visuelle et pourtant d’une infinie délicatesse (la scène des cheveux coupés !!), je la considère comme LA mangaka à découvrir, quand on ne connaît pas le genre josei.

Et maintenant ? Suis-je capable de désigner parmi toutes ces dessinatrices qui est la meilleure mangaka shôjo ? Voire. De toutes manières, avec ma tournure d’esprit et mon côté bon public, j’ai toujours tendance à considérer que ma meilleure lecture, c’est celle que je viens de finir. Si je suis ce penchant, je pourrais choisir, sans rougir, Haruka Kawachi, l’auteure de Les fleurs du passé. Et d’ailleurs, ce ne serait ni injuste ni immérité, tant cette série en quatre volumes m’a ému. Tout y est de nature à me plaire : des personnages touchants et vrais, auxquels je m’identifie au premier regard, notamment la craquante Rokka (le fait qu’elle ressemble… à mon épouse y est forcément pour quelque chose), une intrigue poétique qui flirte avec le fantastique et qui fourmille de références littéraires et artistiques (au premier rang desquelles, bien sûr, Alice au pays des merveilles), un humour pince-sans-rire et des situations délicieusement loufoques, etc, etc…

Donc on a un winner ? Enfin, une winneuse ? J’ai envie de dire oui, presque par défaut, car sans retirer aux qualités des Fleurs du passé, ça me paraît un poil présomptueux de répondre par l’affirmative à la question posée par Club Shôjo. En outre, pour ajouter à la difficulté, j’ai sur ma table de chevet deux titres que je viens juste d’acheter et que je n’ai pas encore lus, et qui pourraient perturber le classement final : Body & Soul, d’Erica Sakurazawa, et Déclic amoureux, de Mari Okazaki. Donc prenez-le comme vous voulez, mais aujourd’hui, 24 avril 2014, l’élue de mon cœur est bien Haruka Kawachi. Demain, on verra. De toutes façons, si vous ne l’avez pas encore lu, je fais une bonne action en vous la recommandant. Et si vous l’avez lue, vous ne sauriez complètement me donner tort.

Et maintenant, le newbie que je suis va lire les autres articles de ce challenge interblogs, au moins je suis sûr d’y apprendre quelque chose. Et d’y trouver de nouvelles idées de lectures pour la future semaine shôjo… 2015.

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5 Responses to Semaine shôjo 2014 : l’essentiel est de participer

  1. Bidib says:

    j’étais persuadé que les manga de Fumiyo Kouno étaient des seinen… du coup je ne l’ai même pas prise en compte dans ma réflexion ^^ J’aime beaucoup son travail que je trouve très touchant.
    Pour Kiriko Nananan, j’adore son traitement graphique, et rien que pour ça elle a reçu une mention spécial chez moi, mais je n’ai pas tellement été émue pas ses histoires, notamment Blue. Après avoir lu ta critique je m’attendais à être bouleversé et… rien, pas la moindre once d’empathie pour les héroïnes

    • Mackie says:

      Kouno, c’est du seinen, de même que Mizu Sahara… mais j’ai triché, sinon j’avais trop peu de noms sur ma liste !
      en fait, c’est inclassable si on en reste aux critères de style et d’inspiration.

      les étiquettes seinen, shôjo, josei etc, viennent uniquement du magazine de prépublication qui les a édités. si ton manga est une romance remplie de petits coeurs, de pétales de cerisiers et de pluies d’étoiles dans un rayon de lumière, mais qu’il est publié dans un magazine seinen, ben, ce sera un seinen…

      de même, si ton manga est archisombre, sanglant, avec une histoire de science-fiction bien morbide et des morts à tous les chapitres, mais que c’est publié dans un magazine shôjo, alors ce sera un shôjo…

      Kiriko Nananan, c’est spécial, en fait, elle travaille tellement l’apsect graphique, dans une recherche de l’épure, que ça engendre une distance vis-à-vis des personnages, et une abstraction de l’intrigue. je pense que c’est voulu, regarde le travail sur les cheveux, qui rend les deux héroïnes quasi identiques visuellement, jusqu’à ce qu’on aie l’impression d’un auto-érotisme, en tous cas d’un amour narcissique…

  2. Amadis says:

    Le choix était dur mais je comprends ton attachement à Haruka Kawachi. J’avais beaucoup aimé Les fleurs du passé, qui présente une véritable originalité : de l’humour, de la tendresse, une certaine maturité, et enfin, un triangle amoureux peu conventionnel !
    En lisant ton article, je découvre aussi beaucoup de noms qui me sont inconnus mais loin d’être inintéressants.
    Merci donc, pour ces découvertes et @ très bientôt ^^

  3. Pingback: La meilleure mangaka shôjo | Club Shôjo

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